Loup en forêt de Fontainebleau : après les signalements, la vidéo ?

La rencontre s’est produite le 30 octobre dernier dans le massif forestier à la tombée de la nuit. L’Observatoire du loup confirme qu’il s’agit bien d’un loup commun. Ferus, une autre association qui s’intéresse au loup conteste cette analyse.

 Forêt de Fontainebleau, vendredi 30 octobre. C’est cet animal qui a été filmé par un joggeur à la tombée de la nuit.
Forêt de Fontainebleau, vendredi 30 octobre. C’est cet animal qui a été filmé par un joggeur à la tombée de la nuit. Observatoire du loup

« A quand un run nocturne avec le loup ? Ça va changer des sangliers ! Si on le croise, on fera des tests de VMax ! » Chez les adeptes bellifontains de la course à pied en forêt, parmi les 675 membres de la page Facebook Fontainebleau Running, on prend la nouvelle avec humour. Et un petit frisson quand l'un d'eux demande que l'on précise dans quel secteur de la forêt la bête a été vue…

Car, si ce n'est pas la première fois que l'on parle de la présence du loup dans la région – des représentants de l'espèce auraient été vus en Essonne, dans les Yvelines et le Val-d'Oise il y a quelques années — la nouvelle fait grand bruit fois autour des 25 000 hectares du plus grand massif forestier d'Ile-de-France. Car, cette fois, un joggeur a filmé le 30 octobre dernier en forêt de Fontainebleau ce qui ressemble beaucoup à un loup commun, selon La République de Seine-et-Marne.

Ce vendredi soir là, l'homme était parti courir à la tombée de la nuit. Il s'est soudain retrouvé à une quinzaine de mètres de l'animal qui est resté quelques secondes sur place avant de disparaître dans les bois. Le jogger a eu le temps de filmer l'animal avec son téléphone pendant ces brefs instants furtifs. Sur la vidéo de mauvaise qualité, on voit un animal au pelage gris avec les traits caractéristiques du loup.

Deux autres signalements depuis octobre selon l'ONF

L'information est validée par l'Observatoire du loup, organisme regroupant des bénévoles tous passionnés de pastoralisme, naturalisme, faune cynégétique, photographie, statistique, géographie, biologie, éthologie des canidés, comme il se présente. « Le pelage, la marque claire sous le cou et la stature du canidé laissent penser qu'il s'agit de la sous-espèce du loup commun ou vulgaire », indique l'Observatoire du loup.

A l'Office national des forêts (ONF), on évoque « deux autres signalements d'usagers depuis octobre » en forêt de Fontainebleau : « C'est un sujet qui revient régulièrement sans que l'on ait jusqu'à présent les preuves de la présence du loup à Fontainebleau. Pour en être certain, des investigations de terrain doivent être faites car le loup, comme tous les animaux sauvages, laisse des indices authentiques de son passage pour relever les éventuelles preuves : empreintes, déjections, signe de prédation », ajoute Guillaume Larrière, de l'ONF.

Forêt de Fontainebleau. Des agents de l’ONF et de l’Office français de la Biodiversité patrouillent régulièrement dans le massif. LP/Sophie Bordier
Forêt de Fontainebleau. Des agents de l’ONF et de l’Office français de la Biodiversité patrouillent régulièrement dans le massif. LP/Sophie Bordier  

Selon l'Observatoire du loup, « il est possible que les dispersions (NDLR : de meutes établies) engagées le soient à partir de l'est de la France; un loup commun a été abattu en Haute-Saône récemment. Ce qui implique que cet individu aurait pu suivre la vallée de la Marne puis celle de la Seine. Les différentes périodes de confinement engagent des explorations du loup sur de nouveaux territoires. Le loup gris commun est présent aux frontières administratives du Grand Est. »

Du Grand Est à la Normandie en passant par l'Ile-de-France

Selon Guillaume Larrière, de l'ONF, « à ce jour, les forestiers de Fontainebleau n'ont pas d'éléments complémentaires sur le terrain. L'animal plutôt discret et furtif agit souvent la nuit et au crépuscule. La chance d'en croiser dans la nature reste assez faible. Le loup quitte la meute et se disperse seul en vue de quitter les territoires dans lesquels sa présence est certaine et sa reproduction assurée. Une longue phase de découverte se met en place avant qu'il ne s'installe définitivement dans de nouveaux territoires. »

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Maire de Fontainebleau, Frédéric Valletoux (Agir) ne s'inquiète pas. « Selon un spécialiste des loups, dès lors que leur présence est avérée en Haute-Marne, il est possible qu'ils viennent ensuite en Seine-et-Marne du côté de la forêt de Fontainebleau. Elle est giboyeuse et peut être attractive pour eux. Mais le loup se déplace d'abord seul en éclaireur avant que la meute le rejoigne, longtemps après. On a le temps de voir venir! De toute façon, le loup est hyper discret et il a peur de l'homme ».

Le loup aperçu ne provient pas de l’élevage de Pierre Cadéac, éleveur d’animaux sauvages pour le cinéma, qui entretient une meute de dix bêtes, à Villemer. LP/M.L.
Le loup aperçu ne provient pas de l’élevage de Pierre Cadéac, éleveur d’animaux sauvages pour le cinéma, qui entretient une meute de dix bêtes, à Villemer. LP/M.L.  

L'Observatoire du loup, qui a établi une carte du nord de la France, note que la population des loups est en progression constante en France. Et différents axes de dispersion montrent une présence qui va de l'ouest de la région Grand Est (notamment l'ancienne région Champagne-Ardenne voisine de la Seine-et-Marne) à la région Normandie (notamment l'ancienne région Basse-Normandie), traversant la région Ile-de-France d'est en ouest.

«Il n'y a pas de risque pour les humains»

Vice-président de Ferus, association nationale de défense des loups, Pierre Peyret critique de la précipitation de l'Observatoire des loups. « Un jour oui, le loup arrivera en Ile-de-France. Mais tant que le très sérieux Observatoire français de la biodiversité (injoignable toute la journée de ce lundi) ne se sera pas prononcé, via des analyses ADN et des pièges photos, on ne sera sûr de rien. Il faut plus d'observations intermédiaires. »

Et si c'était bien lui, pas de raison pour autant de paniquer. « Il n'y a pas de risque pour les humains. Le loup peut faire râler les chasseurs qui seront privés de quelques chevreuils ou les éleveurs qui peuvent perdre des moutons (indemnisés en cas d'attaque du loup) mais les promeneurs peuvent aller en toute sécurité dans la forêt de Fontainebleau ».

Ce que compte bien faire Stéphane, qui court plusieurs fois dans la semaine en forêt de Fontainebleau. « Ça va peut-être en dissuader. Certains ont envie de voir un loup. Moi je n'ai jamais rien vu qui pourrait y ressembler, s'amuse-t-il. Notre problème, c'est surtout les chiens qui ne sont pas tenus en laisse par leur maître ! »