Le Mée-sur-Seine : un dealer de Bronxland incarcéré, du sursis pour la graphiste

Trois hommes et deux femmes étaient jugés devant le tribunal correctionnel de Melun, mardi, pour leur implication à des degrés divers au « four » du 67, square des Sorbiers. Quatre ont été condamnés.

 Illustration. Le design des flyers utilisés pour faire la promotion du point de trafic de stupéfiants était très étudié.
Illustration. Le design des flyers utilisés pour faire la promotion du point de trafic de stupéfiants était très étudié.  LP/Sébastien Blondé

Sur les flyers qui faisaient la publicité du point de deal baptisé Bronxland au Mée-sur-Seine, figurait Bob, personnage du film d'animation Monstres et Cie, avec un joint à la main. C'est cette communication abondante et « assez pointue », sur papier et via le réseau social Snapchat, avec plan et vidéo, qui a trahi les protagonistes, interpellés le 28 juillet dernier.

Trois hommes et deux femmes étaient jugés, mardi, pour ce trafic de stupéfiants au 67, square des Sorbiers. Ils ont été condamnés à des peines allant de six mois de prison avec sursis probatoire pour les deux nourrices - qui conservaient les stupéfiants à leur domicile - à deux ans et demi de prison avec maintien en détention pour l'auteur principal.

Soupçonné d'être l'un des ravitailleurs, un habitant du Mée-sur-Seine, lui, a été relaxé, les surveillances policières étant « insuffisantes » pour démontrer sa culpabilité, selon le tribunal. Il clamait qu'il ne fréquentait le « four » que pour sa consommation personnelle et s'en était ensuite éloigné pour ouvrir un salon de thé.

Deux armes et 5 000 euros avaient été saisis en perquisition dans l’affaire du trafic de stupéfiants du square des Sorbiers. DR
Deux armes et 5 000 euros avaient été saisis en perquisition dans l’affaire du trafic de stupéfiants du square des Sorbiers. DR  

Un cinquième homme a été condamné à une peine de prison aménageable : il se trouvait chez la nourrice du Mée-sur-Seine le jour de l'interpellation, alors qu'il n'était pas dans le collimateur de la police, et avait balancé par la fenêtre son sac contenant 400 g de cannabis. C'était la « surprise du jour », selon le tribunal. Avec humour, il a tenté de prouver à la présidente son aversion pour le cannabis : « Je suis dégoûté du trafic de stupéfiants. C'est comme les bonbons qu'on n'aime plus en grandissant ».

Un appartement de repli au quatrième étage

L'enquête de la sûreté urbaine de Melun et de la sûreté départementale avait débuté lorsqu'un flyer avait été déposé dans la boîte aux lettres du poste de police du Mée-sur-Seine. « Bronxland » proposait de l'herbe et deux types de cannabis, de qualité normale ou supérieure, de 10 heures à minuit. Le logo de la commune du Mée figurait aussi sur des flyers, « preuve qu'ils en sont fiers », glisse la présidente.

Les enquêteurs avaient débuté les surveillances en novembre 2019 mais le « four » s'était installé un peu plus tôt, en septembre. Démantelé une première fois en 2018 au numéro 60, le trafic s'était ensuite décalé au centre commercial de la Croix Blanche, avant de gagner le numéro 67.

Les transactions s'effectuaient entre le troisième et le quatrième étage, où les dealers avaient investi un appartement de repli après le décès du locataire. Parallèlement, des riverains avaient commencé à se plaindre de perturbations. Entre 12 h 15 et 13 h 30, un jour de novembre, treize acheteurs avaient été comptabilisés par les policiers.

La « directrice marketing » absente à l'audience

Détenu dans le box, un habitant de Melun âgé de 30 ans, surnommé Le CAC 40, avait été repéré en train de faire des allers-retours entre les domiciles des deux nourrices et le Square des Sorbiers. Qu'y a-t-il dans le sac blanc ? « Je descendais sa poubelle », répond-il. Et dans le sac rouge ? « Ses courses ». « Vous n'êtes pas dans le bâtiment, vous êtes aide à domicile ! », ironise la présidente.

Selon les observations des enquêteurs, il entrait à chaque fois avec une pochette bombée et ressortait… avec la pochette vide, ce qui « laissait penser » qu'il approvisionnait. Il était aussi en possession du passe de l'appartement. « Les dealeurs m'avaient donné les clés pour repeindre », se défend-il. Une arme à feu avait aussi été retrouvée cachée dans un cosy de bébé.

Les quatre autres prévenus, sous contrôle judiciaire, comparaissaient libres. La première nourrice, une mère de famille de 33 ans du Mée-sur-Seine, amie d'enfance du CAC 40, avait d'abord reconnu son implication… Avant de se rétracter à l'audience.

La seconde nourrice, une habitante de Moissy-Cramayel de 25 ans, surnommée « directrice marketing » par les enquêteurs car en charge du graphisme, n'était pas présente. Un certificat médical attestait qu'elle avait été en contact avec des personnes atteintes du Covid-19…

Le trafic continue Square des Sorbiers

Photos à l'appui, l'avocat du CAC 40, a démontré au tribunal que le trafic perdurait au 67, square des Sorbiers, tout comme le compte Snapchat, malgré l'arrestation de son client. « Il y a un prisme déformant, c'est son casier. On est sur de toutes petites quantités de produits et d'argent saisis », a-t-il plaidé.

Béatrice Angelelli, la procureure de Melun, avait requis trois ans de prison contre Le CAC 40 « compte tenu du rôle central que je lui attribue et de son casier ». « Je ne dis pas que vous êtes le dealer du siècle, simplement un bon dealer du quartier, tout en ayant un travail à côté. Cela fait partie de votre ADN », a-t-elle asséné.

Et d'ajouter à l'endroit de son avocat : « Maintenant, on ne fait plus d'écoutes et on a du mal à trouver la marchandise car elle est acheminée un peu chaque jour et les clients attendent. Au Mée-sur-Seine, c'est manifestement de la bonne qualité. Les gens viennent même de Paris s'approvisionner », a-t-elle ajouté.

« Il faut se limiter aux constatations. Sur les quatorze surveillances en quatre mois, on aperçoit mon client que deux fois et on arrive à déterminer que c'est le ravitailleur », s'est étonné Me Fatthi Irguedi, qui a obtenu quant à lui la relaxe de son client.