Le Mée-sur-Seine : sans-papiers, Abdelillah Assaoui a sauvé deux enfants d’un incendie

Cet Algérien qui vit sans papiers en France depuis 3 ans a grimpé au 1er étage où un incendie débutait dans la cuisine par la gouttière d’un immeuble pour évacuer deux enfants par la fenêtre.

 Le Mée-sur-Seine, 18 août.  Abdelillah Assaoui montre comment il a grimpé par la gouttière pour pénétrer dans la cuisine par la fenêtre au premier étage. En bas, Yakut Babacan (tee-shirt jaune), le patron du salon de thé turc, a prêté son extincteur pour qu'il éteigne l'incendie.
Le Mée-sur-Seine, 18 août. Abdelillah Assaoui montre comment il a grimpé par la gouttière pour pénétrer dans la cuisine par la fenêtre au premier étage. En bas, Yakut Babacan (tee-shirt jaune), le patron du salon de thé turc, a prêté son extincteur pour qu'il éteigne l'incendie. LP/Sophie Bordier

Depuis lundi après-midi, elle l'appelle «mon sauveur ». Nana Aissatou Zammer n'en revient pas. Mère de deux enfants âgés de 12 et 5 ans, elle ne tarit pas d'éloges pour Abdelillah Assaoui, l'homme âgé de 34 ans qui a sauvé son fils et sa fille d'un début d'incendie dans son appartement, allée de la Gare au Mée-sur-Seine... Ils se trouvaient seuls. «Mon fils m'a appelée à mon travail à Savigny à 13 h 54 car il y avait le feu à la friteuse... », commence-t-elle, émue.

Sur place au moment des faits, Riad Zaïr, le cousin d'Abdelillah, raconte. « Il était un peu avant 14 heures. On buvait le café juste en bas au salon de thé turc. A un moment, on a entendu boum, comme une explosion. Mon cousin est monté sur une chaise et il a vu des flammes au premier étage. Il a grimpé par le gros tuyau jusqu'à la fenêtre de la cuisine ».

Il voit une friteuse en feu. Surtout, il découvre un garçon qui se trouve là. « Il l'a emmené à la fenêtre du séjour et il a fait descendre l'enfant. En bas, le patron du café avait mis deux tables pour le réceptionner », précise-t-il.

Le frère âgé de 12 ans indique que sa petite sœur de 5 ans se trouve encore dans le logement. Abdelillah la cherche et la trouve... dans sa chambre. Aussitôt il la prend dans ses bras et l'emmène dans le séjour. Même scénario : il la fait descendre par la fenêtre jusqu'à ce que des personnes au rez-de-chaussée la récupèrent.

Le Mée, ce mardi matin. Abdelillah Assaoui (à droite) a grimpé sur la gouttière pour entrer dans la cuisine au 1er étage par la fenêtre et évacuer les enfants par la fenêtre du séjour. A la fenêtre, Nana Aissatou Zameer , la mère des deux enfants. LP/Sophie Bordier
Le Mée, ce mardi matin. Abdelillah Assaoui (à droite) a grimpé sur la gouttière pour entrer dans la cuisine au 1er étage par la fenêtre et évacuer les enfants par la fenêtre du séjour. A la fenêtre, Nana Aissatou Zameer , la mère des deux enfants. LP/Sophie Bordier  

Patron du salon de thé turc, Yacut Babacan fait passer son extincteur à Abdelillah qui éteint les flammes, puis redescend par la fenêtre du séjour.

« On a attendu de longues minutes l'arrivée des pompiers. Sans mon cousin, les enfants seraient morts », lance Riad Zaïr. En attendant l'arrivée des secours, les enfants sont pris en charge dans le salon de thé. Puis les pompiers ont transporté les enfants et leur sauveur à l'hôpital, à cause des fumées inhalées.

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La mère des petits ne cesse d'y penser. «En fait, je pars travailler à 8 heures le matin à Savigny dans une maison de retraite. Mon mari est en déplacement en Italie. Une collègue devait récupérer mes enfants chez moi à 10 heures mais elle a eu une urgence. Elle avait prévenu... »

Le Mée, ce mardi matin. Mère des deux enfants, Nana Aissatou Zameer et Abdelillah Assaoui , son "sauveur", ici dans la cuisine où la friteuse a pris feu. LP/Sophie Bordier
Le Mée, ce mardi matin. Mère des deux enfants, Nana Aissatou Zameer et Abdelillah Assaoui , son "sauveur", ici dans la cuisine où la friteuse a pris feu. LP/Sophie Bordier  

Apparemment, son fils lui a dit qu'il voulait se faire des frites et qu'il avait allumé la friteuse sur la plaque électrique. «Il l'a fait chauffer mais il l'a oubliée ! Il n'arrête pas de culpabiliser...»

Nana Aissatou Zammer ne s'en cache pas : «J'ai vécu la pire journée de ma vie ! Après l'appel de mon fils, je suis tombée inconsciente pendant une demi-heure ! C'est la cadre de la maison de retraite qui m'a emmenée chez moi en voiture » Elle ne sait comment remercier Abdelillah Assaoui. « Il a réagi avec mes enfants comme si c'était les siens... »

Le Mée, ce mardi matin. Nana Aissatou Zameer, la mère des deux enfants, appelle désormais Abdelillah Assaoui son « sauveur ». LP/Sophie Bordier
Le Mée, ce mardi matin. Nana Aissatou Zameer, la mère des deux enfants, appelle désormais Abdelillah Assaoui son « sauveur ». LP/Sophie Bordier  

Elle pense écrire au maire du Mée-sur-Seine et au préfet de Seine-et-Marne pour appuyer la demande de régularisation d'Abdelillah Assaoui, de nationalité algérienne et qui vit sans papiers en France depuis trois ans, logeant « à droite à gauche, chez des cousins ou des amis ». « Il mérite d'obtenir cette reconnaissance comme c'est arrivé à d'autres sans-papiers. Il aimerait aussi faire venir sa fille âgée de 6 ans restée en Algérie», ajoute-t-elle. Abdelillah Assaoui espère aussi. «Vive la France !» lance-t-il, le sourire aux lèvres.

Le Mée, ce mardi matin. Les habitués du salon de thé turc et les voisins sont soulagés de l'issue heureuse de l'incendie grâce à Abdelillah Assaoui (3e en partant de la droite) et Yacut Babacan (en tee-shirt jaune). LP/Sophie Bordier
Le Mée, ce mardi matin. Les habitués du salon de thé turc et les voisins sont soulagés de l'issue heureuse de l'incendie grâce à Abdelillah Assaoui (3e en partant de la droite) et Yacut Babacan (en tee-shirt jaune). LP/Sophie Bordier