Lagny-sur-Marne : en prison après avoir menacé de mort le patron de la Police judiciaire

C’est par mail qu’un jeune homme a menacé le fonctionnaire, en faisant référence à l’assassinat de Samuel Paty par un terroriste et à la chanson du rappeur Maka.

Lagny-sur-Marne : en prison après avoir menacé de mort le patron de la Police judiciaire

« Je peux peut-être braquer un commissariat de police, un jour », a soudain lâché le prévenu, planté dans le box du tribunal correctionnel de Meaux, ce mardi.

Face à lui, la substitute du procureur Valentine Pekly venait de lui rappeler sa précédente condamnation – remontant à novembre dernier – pour des appels téléphoniques malveillants passés à un commissariat et à une gendarmerie. La parquetière tentait de comprendre ce qu'il en avait retenu. Visiblement pas grand-chose, au vu de ses réponses.

C'est d'ailleurs pour des menaces de mort commises le 28 janvier contre un policier que cet habitant de Lagny-sur-Marne de 20 ans était jugé en comparution immédiate. Et pas n'importe quel policier : il a envoyé un mail à Jérôme Bonet, le Directeur central de la Police judiciaire en France.

La teneur du message était fort peu agréable : « Je vous coupe comme Samuel Paty, sans empathie, t'es aussi vraiment mort, sale pute ». Référence au professeur assassiné par un terroriste le 16 octobre, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Des mots issus d'une chanson du rappeur Maka, lui-même condamné par le tribunal correctionnel de Meaux, le 27 novembre, à 21 mois de prison, pour apologie du terrorisme.

A l'audience, il a tenu tête à tout le monde

La Police judiciaire de Meaux, saisie de l'enquête, a interpellé l'auteur du mail chez son père, à Lagny-sur-Marne, et découvert que le jeune homme avait envoyé un second mail du même acabit à un service de police. Son explication : à l'âge de 17 ans, il aurait été victime d'un tir de flash-ball par la police, dans le cadre d'une bagarre. Depuis cette date, il vouerait une haine à l'uniforme.

Le tribunal l'a condamné à quatre mois de prison ferme, avec mandat de dépôt. En rendant son délibéré, le président a souligné son « attitude de confrontation face à l'Etat ».

C'est peu de dire que le prévenu, sur le point d'être placé sous curatelle, n'a pas fait profil bas à l'audience. Il avait décidé de tenir tête à tout le monde et oscillait entre inconscience et provocation. Quand le président lui a demandé ses motivations, il a répliqué avoir voulu « faire le buzz ». Lorsque la substitute du procureur a voulu savoir ce qu'il pensait de la chanson de Maka, la réponse ne s'est pas fait attendre : « Elle est bien ».

« Il doit être déçu que cette salle d'audience soit vide »

La parquetière était interloquée par chacun de ses propos : « Pourquoi vous dites ça ? » C'est l'avocat de la défense Me Jean-Christophe Ramadier qui - non sans humour - a pris la parole : « Pour aider son avocat ». Bien que deux psychiatres aient souligné « un léger retard mental et une altération du discernement » du prévenu, le parquet a requis trois mois de prison ferme, avec incarcération, ainsi que la révocation de trois mois de prison prononcés en novembre.

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Me Jean-Christophe Ramadier s'est désolé du comportement de son client : « Il doit être déçu que cette salle d'audience soit vide, il a essayé d'avoir son quart d'heure warholien. C'est ce qu'on voit de pire aujourd'hui : la conjonction entre un esprit faible et la volonté de sortir de l'anonymat ». Et l'avocat d'oser une référence historique : « Déjà, en - 356 avant Jésus-Christ, un écervelé a mis le feu au temple d'Artémis, à Ephèse, juste pour faire parler de lui ! »