La Ferté-Gaucher : Jonathan Delisle veut transformer la friche Villeroy & Boch en zone d’activités de loisirs

Le patron de l’entreprise de transports Delisle veut racheter le terrain et les bâtiments de l’ancienne usine de carreaux de faïence. Il ne sait pas encore ce qu’il veut y installer et voudrait que l’intercommunalité, dont il est élu, s’occupe de l’aménagement économique de cette zone.

 La Ferté-Gaucher, jeudi 27 août 2020. Le patron de la société de transport Jonathan Delisle veut racheter la friche industrielle Villeroy & Boch pour en faire un parc d’activités. Ce qui n’est pas sans poser des questions.
La Ferté-Gaucher, jeudi 27 août 2020. Le patron de la société de transport Jonathan Delisle veut racheter la friche industrielle Villeroy & Boch pour en faire un parc d’activités. Ce qui n’est pas sans poser des questions. LP/Sébastien Roselé

La friche Villeroy & Boch aura-t-elle une seconde vie ? Jonathan Delisle, le patron de l'entreprise de transport routier qui porte son nom et dont on voit les camions-citernes sur les routes, veut y croire. Il a proposé de la racheter au propriétaire du terrain situé à l'entrée de La Ferté-Gaucher. Son objectif est de créer des emplois en y installant des activités de loisirs. Mais le projet semble encore un peu flou et pose une question juridique embarrassante pour la communauté de communes des deux Morin.

Le terrain en question, qui s'étend sur 30 hectares dont 9 hectares de bâti, appartient à l'entreprise Villeroy & Boch. Celle-ci louait cet espace à V&B Fliesen, société allemande qui a décidé de fermer son usine fertoise et de licencier tout le personnel. Elle fabriquait des carreaux en faïence. Depuis lors, le terrain est libre. « Le locataire V&B Fliesen n'a pas trouvé de repreneur », constate Jonathan Delisle.

L'entrepreneur de 39 ans a fait une offre au propriétaire. Villeroy & Boch confirme du bout des lèvres via la société qui s'occupe de sa communication. « Les négociations [et] discussions sont en cours, Villeroy & Boch ne peu [t] malheureusement pas donner plus de détails pour le moment. » Le montant de la transaction est confidentiel.

Différentes lectures de ce qui ressemble à un conflit d'intérêts

Jonathan Delisle a fait réaliser une étude « économique et technique » sur le potentiel de la friche dont il tient secrètes les conclusions. « Pour l'instant, j'appelle ça un parc d'activités. Cela regrouperait du loisir et de la culture et créerait plus de deux cents emplois. Ce ne serait pas un parc d'attractions, toutefois. Je ne vais pas concurrencer Disneyland Paris ni AéroSphalte. »

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On ne sait pas ce qu'il y aura dans cette future zone. On ne sait pas non plus qui paiera. Car, si Jonathan Delisle achète la friche, il ne compte pas en financer l'aménagement qu'il veut confier à la communauté de communes des deux Morin...

Le hic, c'est que depuis les dernières élections, Jonathan Delisle est deuxième adjoint au maire et également élu de l'intercommunalité. Interrogé sur ce qui ressemble à un conflit d'intérêts, il se défend. « Je serai juste propriétaire du terrain. La communauté de communes cherchera les investisseurs. Ce n'est ni la commune ni l'intercommunalité qui investira dans le projet », assure l'entrepreneur.

Ex-premier adjoint au maire et désormais élu d'opposition (DVD) au conseil municipal de La Ferté-Gaucher mais aussi élu d'opposition au conseil communautaire, Hervé Crapart s'étonne du projet. « Je croyais que c'était une initiative totalement privée. Est-ce que l'intercommunalité aura les moyens d'un tel projet ? Car il y a d'énormes frais à engager. »

« Nous n'aurions pas eu les fonds pour racheter la friche »

De son côté, le président de la communauté de communes des deux Morin, Jean-François Delesalle (SE) a perçu les risques politiques. « Nous avons bien vu qu'il y a un risque de conflit d'intérêts. Nous avons donc écarté la candidature de M. Delisle (qui appartient à sa majorité, NDLR) de la vice-présidence et du bureau de l'intercommunalité. Il est simple délégué communautaire. »

Pour le reste, le président attend de voir pour juger. « Nous n'aurions pas eu les fonds pour acheter la friche. Mais il ne suffit pas de la racheter. Il faut ensuite un projet. Et puis tout ne peut pas se concentrer à La Ferté-Gaucher. » Dans tous les cas, selon Jean-François Delesalle, « il faut du temps » pour que ce projet arrive à maturité. « Nous n'en sommes qu'au tout début, aux balbutiements. Mais si le projet de Jonathan Delisle se réalise, alors ce sera un grand bien pour le secteur ! »