Ile-de-France : près de 300 Coiffeurs justes se font des cheveux pour la planète

A l’instar de Virginie Barros, coiffeuse à Melun (Seine-et-Marne), les 4700 adhérents de l’association Coiffeurs justes envoient les mèches coupées dans le sud de la France. Elles sont recyclées en boudins ou tapis antipollution absorbant les hydrocarbures.

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 Melun, le 28 janvier. Patronne du salon de coiffure situé 7, avenue Patton, Virginie Barros a collecté cinq sacs entiers de cheveux et un demi encore ouvert depuis le 28 novembre dernier.
Melun, le 28 janvier. Patronne du salon de coiffure situé 7, avenue Patton, Virginie Barros a collecté cinq sacs entiers de cheveux et un demi encore ouvert depuis le 28 novembre dernier. LP/Sophie Bordier

Depuis qu'elle a ouvert son salon de coiffure en septembre dernier à Melun (Seine-et-Marne) au 7, avenue Patton, Virginie Barros accueille les clients six jours sur sept, du mardi au dimanche inclus. Une façon de se démarquer de ses confrères et, surtout, d'accumuler un maximum de cheveux coupés avant un éventuel reconfinement.

Car cette artisane est l'une des 4700 adhérentes des Coiffeurs justes. Cette association collecte des cheveux dans les salons, en vue d'un recyclage 100 % écologique. Réputés pour absorber les graisses et les hydrocarbures, ils servent à fabriquer des dispositifs de lutte contre la pollution des sols et de l'eau.

« Depuis le 28 novembre, date de ma réouverture après le second confinement, j'ai rempli cinq sacs pleins et un autre à moitié. Ça représente 2 kg de cheveux par sac, soit 10 à 12 kg par mois environ. On ne croirait pas tant les cheveux sont légers ! », s'enthousiasme la jeune femme âgée de 29 ans.

Des boudins antipolluants pour les fleuves, des tapis pour les autoroutes

Légers mais surtout lavables et réutilisables. Qualités mises en avant pour Thierry Gras, coiffeur dans le Var et fondateur de l'association Coiffeurs justes, en 2015. « Je savais que les cheveux pouvaient être utilisés comme dépolluants. Cela a été le cas en 1978, lors du naufrage de l'Amoco Cadiz sur la côte bretonne, mais aussi en 2010, en Guyane, lors de l'explosion de la plate-forme pétrolière Deep Water », rappelle-t-il.

En cinq ans, avec ses adhérents, il a collecté 80 tonnes de cheveux. « Ils sont envoyés dans le Var dans un centre d'insertion par l'activité économique, à Brignoles, décrit Thierry Gras. Là, ils sont transformés en boudins qu'on peut mettre en fond de cale dans les bateaux, pour limiter les fuites d'huile et d'hydrocarbures des moteurs, ou sur les fleuves pour circonscrire une pollution. Les fleuves sont les plus gros pollueurs car ils captent tout et rejettent tout dans les mers et océans. »

VIDÉO. Les «Coiffeurs Justes» récupèrent vos cheveux pour aider à dépolluer

Environ 500 boudins de cheveux sont produits chaque semaine. L'association les achète et les revend aux ports, aux intercommunalités, à Vinci Autoroutes… « C'est le même prix que les boudins classiques, sauf qu'ils sont réutilisables six fois », souligne le président des Coiffeurs justes. D'ici juin, l'association va équiper tous les ports de la région Provence Alpes Côte d'Azur. Elle a aussi des visées dans le bassin d'Arcachon.

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Les boucles et mèches de cheveux peuvent également être transformées en tapis antipollution des eaux de ruissellement des routes. Des projets sont en cours comme l'équipement de collecteurs d'eaux pluviales et de bassins de rétention des autoroutes.

Avec 296 salons, l'Ile-de-France se situe au troisième rang, en nombre d'adhérents de l'association, derrière la Bretagne et la Savoie. On recense ainsi 80 Coiffeurs justes à Paris, 63 dans les Yvelines, 42 en Seine-et-Marne, 37 en Essonne et dans le Val-d'Oise, 17 dans le Val-de-Marne, 16 dans les Hauts-de-Seine et 4 en Seine-Saint-Denis. L'association projette même d'ouvrir un centre de fabrication de dispositifs antipolluants dans la région.

Cela attire même de nouveaux clients

A Melun, Virginie Barros a découvert l'association lors d'un séminaire professionnel. Depuis, elle applique avec conviction cette démarche simplissime dans les faits. « Je mets tous les cheveux coupés dans des sacs, au fur et à mesure. Sauf ceux de plus de 30 cm de long que je donne à une association, qui fabrique des perruques pour les personnes atteintes de cancers ou de leucémies », explique la coiffeuse.

La jeune femme n'y voit que des avantages. « Cela réduit mon volume de poubelles, j'agis pour l'écologie et en plus, mes clients sont contents. Cela m'en amène même des nouveaux ! »

Ce jeune papa rencontré la semaine passée dans le salon Mille et Une Coiffures, avec son fiston à la chevelure bouclée, ignorait portant cette belle action de Virginie. « C'est très utile », approuve-t-il. « Moi qui suis pompier à Moissy-Cramayel, je sais que mes collègues utilisent des sortes de boudins ou serpentins pour encercler les pollutions dans les rivières. Je vais leur en parler », promet-il.