«Il y a près d’un mètre d’eau chez moi» : à Esbly, en attendant la décrue, les sinistrés s’organisent

Victimes d’une quatrième inondation en cinq ans, les habitants de cette commune de Seine-et-Marne tentent, les pieds dans l’eau, de sauver ce qui peut l’être et cherchent des solutions d’hébergement.

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 Esbly, le 8 février 2021. Le jardin et le rez-de-chaussée de la maison de Mohamed sont immergés par endroits sous près d’un mètre d’eau.
Esbly, le 8 février 2021. Le jardin et le rez-de-chaussée de la maison de Mohamed sont immergés par endroits sous près d’un mètre d’eau. LP/Hendrik Delaire

Ils ont de nouveau chaussé leurs bottes en caoutchouc et leurs cuissardes étanches. Ils utilisent les barques mises à disposition par la municipalité pour évacuer les affaires qu'ils ont pu sauver de la montée des eaux. Eux, ce sont les habitants des centaines de maisons inondées à Esbly (Seine-et-Marne) depuis le week-end dernier.

Et ils s'attendent à voir la situation perdurer encore plusieurs jours. Dans la nuit de samedi à dimanche, le niveau de la Marne, essentiellement, est monté de plusieurs dizaines de centimètres et l'eau a pénétré à l'intérieur des maisons, dont elle submergeait déjà les jardins depuis plusieurs jours. En tout, ce sont près de 300 foyers qui sont sinistrés, essentiellement au niveau des chemins de L'Île et des Chevaliers de la Gaule, situés à la confluence de la Marne et du Grand Morin, son affluent en provenance de Coulommiers, notamment.

Les sinistrés se préparent à une inondation de longue durée

Parmi eux, Mohamed qui habite le long du chemin de L'Île depuis bientôt treize ans, tire une barque mise à disposition par la municipalité. « Il y a près d'un mètre d'eau dans mon rez-de-chaussée et je n'ai plus d'électricité depuis trois jours. Je suis en procès avec mon précédent assureur et je n'ai toujours pas été indemnisé des dégâts des crues de 2016 et 2018. Depuis trois ans, je veux quitter cette maison mais je n'arrive pas à la vendre, je suis coincé ici à subir ces inondations qui surviennent désormais quasiment tous les ans. » C'est en effet la quatrième inondation en cinq ans que subit la commune de 6500 habitants, après celles de 2016, 2018 et de mars 2020.

Comme Mohamed, Sylvain et sa compagne tirent une barque qui contient quelques effets qui ont échappé à la montée des eaux. « Nous nous étions à peine remis de la crue de 2018 que cela recommence ! Nous avons sauvé ce que nous avons pu. Je travaille, mes parents nous hébergent avec nos trois enfants, c'est forcément compliqué. A mon avis, le niveau de l'eau ne va pas baisser de suite et on ne devrait pas regagner notre maison avant un mois », confie un brin résigné le père de famille.

La décrue pourrait en effet se faire attendre comme l'explique le maire d'Esbly, Ghislain Delvaux (SE). « Le niveau de l'eau stagne désormais et une très légère décrue va s'amorcer dans les jours à venir, mais la semaine prochaine risque d'être très délicate », prévoit le premier magistrat.

Le soutien logistique de la municipalité

En attendant la solidarité s'organise. « J'ai hébergé ma voisine qui est âgée et a la terreur de l'eau, avant de l'évacuer avec une barque. Ce lundi, je viens à mon tour évacuer nos affaires pour aller dormir à l'hôtel, où seules trois nuits seront prises en charge par mon assurance », raconte Mohamed.

S'il y a de l'entraide entre les sinistrés qui se retrouvent ensemble les pieds dans l'eau, la municipalité leur a apporté un soutien logistique. « Le gymnase municipal a été mis à disposition et deux familles y sont hébergées en attendant d'être prises en charge par le 115. Des parpaings avaient été distribués au début de la montée des eaux et depuis nous avons aussi fait parvenir de l'eau potable et des baguettes de pain aux sinistrés restés », récapitule le maire.

Ce lundi, il a reçu la visite du sous-préfet de l'arrondissement de Torcy. François-Claude Plaisant est en effet venu constater l'ampleur du sinistre et des dégâts. « Nous travaillons à la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qui devrait être accordée dans les jours à venir », assurait le représentant de l'Etat.

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Un soutien que tient aussi à affirmer le conseil régional Ile-de-France qui assure qu'il « ne laissera pas tomber les communes sinistrées : elle les a aidées lors des inondations de 2016, à nouveau en 2018, et sera à leurs côtés cette fois encore ». La vice-présidente du conseil régional, Hamida Rezeg (LR), se rendra également sur place ce mardi.

Des solutions à l'étude pour diminuer le risque d'inondation

Le sous-préfet est aussi venu exprimer sa solidarité aux sinistrés ainsi qu'aux pompiers et aux services municipaux, il entend tirer un retour d'expérience de cette quatrième inondation depuis 2016.

« Il faut réfléchir à des solutions multiples pour diminuer le risque d'inondations pour les populations. On peut envisager de travailler sur l'intégration de mesures comme l'interdiction de vivre au rez-de-chaussée dans les plans de prévention des risques inondation (PPRI), mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain car on parle de l'habitat des gens! », souligne le sous-préfet, qui exclut toute expropriation ou destruction de logement pour créer d'éventuelles zones d'expansion des crues comme c'est le cas à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne).

Une mesure que ne conçoit pas le maire d'Esbly. « Ces inondations de plus en plus récurrentes s'expliquent peut-être par des cycles météorologiques ou le réchauffement climatique, mais aussi par l'artificialisation des sols. A Esbly, il n'y a malheureusement pas de terrain disponible pour créer des zones d'expansion des crues et ce sont les habitations en zones inondables qui subissent les expansions. Certaines constructions n'auraient jamais dû se faire dans le passé, mais l'interdiction de vivre au rez-de-chaussée est impensable à Esbly dans l'état actuel. C'est déjà dur moralement pour les habitants qui vivent des crues à répétition. Il faudrait peut-être revoir la gestion du bassin réservoir de la Der en amont », précise Ghislain Delvaux, dont l'habitation est aussi concernée.

« Une interdiction serait difficile à accepter car lorsque j'ai acheté ma maison de plain-pied en 2009, j'ai envisagé de faire des travaux pour la rehausser mais la municipalité m'avait alors répondu que si je la détruisais, je ne pourrais pas reconstruire dessus », renchérit Sylvain.