Grandpuits : les salariés de la raffinerie prêts à se mobiliser pour leurs emplois

Réunis en assemblée générale ce vendredi à Grandpuits, les syndicats ont appelé à une mobilisation la plus large possible des salariés, le 6 octobre à La Défense, lors du prochain comité social et économique de Total.

 Grandpuits, ce vendredi. L’assemblée générale des salariés de la raffinerie Total s’est tenue à l’extérieur.
Grandpuits, ce vendredi. L’assemblée générale des salariés de la raffinerie Total s’est tenue à l’extérieur. DR

Près de 200 personnes ont assisté à l'assemblée générale des salariés de la raffinerie Total, ce vendredi, devant les portes du site, à Grandpuits. C'était la première assemblée depuis les annonces dévoilées la veille par la direction, lors du comité social et économique (CSE) central de l'entreprise. Le projet, baptisé Galaxie, prévoit l'arrêt du raffinage et la reconversion du site dans le plastique biodégradable à l'horizon 2024.

Les attentes étaient nombreuses de la part des employés inquiets. Ils ont questionné leurs syndicats, notamment sur le plan de leur futur statut et de leur éventuelle future convention collective. S'ils n'ont pas voté de grève, à l'initiative des syndicats, ils se sont donné rendez-vous pour une mobilisation la plus large possible, au pied de la tour Total à La Défense (Hauts-de-Seine), le 6 octobre prochain, jour de la prochaine réunion du CSE.

« Ce CSE posera les bases du nouveau projet et du plan social, explique Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie. Si les salariés veulent empêcher ces conditions d'emploi, il faudra imposer un rapport de force le plus haut possible à Total. »

« Ce sont des secteurs entiers de la raffinerie qui disparaissent, ajoute un autre élu CGT. Les salariés ont peur de l'arbre qui cache la forêt. »

Un dossier de 250 pages à éplucher

Durant l'assemblée générale, les syndicats ont présenté le projet, après avoir lu en diagonale les quelque 250 pages de documents qui leur ont été fournis il y a moins de 24 heures. Pour avoir des réponses plus précises, les salariés devront attendre qu'ils s'y soient plongés plus longuement.

« On va éplucher les 250 pages du dossier, confirme Olivier Ducreux, délégué CFDT. Pour nous, en tout cas, le compte n'y est pas. Beaucoup de postes sont supprimés. C'est un projet conséquent, avec des changements de professions, d'emplois. Les salariés ont beaucoup de difficultés à se projeter. Ils essaient de comprendre où on va. Dans le groupe Total, une transformation aussi massive n'est jamais arrivée. »

Les salariés eux-mêmes confirment. « J'étais intérimaire et je viens juste de signer un CDD, indique un jeune homme. J'attends maintenant de voir ce qui va se passer. »

Des formations aux nouveaux métiers

« On ne sait pas trop ce qu'il en est, reconnaît lui aussi Julien, employé Total depuis 16 ans. Je ne sais pas quoi faire pour l'instant. Rester à Grandpuits ou pas ? Avec quelles modalités ? Je n'en sais rien. Il y a plein de points d'interrogation. Rien n'a été dit, à part dans des communiqués de presse. C'est dommage que les salariés ne soient pas mis au courant avant. On va bien voir à quelle sauce on va être mangé… »

Du côté de la direction de la raffinerie, on se veut avant tout rassurant. « On a transformé une difficulté en opportunité, assure Jean-Marc Durand, le directeur du site depuis janvier dernier, à propos de la fuite sur le pipeline d'Ile-de-France (Plif). La conclusion a été de dire qu'il fallait le remplacer pour maintenir l'activité de raffinage sur le long terme. Mais au lieu de ça, on est justement dans une décision de long terme avec ce nouveau projet, plus en ligne avec la transition énergétique, qui offre un avenir certain à Grandpuits. On va devenir une plate-forme pionnière de la transition énergétique en France. »

« Il n'y aura pas de licenciement, pas de mobilité forcée »

Sur les emplois, le directeur est conscient des compétences de ses salariés. « Ils savent utiliser des procédés complexes, dit-il. Les personnes qui voudront partir partiront et celles souhaitant rester seront formées à ces nouveaux métiers. Il n'y aura pas de licenciement, pas de mobilité forcée. On va gérer cela au cas par cas. On va aussi continuer à utiliser les mêmes entreprises extérieures pour notre future activité. On va se rapprocher de chacune d'entre elles et on va les accompagner pour les aider à gérer la transition le mieux possible. »

Les 150 emplois sur le départ ne partiront pas forcément d'ici 2024. « On pourra être temporairement plus, au fil des mutations, des départs en retraite, assure Jean-Marc Durand. On n'a pas d'urgence à être pile dans la cible le jour donné. Si cela prend quelques années de plus, ce ne sera pas la fin du monde non plus. »

Quant au Plif, enfin, il restera dans le sous-sol francilien. « On va l'arrêter, le vidanger, le nettoyer, à l'aide de racleurs, pour retirer les traces d'hydrocarbures, explique le directeur. Puis, on va l'« inerter », c'est-à-dire qu'on va injecter de l'azote dedans pour chasser l'air, l'humidité et éviter la corrosion. On va maintenir toutes les conditions qui garantissent son intégrité, notamment avec des protections cathodiques, également contre la corrosion. Et on va le surveiller. On va maintenir son intégrité à long terme. Il sera dans l'état dans lequel sont la plupart des pipelines inutilisés en France. En aucun, il ne pourra générer de pollution. »