Les raffineurs de Grandpuits mettent la pression à Total

Une soixantaine de salariés de la raffinerie Total de Grandpuits manifestaient ce mardi matin au pied de la tour qui abrite le siège de la compagnie pétrolière, à La Défense. C’est là que se tenait le comité social et économique central de Total.

 Courbevoie, ce mardi matin. Une centaine de salariés, dont une soixantaine en provenance de la raffinerie de Grandpuits, ont manifesté au pied du siège de leur entreprise, la tour Total dans le quartier d’affaires de La Défense.
Courbevoie, ce mardi matin. Une centaine de salariés, dont une soixantaine en provenance de la raffinerie de Grandpuits, ont manifesté au pied du siège de leur entreprise, la tour Total dans le quartier d’affaires de La Défense. LP/Sébastien Blondé

Ils ont bravé la pluie, fait beaucoup de bruit et « craqué » quelques fumigènes pour être encore plus visibles. Ils étaient plus d'une centaine à manifester, ce mardi matin, au pied de la tour Total, siège de l'entreprise dans le quartier de La Défense.

Salariés de la raffinerie de Grandpuits - ils étaient une soixantaine à se rendre sur place en bus depuis le centre de la Seine-et-Marne -, mais aussi de la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique), de l'entreprise Hutchinson, filiale de Total où un millier d'emplois sont menacés par une rupture conventionnelle collective, de la centrale EDF de Nogent-sur-Seine..., tous sont venus faire du bruit à l'appel de la CGT, alors que se tenait, plusieurs étages plus haut, le comité social et économique (CSE) central de Total.

C'est là que le géant du pétrole a commencé à détailler aux représentants des syndicats les détails du projet de transformation de la raffinerie en usine de biocarburants et bioplastique et posé les bases du futur plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui y sera adjoint. Des informations qui seront relayées à Grandpuits, ce mercredi lors du CSE local de la raffinerie, puis ensuite à l'intention des salariés.

Courbevoie, ce mardi. Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie de Grandpuits. LP/Sébastien Blondé
Courbevoie, ce mardi. Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie de Grandpuits. LP/Sébastien Blondé  

Le projet de la direction de Total, baptisé Galaxie, prévoit l'arrêt du raffinage à Grandpuits et la reconversion du site dans les biocarburants, le plastique biodégradable et le photovoltaïque à l'horizon 2024. Il a commencé à être dévoilé le 24 septembre, entérinant le fait que le pipeline d'Île-de-France (Plif) ne sera pas remis en état.

« Les travailleurs vont payer les pots cassés »

« On est là pour exiger qu il n'y ait aucune suppression d'emploi sur le bassin parisien, indique Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie. Total doit avoir un projet d'ampleur et non un projet à minima avec 200 suppressions d'emplois dans l'entreprise et 500 dans les entreprises extérieures. On est juste là pour mettre la pression, pour montrer que cela ne va pas se passer simplement. »

« C'est un mouvement qui démarre, poursuit Adrien Cornet. Derrière, on va décortiquer le projet et montrer que l'organisation de travail ne va pas. Les travailleurs vont payer les pots cassés, car c'est ce que nous rapportent des gens qui ont déjà vécu des PSE chez Total. »

Courbevoie, ce mardi. Sylvain et Dany faisaient partie de la soixantaine de salariés à s’être déplacés devant le siège de Total. LP/Sébastien Blondé
Courbevoie, ce mardi. Sylvain et Dany faisaient partie de la soixantaine de salariés à s’être déplacés devant le siège de Total. LP/Sébastien Blondé  

Depuis deux semaines, les salariés de la raffinerie ne savent pas de quoi sera fait leur avenir. Opérateur sur une unité de production depuis deux ans, embauché à Grandpuits depuis douze ans, Dany, 34 ans, est dans l'attente.

«On est là pour montrer notre mécontentement, affirme cet habitant de Donnemarie-Dontilly. On le sentait venir, avec ce tuyau vieillissant. D'ailleurs, la direction ne parlait que de lui, du Plif. Qui ne s'en doutait pas ? »

«Je me battrai avec les copains jusqu'à la fin »

«J'attends les annonces, ajoute-t-il. On va savoir pour les postes qui vont être créés, les éventuelles formations... On passe quand même du pétrole au plastique : c'est de la chimie. Que va-t-on faire ? Avec ma femme, on se pose la question de notre avenir. Tout va dépendre de ce qu'on va nous proposer. »

Sylvain, 34 ans également, avait déjà demandé sa mutation dans un dépôt pétrolier avant les annonces de Total. Mais il n'abandonne pas ses collègues.

«C'est Grandpuits qui m'a appris le métier, lance celui qui habite Sognolles-en-Montois. Je me battrai avec les copains jusqu'à la fin. »

Courbevoie, ce mardi. Les manifestants se sont bruyamment fait entendre pendant plusieurs heures. LP/Sébastien Blondé
Courbevoie, ce mardi. Les manifestants se sont bruyamment fait entendre pendant plusieurs heures. LP/Sébastien Blondé  

Comme beaucoup, il s'attendait lui aussi à la fermeture de la raffinerie, à la vue de « cet outil vieillissant ». «Pour moi, ce projet, c'est de la poudre aux yeux vis-à-vis de la population », dit-il.

Côté syndicats, la CFDT de Grandpuits s'est désolidarisée du mouvement de ce mardi, qui se politise selon elle. «La récupération politique nous pose problème », explique Olivier Ducreux, délégué CFDT.

«J'ai vu des boulangeries et des bars-restaurants fermer»

Au moins un drapeau du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a en effet été vu ce mardi durant la manifestation. Les manifestants ont aussi reçu le soutien de Julien Bayou, le secrétaire national d'Europe Ecologie - Les Verts, ainsi que d'Anasse Kazib (Sud Rail).

Ancien de Petroplus à Petit-Couronne (Seine-Maritime), Florian Bourget, qui vit aujourd'hui à Saint-Loup-de-Naud, se souvient de la casse qu'a entraîné la fermeture de son entreprise sur les emplois indirects.

«J'ai vu des boulangeries et des bars-restaurants fermer, plein d'emplois indirects que Total n'a pas pris en compte, comme aujourd'hui pour Grandpuits, appuie le délégué Force Ouvrière. On se bat pour les emplois, pour un PSE avec des mesures d'accompagnement dignes de ce nom. Pour l'instant, ce n'est que le minimum légal, au ras des pâquerettes. »