Future prison de 1000 places : la patate chaude de l’agglomération de Melun

Les vingt élus de l’agglomération melunaise rejettent à l’unanimité la création d’une prison de 1000 places dans le territoire intercommunal. Mais à Melun, on s’impatiente de voir le centre de détention quitter l’île Saint-Etienne.

 Melun. Selon le préfet, si aucune solution ne se dégage dans les quinze jours ou trois semaines, le centre de détention situé sur l'île Saint-Etienne restera à sa place.
Melun. Selon le préfet, si aucune solution ne se dégage dans les quinze jours ou trois semaines, le centre de détention situé sur l'île Saint-Etienne restera à sa place. LP/Sophie Bordier

Pas de nouvelle prison de 1000 places dans la communauté d'agglomération Melun Val-de-Seine (CAMVS). Après l'abandon du projet à Melun-Rubelles, puis à Vaux-le-Pénil, et la signature d'un communiqué à l'unanimité des vingt maires de l'agglomération concluant qu'aucun terrain ne correspondait aux critères demandés, le préfet de Seine-et-Marne prend acte. « Nos services cherchent ailleurs, hors CAMVS », confirme Thierry Coudert.

Cependant, plusieurs questions se posent. Les critères de l'Agence publique pour l'immobilier de la justice (Apij) sont maintenus : surface de 20 hectares sans servitude, bonne desserte notamment en matière de transports en commun, espace pas trop proche des habitations et qui ne grignote pas de terres agricoles. Dans ces conditions, où le projet de 1000 places -composé des 700 places d'une maison d'arrêt et des 300 places transférées du centre de détention actuel situé à Melun - va-t-il s'installer? Le préfet évoque la nécessité d'«un délai raisonnable » pour se rendre de la future prison au tribunal judiciaire de Melun.

On pense forcément à Grand Paris Sud dans sa partie seine-et-marnaise, territoire voisin de la CAMVS. Mais rien n'est joué. «Je n'ai pas du tout été informé de cette question», répond d'emblée Michel Bisson (PS), président de Grand Paris Sud et maire de Lieusaint. « C'est peut-être parce que nous avons déjà un centre pénitentiaire sur notre territoire à Réau. En tout cas, je ne vois pas d'espace correspondant à ces critères dans la partie seine-et-marnaise de Grand Paris Sud », souligne-t-il discrètement.

Plusieurs centaines d'emplois à la clé

Il comprend le refus des vingt communes de la CAMVS de voir cet établissement sur leur territoire. «Il est normal que les élus s'y opposent. C'est la réaction que nous avons eue quand la prison de Réau était d'actualité. Après, on arrive à mieux comprendre l'intérêt général... »

Que faire si Grand Paris Sud refuse ou si aucun terrain de son territoire ne correspond aux critères de l'Apij ? Une recherche à proximité des tribunaux judiciaires de Fontainebleau ou de Meaux est-elle envisageable ?

Le préfet de la Seine-et-Marne écarte cette possibilité. «Le projet doit rester dans le secteur de Melun, je suis missionné pour cela. Le personnel qui travaille au centre de détention de Melun habite essentiellement dans ce secteur », remarque Thierry Coudert.

Et si aucun consentement des élus ne se dégage ? «L'Etat peut imposer les choses, mais je ne suis pas dans cette démarche. Il vaut mieux aborder le sujet de façon consensuelle », répond le préfet qui se dit « raisonnablement optimiste » sur ce projet créateur de « plusieurs centaines d'emplois. Mais si, d'ici quinze jours ou trois semaines, nous n'avons pas trouvé, je crains que le centre de détention de Melun... reste à Melun ! »

«On a perdu deux ans », dénonce la députée

La députée Aude Luquet (MoDem), par ailleurs élue municipale de la majorité à Melun, estime « dommage que cela arrive après autant de démarches. On a perdu deux ans. Il aurait fallu mener une concertation des maires dès le début en présentant une vision globale des projets... Si on loupe le coche cette fois, le déplacement du centre de détention situé sur l'île ne se fera pas avant longtemps ».

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Une réflexion qui fait bondir le directeur de cabinet de Louis Vogel (Agir), maire de Melun et président de la CAMVS : «Ce n'est pas à nous de mener une concertation, c'est un projet de l'Etat ! Les maires de Melun et Rubelles ont toujours été concertés ».

Selon lui, « Un jour l'Etat sera contraint de déménager le centre de détention de Melun. En 2016 et 2018, il était à deux doigts d'être évacué en raison des inondations. Par ailleurs l'Etat des lieux laisse à désirer. Les gardiens qui montent les gardes dans les miradors n'ont pas de toilettes... »

Respecter chaque commune

Une voix s'élève aussi à Vaux-le-Pénil, celle de Julien Guérin (Gauche républicaine et socialiste), élu de la majorité et président du groupe Vaux le Pénil, notre bien commun. Il s'interroge sur le rôle du maire de Melun.

« Vaux-le-Pénil s'est toujours profondément impliqué dans la coopération intercommunale mais celle-ci ne peut vraiment réussir que si chaque commune, quelle que soit son importance, est pleinement respectée et associée aux grandes orientations pour l'avenir de notre territoire », écrit-il. En clair, ayant refusé le projet pénitentiaire sur Melun-Rubelles, Louis Vogel aurait-il renvoyé la patate chaude à Vaux-le-Pénil sans en informer son maire ?

« On a été très transparent », se défend le directeur de cabinet de Louis Vogel. «La Direction départementale des Territoires a mandaté les services de l'agglo pour identifier des territoires selon les critères de l'Apij. Six ont été retenus par la DDT : deux à Vaux-le-Pénil, un à Saint-Fargeau-Ponthierry, un à Boisssise-le-Roi, un à Limoges-Fourches et un à Dammarie-les-Lys. Et le 14 décembre, en plein conseil communautaire, M. Vogel a reçu un SMS du préfet lui indiquant qu'il retenait les terrains à Vaux-le- Pénil. Il a prévenu M. de Meyrignac. Mais il a fallu que le maire de Vaux-le-Pénil se rende à la convocation en préfecture le 15 janvier pour en savoir plus sur le projet ». Et d'ajouter : «Si une commune refuse, toute l'agglomération est solidaire ».