Fontainebleau : Laure, réserviste au grand cœur, a attrapé le virus de l’entraide

Laure Jolyot-Bertrand fait partie des quelque 70 volontaires qui ont souhaité intégrer la réserve citoyenne créée par Frédéric Valletoux (Agir), le maire de Fontainebleau. Des « bras » bienvenus en cette période de pandémie.

 Fontainebleau, mardi 2 février 2021. Laure Jolyot-Bertrand fait partie des quelque 70 volontaires à avoir rejoint la réserve citoyenne créée par la municipalité.
Fontainebleau, mardi 2 février 2021. Laure Jolyot-Bertrand fait partie des quelque 70 volontaires à avoir rejoint la réserve citoyenne créée par la municipalité. LP/Thomas Segissement

Le plus jeune a 16 ans, les plus âgés sont à la retraite depuis longtemps. Laure Jolyot-Bertrand, elle, ne le sera officiellement qu'au mois d'avril prochain. A 65 ans, cette femme dynamique fait partie des quelque 70 personnes qui ont intégré la réserve citoyenne créée par le maire de Fontainebleau, Frédéric Valletoux (Agir). Après 20 ans passés à Brunoy, dans l'Essonne, elle est venue s'installer dans la cité impériale en 2018.

« C'était un projet de vie avec mon mari, qui est né à Fontainebleau. Pour notre retraite, on a décidé de partager notre existence entre Fontainebleau et Majorque, où nous avons un pied à terre. » En attendant que son époux, ex-champion olympique de fleuret, ne raccroche définitivement, cette ancienne cadre bancaire à la Défense entend bien s'impliquer pleinement dans la vie locale. Après avoir croisé la route de Frédéric Valletoux, elle a accepté de figurer sur sa liste en 29e position, aux dernières élections municipales. « Un engagement personnel plus que politique », précise-t-elle.

« Dans une crise, il y a toujours quelque chose de bon à en retirer »

Distribution de tracts dans les boîtes aux lettres, réunions en visioconférence, la sexagénaire fait campagne, distribue des masques et ne met pas longtemps à attraper le virus de l'entraide. « Pendant le premier confinement, il y a eu la livraison de médicaments aux personnes âgées ou malades. Puis, les livraisons des courses. Moi, je les faisais pour mes voisins. Lors des Facebook live du maire, beaucoup de gens se demandaient comment ils pouvaient donner un coup de main. Il fallait poursuivre cette dynamique d'entraide qui s'est mise en place. Dans une crise, il y a toujours quelque chose de bon à en retirer. »

« L'idée de fonder cette réserve citoyenne est effectivement née de ce premier confinement, confirme Laureen Simon, en charge de ce dossier au cabinet du maire. Il y a eu ce groupe Facebook, Solidarité Fontainebleau, avec de nombreuses personnes prêtes à donner du temps. On s'est inspirés des réserves existantes comme la réserve civique pour créer notre réserve citoyenne, avec sa propre charte. Les volontaires n'ont aucune obligation, ni condition d'inscription. »

« C'est l'une des premières décisions du mandat, confirme Frédéric Valletoux. Cela répond à cette solidarité très forte constatée lors du premier confinement. Mais elle sera utilisée aussi pour donner des coups de main pour l'organisation d'événements culturels ou sportifs comme les Foulées Impériales. »

Instaurée officiellement à la rentrée de septembre, la réserve citoyenne est pour l'instant surtout sollicitée pour les problématiques sanitaires. « Il a fallu du monde pour les deux opérations de dépistage organisées avant et après Noël par exemple », confie Laureen Simon. Laure n'y a pas participé. « Je devais garder mon petit-fils », argumente-t-elle.

En revanche, elle n'a pas compté ses heures pour distribuer les colis aux plus de 70 ans inscrits au centre communal d'action sociale de Fontainebleau. « Il y a eu plus de 1 000 colis. Ces gens étaient tellement contents de nous voir. Ça a permis de rompre l'isolement. C'était très important. » Cet hiver, deux soirs par semaine, elle a aussi participé à la distribution de la soupe populaire organisée par le 115 du particulier. « Il faut avoir le cœur bien accroché, confie-t-elle. Là, on mesure vraiment les effets de la crise. »

Des premiers pas dans le bénévolat il y a 30 ans

L'expérience lui a fait remonter des souvenirs douloureux de ses premiers pas dans le bénévolat. C'était il y a près de 30 ans. Laure s'était investie dans une association qui venait en aide aux malades du sida. Ceux qui étaient parfois à la rue, rejetés par leur famille. « J'en ai suivi deux en particulier qui sont décédés. C'était très difficile », raconte-t-elle, le regard triste.

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En revanche, le sourire revient vite éclairer son visage lorsqu'elle évoque ses cinq années passées à la fédération française d'escrime, où elle a planché notamment sur l'organisation des Championnats du monde au Grand Palais en 2010. Un souvenir inoubliable.

Depuis quelques jours, Laure a une nouvelle mission qui l'occupe plusieurs demi-journées par semaine. « Je suis en poste au centre de vaccination, raconte-t-elle. J'enregistre les gens quand ils arrivent. Parfois, on est deux, trois ou quatre de la réserve. Ce matin, il y a eu 71 personnes vaccinées. »

Comme si les journées n'étaient pas assez longues, cette passionnée d'histoire a également choisi de s'impliquer dans l'association des Amis du château de Fontainebleau, qui compte plus de 1 000 adhérents et dont elle en est la trésorière adjointe. « Passer de 10 heures par jour à la banque à la retraite directement, ça aurait été compliqué, avance-t-elle. Ces engagements m'apportent un autre équilibre, en dehors de celui de ma famille. »

Et ce n'est peut-être pas fini. Sur sa lancée, Laure pourrait replonger dans l'univers de l'escrime. « Il se peut que j'y retourne un peu », glisse-t-elle avec un regard malicieux. A ses côtés, Pascal, son mari, sourit : « Ça ne me dérange pas, Moi aussi, je suis bien occupé. »