Fontainebleau : la cité impériale en passe de devenir la cité universitaire

D’ici trois ans, Fontainebleau changera de visage avec l’arrivée du campus de l’Upec à la caserne Damesme, mais aussi celle du campus des arts aux Héronnières.

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 Fontainebleau, le 11 janvier. Le préfet de Seine-et-Marne et le maire de Fontainebleau en visite à la caserne Damesme. Après 35 millions d’euros de travaux, elle accueillera le campus de l’Upec.
Fontainebleau, le 11 janvier. Le préfet de Seine-et-Marne et le maire de Fontainebleau en visite à la caserne Damesme. Après 35 millions d’euros de travaux, elle accueillera le campus de l’Upec.  Préfecture de Seine-et-Marne

Ce n'est pas le moment pour les propriétaires de bar à Fontainebleau, malgré les fermetures pour cause d'épidémie, de baisser les bras. Un air de jeunesse va transformer Fontainebleau dans les prochaines années et ce, dès septembre prochain.

Partant du constat qu'il est plus difficile qu'ailleurs dans le sud de la Seine-et-Marne de poursuivre des études supérieures faute de formations existantes, la ville veut devenir le campus universitaire du sud du département et même rayonner jusqu'à Montargis (Loiret), Sens ou même Auxerre (Yonne). Elle renforce pour cela son partenariat avec l'Université de Paris-Est Créteil (Upec).

«On fait le pari de la jeunesse et de l'intelligence»

A cela s'ajoute le projet privé et donc bien distinct des Héronnières, dépendant du château de Fontainebleau, qui table sur 10 000 étudiants par an, dont 3 000 simultanément dans son campus des arts, vers 2024 aussi.

D'ici quatre ans, on devrait compter 7 500 étudiants dans la ville impériale. Soit en moyenne, 5 500 de plus que maintenant pour cette ville de 15 000 habitants. Via l'Upec, ce sont des formations en sciences politiques dès la rentrée prochaine, puis en langues étrangères, en Staps et dans le paramédical, en orthoptie et orthophonie par exemple, qui seront proposées peu à peu d'ici 2024.

« Il faut rapprocher et installer des filières là où il y a un manque criant. Ça peut créer des envies, résume Frédéric Valletoux, le maire (Agir) de Fontainebleau, qui compte 22 % de logements sociaux. Quand on habite Montereau ou Fontainebleau, c'est compliqué d'aller jusqu'à Marne-la-Vallée ou Evry (Essonne). On fait le pari de la jeunesse et de l'intelligence. »

De ville caserne à ville campus

« De plus en plus de personnes de la classe moyenne s'installent à Fontainebleau. On note aussi un effet post-Covid », analyse Jean-Luc Dubois-Randé, le président de l'Upec qui est déjà implantée à la Cité Descartes ou à Sénart et à Melun avec des formations en santé.

A peine ouverte sur Parcours Sup, la formation en sciences politiques rencontre déjà beaucoup de succès. « Il était regrettable que beaucoup de jeunes de Seine-et-Marne s'autocensurent », souligne Jean-Luc Dubois-Randé.

L'Institut européen d'administration des affaires (Insead), installé depuis la fin des années 1950, accueille 500 à 1 000 étudiants par an. En 1967, l'Ecole des Mines a lui aussi décidé d'implanter à Fontainebleau des enseignants-chercheurs et des post-doctorants. L'IUT de l'Upec dispense depuis une trentaine d'années déjà des cours de gestion et d'informatique, à 600 étudiants désormais.

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En septembre 2019, l'Upec a ouvert une école pour former 600 infirmiers. S'y ajoute depuis cinq mois, une formation de kinésithérapeutes qui réunira 90 apprentis d'ici trois ans. Les lycées proposent aussi toutes les classes préparatoires, sauf hypokhâgne et khâgne. Ce qui va changer puisque l'Upec devrait ouvrir ces formations littéraires. La chambre de commerce et d'industrie pense aussi développer des filières pour devenir huissier ou clerc de notaire.

« Il y aura peut-être plus de fêtes, mais il y a plein de villes où cela se passe bien, rassure Frédéric Valletoux. Nous avons été une ville caserne avec les militaires, nous pouvons maintenant être une ville campus ». « Les étudiants apportent un boom économique », salue le président de l'Upec qui souhaite également que le campus soit fréquenté par la population locale, via une université pour tous en informatique ou en sciences politiques ou par la transformation d'un amphithéâtre en lieu de spectacle.

35 millions d'euros pour rénover la caserne Damesme

Le campus de l'Upec s'articulera principalement à la caserne Damesme, rénovée à hauteur de 35 millions d'euros via le plan de relance et le contrat Etat-région, par tranches, jusqu'en 2024. « Avec les écoles déjà implantées, il y a un potentiel de mutualisation des filières. Entre l'Insead les sciences politiques, par exemple. On va faire de la formation des élus autour de la transition écologique. On veut aussi casser les barrières et faire des cours communs avec les infirmiers, à travers le master santé et politique », s'enthousiasme Jean-Louis Dubois-Randé.

Du côté du campus des arts, on promet aussi un dialogue entre tous ces pôles de savoir. « Il y aura une effervescence créative qui va irradier le territoire et des synergies entre l'ensemble des écoles et des étudiants. L'art contemporain et les sciences politiques se rejoignent. Le marché de l'art peut aussi être évoqué à l'Insead par exemple », souligne Marc-Antoine Cesetti, son président.

Pour loger ces étudiants, 380 chambres vont être aménagées dans l'ancienne Polyclinique de la forêt, puis 170 à l'hôpital quand celui-ci aura déménagé. Une centaine de chambres supplémentaires pourraient être situées dans l'ancien siège de Picard. Le campus des arts promet lui 760 logements. Il faudra donc aussi recourir au marché privé pour accueillir ces étudiants.

A la rentrée prochaine, à l'Upec, deux licences et trois masters en sciences politiques, avec une cinquantaine de doctorants et un laboratoire de recherche, soit 400 élèves, intégreront les locaux de l'Ecole des Mines, le temps que la première tranche des travaux de la caserne se termine. Ce sera le début d'une nouvelle ère.