Fontainebleau : en cellule de crise pour gérer l’afflux de patients Covid à l’hôpital

Trois fois par semaine le directeur du Centre hospitalier du sud Seine-et-Marne réunit les médecins et les ressources humaines pour adapter la stratégie d'accueil des malades du Covid de plus en plus nombreux.

 Fontainebleau, ce vendredi. Benoît Fraslin, le directeur du centre hospitalier du sud Seine-et-Marne ( au premier plan), réunit trois fois par semaine la cellule de crise. Il fait ici le point sur les lits disponibles avec le médecin chef de pôle médecine.
Fontainebleau, ce vendredi. Benoît Fraslin, le directeur du centre hospitalier du sud Seine-et-Marne ( au premier plan), réunit trois fois par semaine la cellule de crise. Il fait ici le point sur les lits disponibles avec le médecin chef de pôle médecine. LP/Faustine Léo

« Est-ce qu'on tient le coup pour ce week-end ? », s'enquiert ce vendredi auprès des médecins chefs de pôle, Benoît Fraslin le directeur du Centre hospitalier sud Seine-et-Marne (CHS77) qui regroupe les établissements de Fontainebleau, Montereau et Nemours. Comme à chacune des trois cellules de crise hebdomadaires, la gestion des lits pour accueillir les « patients Covid » est la première évoquée.

En dix jours, le CHS77 a enregistré une augmentation de 60% des admissions pour cette pathologie et compte donc 74 malades du Covid-19 dans ses murs, dont neuf en soins intensifs ( réanimation et soins critiques ). Avec l'évolution du protocole médical pour traiter cette maladie depuis le printemps, les intubations sont moins nombreuses et une très grande partie des patients est désormais orientée vers la médecine interne. Sur les 581 lits disponibles tous services confondus, 103, dont 32 en soins intensifs, sont actuellement fléchés pour pouvoir recevoir des patients atteints du Covid.

Dans cette petite salle du bâtiment Direction du CHS77 à Fontainebleau, les chefs de service et la direction font le point. « Il nous reste ce matin cinq places en soins intensifs, donc il n'y a pas de surtension », résume Benoît Fraslin, dans une ambiance studieuse, entouré également du chef de la pharmacie, de la directrice des ressources humaines, d'un médecin hygiéniste et de la coordinatrice générale des soins.

Le scanner fortement sollicité pour détecter les embollies pulmonaires

« Ca passe pour ce week-end », acquiesce le chef du pôle médecine, qui évoque malgré tout une possible « confrontation » lundi à Nemours entre les arrivées forcément imprévisibles de patients Covid ce week-end et celles déjà programmées. En apprenant que des soignants envisagent de convertir l'hospitalisation de jour en hospitalisation complète pour accueillir des malades du Covid-19, le directeur rectifie le tir. « On ne peut pas mettre en place des moyens de manière non satisfaisante pour les patients, rappelle-t-il fermement. Il faut déployer les malades sur les trois sites. Sinon on ne s'en sort pas ! On ne peut pas créer de situation d'engorgement».

Le CHS77 peut encore ouvrir une trentaine de lits en médecine interne et une douzaine en soins intensifs. Mais souhaite ne pas oublier les patients souffrant d'autres pathologies, même si déjà des salles de blocs opératoires ont été fermées pour répartir ces équipes auprès des patients Covid. « On s'adapte quand on a un bloc qui est ouvert. On concentre les opérations urgentes sur une journée. On reprogramme celles qui le sont moins », rassure le chef du pôle chirurgie.

Dans ce contexte plus que tendu, la question de l'utilisation renforcée du scanner par l'hôpital est un point sensible. Cette machine, qui permet de détecter l'embolie pulmonaire, une des principales complications mortelle du Covid-19, est fortement sollicitée en interne. Mais sert aussi pour des personnes non hospitalisées. « On rajoute cinq plages pour l'hôpital et on décale de quelques jours ce qui peut l'être », tranche le chef du pôle « médico-technique ».

L'épineuse question des congés autour de Noël

Il faut en tout trois heures, ponctuées de quelques échanges vifs entre le directeur et les médecins mais aussi de plaisanteries pour détendre l'atmosphère, pour parcourir un ordre du jour bien dense. Le médecin hygiéniste demande à pouvoir intervenir auprès de trois Ephad très affectés par le Covid et dont le personnel ne respecte pas les gestes barrières. Comment faire aussi avec un médecin en moins, au fond de son lit à cause du Covid 19 ? Le chef du pôle médecine suggère d'enclencher une demande de renfort auprès de la plateforme régionale. « On peut, mais je n'y crois pas. A vous de parvenir à réaffecter des médecins d'autres pôles ou d'autres sites », rétorque Benoît Fraslin.

D'où la décision de convoquer dès lundi matin le médecin du travail qui suit scrupuleusement les préconisations de l'assurance maladie, délivrant des arrêts maladie de 14 jours suivis d'une reprise en mi-temps thérapeutique pour les soignants positifs au Covid, même asymptomatiques. « A ce rythme, on va fermer l'hôpital ! », s'emporte le directeur. « On ne va pas y arriver avec ces méthodes, s'inquiète également le chef de pôle urgence-soins intensifs. J'ai déjà deux soignants qui piaffent et veulent venir travailler ». Un médecin infectiologue viendra donc seconder le médecin du travail pour le guider plus finement.

A moins de six semaines de Noël, il convient aussi d'aborder l'épineuse question des congés, actuellement gelés. « Je pense qu'il faut que l'on accorde quelques jours pour les fêtes, quitte à rappeler le personnel si besoin », avance la coordinatrice des soins. « D'accord, mais il faut de la transparence sur le nombre de jours et que la règle soit la même pour tout le monde », souligne Benoît Fraslin, bien conscient que la course sera de longue haleine.