Face au harcèlement scolaire, la FCPE 77 forme des parents référents

En Seine-et-Marne, la fédération a recensé en trois ans une dizaine de cas lourds, dont quatre tentatives de suicide. Elle a dispensé ce samedi une formation à plus d’une vingtaine de parents d’élèves. Nous y avons assisté.

 Pontault-Combault, le 20 novembre 2020. Stéphanie Gal a suivi samedi matin sur son ordinateur la formation sur le harcèlement scolaire dispensée par la FCPE 77. Un fléau dont son aîné a été victime à l’école primaire.
Pontault-Combault, le 20 novembre 2020. Stéphanie Gal a suivi samedi matin sur son ordinateur la formation sur le harcèlement scolaire dispensée par la FCPE 77. Un fléau dont son aîné a été victime à l’école primaire. LP/Sébastien Blondé

De nouveaux parents d'élèves référents sur le sujet du harcèlement scolaire apparaîtront bientôt dans certaines écoles de Seine-et-Marne. Ceux qui ont pris part à la formation en ligne dispensée ce samedi par la FCPE 77 ont montré leur volonté de pouvoir venir en aide aux parents et aux enfants touchés par ce fléau. En France, 700 000 jeunes disent avoir fait l'expérience du harcèlement à l'école.

Depuis chez eux à Combs-la-Ville, Coulommiers, Roissy-en-Brie, Pontault-Combault, Villeparisis, Crégy-lès-Meaux, Avon ou Nangis, ces délégués de parents d'élèves de la FCPE ont suivi en visioconférence les recommandations et conseils de Stéphanie Durel, leur présidente, et de Fernando Oliveira, le (seul) référent sur le sujet au sein de la fédération départementale.

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De la primaire au lycée, la FCPE 77 a recensé une dizaine de cas lourds ces trois dernières années, notamment à Chelles, Bussy-Saint-Georges, Pontault-Combault, Champs-sur-Marne, Vaux-le-Pénil et Savigny-le-Temple, où deux cas ont été signalés. Quatre de ces enfants sont allés jusqu'à une tentative de suicide.

La fédération, qui propose plusieurs formations à ses membres, a reçu une trentaine de sollicitations pour participer à celle sur le harcèlement scolaire. C'est là que les demandes ont été parmi les plus nombreuses.

« C'est le signe qu'il y a un besoin », indique d'entrée Fernando Oliveira aux 23 personnes en ligne ce samedi matin. Depuis leur canapé ou une chambre, leurs enfants passant parfois dans leur dos, ils ont trouvé de quoi répondre aux parents qui les sollicitent.

Des conseils à donner pour encourager l'enfant victime à se confier — « Un enfant harcelé va cacher les choses à ses parents car il ne veut pas les inquiéter, explique Fernando Oliveira. L'enfant doit être rassuré, l'écoute importante » — à des démarches plus administratives, voire judiciaires dans les cas les plus extrêmes.

«Si votre enfant ne veut plus aller à l'école, c'est immédiatement une main courante»

« Il faut prendre les choses graduellement, indique le référent. Après en avoir discuté oralement avec l'école, actez les choses par écrit : d'abord dans le carnet de correspondance, puis par mail à l'intention du directeur, puis de l'inspecteur de circonscription de l'Education nationale. »

Vient éventuellement ensuite le dépôt d'une main courante auprès des forces de l'ordre. « Puis une deuxième, voire une troisième, ce qui prouve la répétition, préconise Fernando Oliveira. Après, c'est le dépôt de plainte. Si votre enfant ne va pas bien, s'il ne veut plus aller à l'école, qu'il pleure, c'est immédiatement une main courante : il faut protéger l'enfant. »

Les questions liées au harcèlement scolaire pleuvaient sur le fil de discussion de la visioconférence. LP/Sébastien Blondé
Les questions liées au harcèlement scolaire pleuvaient sur le fil de discussion de la visioconférence. LP/Sébastien Blondé  

« J'atteste que la main courante fonctionne, intervient Émilie, une participante. Je l'ai fait savoir à l'IEN [NDLR : l'inspecteur de l'Education nationale], qui m'a rappelée ensuite. » Les échanges s'engagent. Sur le fil de discussion de la conférence, d'autres retours d'expérience s'organisent.

À l'issue de la formation, certains montrent donc leur volonté de devenir référents sur le sujet dans leurs écoles. « Il y a de plus en plus de cas et tout seul, ce n'est pas possible », glisse Fernando Oliveira, heureux de trouver du soutien.

Des faits localisés «plutôt dans des villes et dans des grosses structures»

La FCPE 77 constate que les faits de harcèlement ont lieu « plutôt dans des villes, plutôt en collège et en primaire et plutôt dans des grosses structures », analyse Stéphanie Durel. Depuis la rentrée de septembre, trois cas lui ont déjà été remontés, dans les secteurs de Sénart et Marne-la-Vallée. « L'un d'eux semble réglé à la suite du dépôt d'une main courante », se félicite la présidente de la fédération départementale.

Maman de deux enfants de 9 ans et 12 ans à Pontault-Combault, Stéphanie Gal, comptable de 40 ans, a participé à la matinée. Élue à l'école Granet et au collège Monthéty, son aîné a été victime de harcèlement de la part d'un autre enfant quand il était en primaire.

« Il rentrait de l'école avec des bleus sur les jambes, se rappelle-t-elle. Il disait que c'était parce qu'il jouait au foot à la récréation. Un jour, il ne voulait plus aller à l'école et avait du mal à s'endormir. Un autre jour, il est rentré avec un coup au visage. Il m'a expliqué qu'on l'avait frappé. Je lui ai demandé si cet enfant était aussi responsable des bleus sur ses jambes. Il m'a dit que oui. À l'époque, je ne savais pas trop quoi faire, à part aller voir sa maman. Mais elle était dans le déni total. »

Si l'histoire s'est finalement réglée par un crochet du droit bien placé de son aîné envers son camarade, Stéphanie n'approuve pas cette réaction. « Je ne veux pas de violence », dit-elle. Voilà pourquoi elle a apprécié la formation. « On a vraiment appris plein de choses, assure-t-elle. Maintenant, au lieu de renvoyer un parent vers Fernando Oliveira, je vais pouvoir le renseigner moi-même. »