Esbly : plus de 300 familles touchées par les crues de la Marne et du Morin

La ville connaît sa quatrième crue en cinq ans. Près d’un tiers de sa superficie est situé en zone inondable ou humide.

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 Esbly, ce dimanche. Les maisons voisines de la Marne et du Morin sont les premières touchées par les crues.
Esbly, ce dimanche. Les maisons voisines de la Marne et du Morin sont les premières touchées par les crues.  LP/Sébastien Blondé

Pour beaucoup, elles n'ont déjà pas trop dormi ces dernières nuits. Et cela ne s'annonce pas beaucoup mieux dans les prochains jours… Trois cents familles vivant entre Marne et Grand Morin, ont pour la plupart les pieds dans l'eau, ce dimanche à Esbly. Pour couronner le tout, le froid et la neige s'en mêlent maintenant eux aussi.

Ces foyers subissent les crues des deux rivières, en particulier la Marne, placée dès ce vendredi en vigilance orange par le site Vigicrues. Dans la nuit de ce samedi à ce dimanche, l'eau est entrée dans les maisons. Les jardins, eux, sont pour la plupart déjà submergés depuis plusieurs jours.

« Ce matin, ma femme s'est levée pour aller faire le café et plouf, les pieds dans l'eau », lance Luciano, un habitant. Marco, son fils qui vit à côté déclare 20 centimètres d'eau chez lui. « Et ça monte », dit-il.

Les mauvais souvenirs remontent à la surface. En 2018 et en 2020 déjà. Sans parler de 2016 et 2001, comme le rappelle le maire Ghislain Delvaux (SE). C'est donc la quatrième crue en cinq ans à Esbly, où 30 % de la superficie de la ville se situe en zone inondable ou humide.

Esbly, ce dimanche. Luciano, Marco et Niky se partagent les informations. LP/Sébastien Blondé
Esbly, ce dimanche. Luciano, Marco et Niky se partagent les informations. LP/Sébastien Blondé  

« En 2018, j'avais 80 centimètres dans la maison et 1,40 mètre dans la cour, se souvient Marco. C'était la première fois que je voyais l'eau aussi haute ! Là, ça monte. On n'est pas dans le sud, il n'y a pas de mort, mais bon… »

« Ma femme va faire une dépression, pressent Luciano. On n'a pas dormi. Tout cela alors qu'on avait pratiquement fini de réparer les dégâts de l'année dernière. C'est pas une vie. »

«Trois ans ici et deux inondations»

Niky, un autre voisin, vient proposer de prêter main-forte. Chez lui, cela va à peu près. « L'eau n'est pas encore entrée dans le chalet. Il manque encore ça », explique-t-il en espaçant ses mains d'une trentaine de centimètres.

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Dans la matinée, une famille sinistrée avait déjà été accueillie à l'espace Litlzer, la salle polyvalente de la commune, prête à héberger les habitants en urgence. Avec leurs quatre enfants, les parents y attendaient au chaud une place dans un hôtel du secteur.

Les habitants ont mis leurs véhicules en sécurité. Soixante-dix familles de gens du voyage sédentarisés sur place ont aussi été contraintes de déplacer leurs caravanes, dans des endroits au sec. Un peu partout où elles ont pu trouver de la place.

Le maire Ghislain Delvaux (SE) montre tout le quartier qui pourrait être noyé si Marne et Morin montent jusqu’à se rejoindre. LP/Sébastien Blondé
Le maire Ghislain Delvaux (SE) montre tout le quartier qui pourrait être noyé si Marne et Morin montent jusqu’à se rejoindre. LP/Sébastien Blondé  

« Là, les derniers sont partis, indique Ghislain Delvaux. Cela fait deux semaines que l'on communique auprès des habitants sur les crues, pour ne pas que les gens soient surpris. On a mis des barques à disposition et distribué environ un millier de parpaings pour que les gens surélèvent leur mobilier. On est prêt à lancer notre plan communal de sauvegarde et ce, depuis une semaine. »

Dans une rue à côté, Fabien explique avoir de l'eau « jusqu'à la taille » chez lui. « On avait commencé à pomper l'eau, mais on a abandonné, vu que ça n'arrêtait pas de monter. On a tout mis à l'étage. On a coupé le courant en bas et mis le chauffage en haut. On a aussi une kitchenette aménagée. »

Les amis et la famille d'Aurélie sont venus aider la jeune femme à mettre ses affaires à l'abri. « Trois ans ici et deux inondations », déplore-t-elle, ne sachant plus s'il faut en rire ou en pleurer.

« Il faudrait qu'on arrête de construire dans les champs. Il n'y a plus de pâturage, plus rien », déplore l'un de ses amis, visiblement contre l'urbanisation et l'imperméabilisation des sols.

Aurélie, soutenue par sa famille et ses amis. LP/Sébastien Blondé
Aurélie, soutenue par sa famille et ses amis. LP/Sébastien Blondé  

Aurélie, elle, n'avait pas encore d'eau dans la maison ce dimanche midi. « Mais ça monte encore, remarque-t-elle. J'attends de voir comment cela se passe, car il faudra que j'emmène mon chien et mon chat ailleurs. Pour l'instant, je reste chez moi, notamment pour éviter un cambriolage. Et comme j'ai des voisins qui partent, je vais garder un œil sur les maisons. »

Pourtant, «on en attendait quatre fois plus» en préfecture

Un peu plus loin, une dame prend en photo un jardin inondé. « Ma fille avait repéré cette maison et était intéressée pour l'acheter, explique cette habitante depuis 5 ans, des hauteurs de la ville. Je suis donc venue voir ce que cela donnait aujourd'hui. Je voyais à peu près où se situait cette maison et à moins de 200 000 euros, c'était bien dans le bas d'Esbly, forcément… Tant pis pour ma fille, on cherchera autre chose. »

En préfecture de Seine-et-Marne, en début d'après-midi, on observait sur une stabilisation de la situation. « Les précipitations prévues ce dimanche sont nettement inférieures aux prévisions de vendredi. On en attendait quatre fois plus », indique-t-on au cabinet du préfet.

La rue Parmentier fait partie de celles qui ont disparu sous l’eau. LP/Sébastien Blondé
La rue Parmentier fait partie de celles qui ont disparu sous l’eau. LP/Sébastien Blondé  

Mais l'eau va quand même continuer à monter un peu. A Condé-Sainte-Libiaire, commune voisine d'Esbly où l'on est aussi habitué aux crues, l'école primaire a été fermée. La cour de l'école est en effet inondée.

La classe aura bien lieu quand même ce lundi, mais à l'espace Georges-Pompidou, qui a été aménagé en conséquence. Par ailleurs, les sous-sols d'une quarantaine de pavillons sont aussi inondés, « sans générer de départ des familles », précise-t-on en préfecture. Qui ajoute que la gendarmerie se tient prête à surveiller les maisons délaissées par leurs propriétaires, afin de lutter contre d'éventuels pillages.