Ecoquartier de Melun : après les retards et le manque de transports, voici le projet de prison!

La commercialisation du programme Woodi à Melun (Seine-et-Marne) qui prévoit 2700 logements, est retardée. Le déficit de l’aménageur s’est accéléré. Et les premiers habitants ont découvert qu’une maison d’arrêt allait être construite à côté de chez eux.

 Melun, le 10 novembre. Installée dans le quartier depuis février, Nadia déplore notamment que tous les trottoirs ne soient pas terminés.
Melun, le 10 novembre. Installée dans le quartier depuis février, Nadia déplore notamment que tous les trottoirs ne soient pas terminés. LP/Sophie Bordier

L'écoquartier Woodi a-t-il du plomb dans l'aile. Ce projet, labellisé Haute qualité environnementale (HQE), prévoit la construction de 2714 logements sur dix ans dans le nord de Melun. Et aussi un groupe scolaire, une cantine, une crèche, des commerces, une salle polyvalente de 150 m2, des jardins partagés, une plaine des sports de 13 300 m2. A terme, 8000 habitants y vivront. Fin 2019, ils étaient déjà neuf cents.

Côté finances, le conseil municipal de Melun a révélé le déficit de 25,16 millions d'euros qui s'est creusé entre 2011 et 2019 pour la société d'aménagement composée de Crédit Agricole Immobilier et Loticis. Dont 3,36 millions d'euros pour la seule année 2019. L'an dernier, «la commercialisation a ralenti» — en moyenne, huit logements par mois seulement ont été réservés entre octobre 2017 et décembre 2019 et 3,4 terrains à bâtir de juillet 2017 à décembre 2019 — et «les recettes foncières ont été faibles». «Il y a eu les Gilets jaunes l'an dernier et, cette année, l'épidémie de Covid…» commente Brigitte Tixier, adjointe au maire en charge de l'écoquartier.

Par ailleurs, l'aménageur constate une «hausse des frais annexes comme les procédures judiciaires», qui concernent la cession des emprises foncières et la contestation du montant des taxes foncières.

«Les 117 terrains à bâtir de la première tranche ont été vendus», se défend l'aménageur

Au conseil municipal, Arnaud Saint-Martin, élu du groupe d'opposition Bien Vivre à Melun, s'est longuement exprimé sur le sentiment mitigé des nouveaux habitants, certains «ravis», d'autres «en colère», avec le sentiment d'être «des laissés pour compte». Il évoque «les transports insuffisants, le ramassage scolaire qui laisse à désirer, les constructions aux finitions pour le moins perfectibles, les trottoirs et voiries installés tardivement, les nuisances sonores…»

Quid de la «commercialisation ralentie»? «C'est conforme à ce qu'on avait en 2013, poursuit Nathalie Gagnadre,qui représente CA Immobilier. Les procédures judiciaires lancées cette année-là nous ont retardés de trois ans. On a relancé le chantier en octobre 2017. Dès lors, on a toujours dit que le groupe scolaire ouvrirait en 2022. Son chantier débute en novembre. Les premiers habitants savaient que cela allait durer un certain temps. Aujourd'hui, les 117 terrains à bâtir de la première tranche ont été vendus!»

Reconfinement oblige, les espaces de vente sont fermés. «Les rendez-vous se passent chez les gens. On utilise aussi le site Internet et la plate-forme téléphonique», précise Nathalie Gagnadre. Selon elle, il n'y a «aucune raison de remettre en cause le projet et de ne pas faire la 3e tranche. On poursuit notre planning d'aménagements pour offrir un cadre de vie apaisé. En plus, les primo-accédants peuvent bénéficier d'une TVA à 5,5 % ou à 7 % car Woodi est inclus dans la zone de renouvellement urbain. Nos prix se situent entre 2800 € et 3200 € le mètre carré».

Rues boueuses, école pas construite...

Sur la desserte de bus, en attendant le Tzen 2 promis dans les brochures et retardé, elle évoque la compétence d'Ile-de-France Mobilités: «Depuis le 2 septembre 2019, il y a les lignes G et T aux heures de pointe, le ramassage scolaire et le transport à la demande en journée.»

Les nouveaux arrivants essuient les plâtres. Installée dans sa maison depuis février, Nadia, 42 ans, déchante. «On nous a vendu l'accessibilité à la gare. Mais le TZen2 est repoussé après 2025 et le bus G passe toutes les quarante minutes aux heures de pointe pour aller à la gare. Je mets deux heures pour me rendre à mon travail dans le XIIIe arrondissement de Paris», peste cette ancienne habitante de Maisons-Alfort (Val-de-Marne).

Melun, le 10 novembre. «Je mets deux heures pour me rendre à mon travail dans le XIIIe arrondissement de Paris», déplore Nadia./ LP/Sophie Bordier
Melun, le 10 novembre. «Je mets deux heures pour me rendre à mon travail dans le XIIIe arrondissement de Paris», déplore Nadia./ LP/Sophie Bordier  

Ce «projet de vie» dans un pavillon avec jardin pour elle, son mari et leurs trois enfants, elle veut y croire. Mais entre l'école en bois et chanvre pas encore construite, la conciergerie provisoire trop éloignée des logements, les rues encore boueuses et les trottoirs pas finis, pas simple ! Elle a alerté la police municipale pour signaler la dangerosité de l'arrêt des bus de ramassage scolaire sans passage piéton au retour des enfants de l'école. «C'était dangereux car les voitures arrivaient vite. Finalement les bus se garent à un autre endroit plus sûr», soupire-t-elle.

«On ne nous avait jamais parlé de cette prison!»

Président du nouveau comité de quartier, Wassmoudine Ibrahima estime que « les choses s'améliorent. Les chantiers de construction finissent à l'heure le soir et le week-end, il n'y a plus de bruit. La conciergerie a ouvert en juillet 2019. Elle propose relais Poste, dépôt de pain et de pressing, etc. »

Mais ce à quoi les nouveaux habitants ne s'attendaient pas, c'est d'apprendre qu'une prison doit ouvrir près de chez eux en 2027, selon le ministère de la Justice. Il s'agit d'une maison d'arrêt de 700 places pour les personnes en détention provisoire ou en courtes peines, annoncée en octobre 2018 par le gouvernement. Elle doit être construite à cheval sur Rubelles et le nord de Melun, à la limite est de l'écoquartier. « On l'a appris lors d'une réunion avec le lotisseur début novembre. On ne nous en avait jamais parlé! Tout le monde est resté bouche bée! On nous a vendu un écoquartier, pas un écoquartier à côté d'une prison », s'insurge Nadia.

Lors du dernier conseil municipal, Ségolène Durand (LR), leader du groupe d'opposition Réinventons Melun, a pointé l'extrait du rapport évoquant ce projet et la rétractation d'acheteurs potentiels quand ils l'ont su. Interrogé sur le projet, Louis Vogel (Agir) botte en touche, le sujet n'étant pas à l'ordre du jour.