Disneyland Paris fermé : il n’y a pas que les salariés qui sont «dans la panade»

Au-delà des employés, directement concernés par le reconfinement, la mise en veille du parc d’attractions, jusqu’au 19 décembre au moins, affecte tout un secteur touristique et économique.

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 Chessy, mercredi 4 novembre 2020. Depuis le 29 octobre, les portes de Disneyland Paris sont fermées. C’est la deuxième fois cette année.
Chessy, mercredi 4 novembre 2020. Depuis le 29 octobre, les portes de Disneyland Paris sont fermées. C’est la deuxième fois cette année. LP/Alexandre Métivier

Aux entrées, on ne croise plus que des agents de sécurité, parfois armés. Ils étaient toutefois déjà visibles aux abords des parcs, avant même la récente vague d'attentats à Paris, Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) ou Nice (Alpes-Maritimes). Pour la deuxième fois cette année, Disneyland Paris a fermé ses grilles aux visiteurs le 29 octobre au soir, en raison du reconfinement lié à la pandémie de Covid-19.

Les allées, clairsemées depuis la réouverture, mi-juillet, sont à nouveau vides. Enfin presque. Quelques centaines de salariés continuent d'entretenir le parc et ses attractions. D'autres sont en télétravail. Et enfin, la majorité est en chômage partiel. Certains employés n'en sont même jamais sortis depuis mars…

«Il y a beaucoup de fatalisme»

« Le climat est très anxiogène et les salariés réagissent différemment, estime Dorothée Argence, de la CFE-CGC, l'une des cinq organisations syndicales représentatives dans la société Euro Disney. Le contexte va de mal en pis, donc c'est compliqué de les rassurer, de garder le moral. Mais nous sommes confiants, des mesures ont été prises ( NDLR : accord sur le temps de travail signé cet été ) par la direction qui n'a pas l'intention de procéder à des licenciements. »

De l'autre côté de l'Atlantique, la maison mère, The Walt Disney Company, a déjà tranché dans le vif. Des dizaines de milliers de salariés des parcs américains ont été licenciés. « Ici, nous avons le chômage partiel qui nous protège, mais jusqu'à quand? » s'interroge Lucas Gheddab pour la CFTC.

Chessy, le 21 septembre. Les agents de sécurité, déjà présents avant le reconfinement, sont toujours présents aux entrées du parc. LP/Alexandre Métivier
Chessy, le 21 septembre. Les agents de sécurité, déjà présents avant le reconfinement, sont toujours présents aux entrées du parc. LP/Alexandre Métivier  

Des milliers de ses collègues sont à nouveau confinés chez eux. « Il y a beaucoup de fatalisme, ajoute-t-il. On a une recrudescence des demandes de rupture conventionnelle et la direction accepte tout. » Il y en avait 79 entre juillet et fin octobre, en plus de quelques départs volontaires. Envie d'ailleurs, de reconversion… le chômage partiel a poussé certains à s'interroger sur la suite. Contactée, la direction n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

La folle rumeur d'un troisième confinement le 4 janvier

La direction, comme les syndicats et les salariés, espère toutefois que la courbe épidémique s'inversera pour pouvoir rouvrir à l'occasion des fêtes de fin d'année. Un temps fort de la saison à Disneyland Paris, après le sacrifice d'une partie de la période d'Halloween. En communiquant sur sa fermeture, le parc d'attractions a aussi indiqué qu'outre son espoir de rouvrir entre le 19 décembre et le 3 janvier, il resterait ensuite fermé du 4 janvier au 12 février. Suffisant pour faire naître de folles rumeurs laissant penser que Disneyland Paris avait une oreille à l'Elysée et donc déjà les dates du troisième confinement… En interne, on dément en bloc.

« Janvier, c'est toujours calme comme période. La réouverture en février pour les vacances scolaires, c'est logique », estime Lucas Gheddab. « Historiquement, janvier et février sont des mois faibles en fréquentation, ça fait sens de ne pas ouvrir et travailler à perte. La réouverture se fait donc pour les vacances scolaires de février », appuie Dorothée Argence.

50 000 à 60 000 emplois directs et indirects concernés ?

Mais outre l'emploi direct des 14 620 salariés en CDI chez Euro Disney, c'est tout un bassin d'emplois indirects qui est touché par cette deuxième fermeture de Disneyland Paris. « Sur le Val d'Europe, il y a aussi beaucoup de petites entreprises qui gravitent autour de Disney. On compte un emploi direct pour trois ou quatre indirects autour, notamment pour tous les emplois commerciaux. On parle donc de 50 000 à 60 000 personnes concernées directement ou indirectement », calcule Philippe Descrouet (UDI), maire de Serris et président de Val d'Europe Agglomération.

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Frédéric Desruets, qui loue tout le matériel médical indispensable au séjour à Disneyland Paris des visiteurs malades ou en situation de handicap, n'a plus cette activité. « On a accompagné trois enfants entre les deux confinements. Il y a eu un arrêt total de l'activité car les étrangers ne pouvaient pas venir en France, constate-t-il. Mais on a notre pharmacie de Bussy-Saint-Georges avec ma femme donc on s'en sort. »

Chessy, le 4 novembre. Le parc Disneyland Paris est en sommeil. Il espère pouvoir accueillir les visiteurs pour les fêtes de fin d’année. LP/Alexandre Métivier
Chessy, le 4 novembre. Le parc Disneyland Paris est en sommeil. Il espère pouvoir accueillir les visiteurs pour les fêtes de fin d’année. LP/Alexandre Métivier  

« C'est dramatique pour le secteur car on ne parle pas que de Disney, qui est la locomotive. Il y a tous les sous-traitants qui sont dans la même panade », confirme Jean-Robert Jacquemard, le président de la chambre de commerce et d'industrie de Seine-et-Marne.

« C'est un gros pourvoyeur d'activités. Cette fermeture, ce n'est pas une bonne nouvelle, bien entendu, estime Patrick Septiers (UDI), le président du département. C'est inquiétant mais on ne peut pas faire autrement. Quand la situation reviendra à la normale, ils rouvriront. Dès Noël si la situation le permet. »

«On a peur de l'effet boule de neige»

Au niveau de l'impact sur le département, Jean-Robert Jacquemard estime que « même si Disney est un cas à part et très important, la Seine-et-Marne est très touristique sans le parc. Il y a beaucoup d'autres choses comme Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau, Provins... »

Cette deuxième fermeture devrait en tout cas inciter d'autant plus les élus à diversifier l'activité du secteur, comme Philippe Descrouet le suggérait récemment dans nos colonnes : « Ce sont des budgets qui s'écroulent. Même si on a tout anticipé, reconfiner entraîne forcément une perte de recettes, indique celui-ci. Mais aujourd'hui, au-delà de cette fermeture, ce qui nous inquiète c'est la suite. En ce moment, les jeunes ne trouvent pas de travail ou de formation, les indépendants ne touchent rien. »

Et de conclure : « Sur le secteur, on voit les bénéficiaires des Restos du Cœur augmenter. On a peur de l'effet boule de neige. Disney est le poumon économique du secteur. Nous sommes la première zone touristique d'Europe mais le manque de touristes a un impact considérable ».