Disneyland Paris : bientôt un millier de départs volontaires ?

Des négociations débutent ce vendredi entre la direction d’Euro Disney et les syndicats des salariés à propos d’une rupture conventionnelle collective. Elle devrait concerner des centaines de salariés, dont ceux des spectacles.

 Illustration. Les artistes des spectacles devraient être particulièrement concernés par cette rupture conventionnelle collective.
Illustration. Les artistes des spectacles devraient être particulièrement concernés par cette rupture conventionnelle collective.  Disneyland Paris

Ça ressemble à un possible exode. Dans quelle mesure, avec 400 ou 1000 salariés concernés? Plusieurs chiffres circulent mais seul l'avenir livrera la vérité. Ce qui est certain, c'est que des négociations s'ouvrent ce vendredi 27 novembre - elles devraient durer plusieurs semaines ou mois - entre la direction et les organisations syndicales représentatives d'Euro Disney (CFDT, CGT, CFTC, Unsa, CFE-CGC) autour d'une rupture conventionnelle collective (RCC) au sein de Disneyland Paris.

C'est la première fois que ça arrive en 28 ans d'existence pour le parc d'attractions, ses hôtels et restaurants, qui emploient sur place 14 620 salariés en CDI, rendant cette année 2020 décidément très particulière pour la destination, qui a vu son espoir de rouvrir à Noël se refermer brusquement mardi soir lors du discours d'Emmanuel Macron.

Il faudra maintenant attendre au moins le 12 février pour une réouverture du parc Disneyland et des Walt Disney Studios. Après la première fermeture du 13 mars au 15 juillet, la deuxième s'étendra donc du 29 octobre à la mi-février.

Chessy, mercredi 4 novembre 2020. Pour la deuxième fois cette année, Disneyland Paris a fermé ses portes. LP/Alexandre Métivier
Chessy, mercredi 4 novembre 2020. Pour la deuxième fois cette année, Disneyland Paris a fermé ses portes. LP/Alexandre Métivier  

Pendant ce temps-là, c'est le sort de centaines de salariés qui se jouera. Confronté à une demande croissante de ruptures conventionnelles depuis l'été, Disneyland Paris a décidé de « négocier avec les représentants du personnel un plan d'accompagnement permettant aux salariés concernés par les effets induits de la transformation d'être redéployés dans d'autres emplois avec l'aide d'une cellule mobilité, ou encore d'être accompagnés dans leur projet professionnel par un dispositif collectif de ruptures conventionnelles », indique la présidente d'Euro Disney, Natacha Rafalski, dans une note interne adressée aux salariés mardi 24 novembre.

Artistes, cascadeurs, salariés proches de la retraite

En première ligne, les salariés et artistes des spectacles. Avec l'annulation des parades, l'interdiction des câlins avec les visiteurs et le report de spectacles comme ceux du Roi Lion ou du Livre de la jungle, beaucoup n'ont pas travaillé depuis des mois. Le Wild West Show, un spectacle Far West, et le Stunt Show, un numéro de cascades automobiles, s'arrêtent même définitivement.

Chessy, le 15 juillet. Depuis cet été, les câlins sont interdits avec les personnages. Et les selfies avec Donald se prennent de loin. LP/Quentin Meunier
Chessy, le 15 juillet. Depuis cet été, les câlins sont interdits avec les personnages. Et les selfies avec Donald se prennent de loin. LP/Quentin Meunier  

« Notre programme de spectacles est au cœur des attentes de nos visiteurs. Toutes et tous viennent pour vivre les expériences immersives, ajoute Natacha Rafalski. Mais il y a quelque chose que nous devons prendre en compte : c'est que les demandes de nos consommateurs évoluent. C'est pourquoi nous devons être proactifs et agiles pour anticiper et dépasser leurs attentes. »

« Des 350 salariés impactés aux spectacles, la principale préoccupation concerne les marionnettistes du Lucky Nugget, les musiciens, les artistes de rue et les cascadeurs du Stunt Show et du Wild West Show. Ils représentent 60% du total. Il y a une facilité de reclassement pour 40% des salariés dans la restauration ou aux réservations », estime Djamila Ouaz, déléguée du personnel pour la CFDT.

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Des contacts seraient également pris avec le Parc Astérix ou le Puy du Fou pour un éventuel reclassement de salariés, ainsi que pour le transfert d'animaux, comme les chevaux du Wild West Show, qui pourraient partir en Vendée.

« Les négociations vont servir à fixer les modalités de ces départs. On ne connaît pas la jauge mais on entend des chiffres de 1000 à 1300 personnes concernées à terme, calcule Renald Grandjean de la CFTC. En plus des spectacles, la direction a aussi identifié des personnes qui sont proches de la retraite. Est-ce inquiétant ? Pas forcément, c'est de l'anticipation et ces départs resteront sur la base du volontariat. »

«Disneyland Paris n'est pas dans le licenciement économique»

L'entreprise, qui s'appuie sur le chômage partiel depuis des mois pour supporter sa conséquente masse salariale, veut « offrir la possibilité à ceux qui veulent de profiter d'une rupture. Beaucoup souhaitent partir d'eux-mêmes pour une reconversion, plusieurs métiers deviennent obsolètes ou nécessitent plus de flexibilité, estime un proche du dossier. Des gens en fin de carrière demandent aussi à s'en aller. S'ils ne souhaitent pas partir, des reclassements ou des reconversions sont proposés. Et s'ils veulent rester, ils restent. »

Pas de plan social à Disneyland Paris donc, contrairement à ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique où, après l'annonce des 28 000 licenciements aux Etats-Unis fin septembre, 4000 postes de plus viennent d'être sacrifiés au sein du groupe Walt Disney Company. Il y a deux mois, Natacha Rafalski avait démenti tout licenciement économique pour le parc français, première destination touristique européenne.

Chessy, mardi 4 août 2020. Réouverture l’été dernier, le parc n’a jamais atteint la jauge maximale autorisée par le protocole sanitaire. LP/Alexandre Métivier
Chessy, mardi 4 août 2020. Réouverture l’été dernier, le parc n’a jamais atteint la jauge maximale autorisée par le protocole sanitaire. LP/Alexandre Métivier  

« Les discussions avec les partenaires sociaux font partie du projet de transformation de notre destination qui inclut de nouvelles célébrations saisonnières ainsi que des expériences inédites ( NDLR : Cars Route 66 Road Trip, Disney Junior Team Factory ), l'ouverture très attendue du Disney's Hôtel New York – The Art of Marvel et l'expansion en cours du parc Walt Disney Studios », ajoute Natacha Rafalski.

« La direction d'Euro Disney indique que l'ambition de Disneyland Paris n'est pas dans le licenciement économique et est persuadée que d'autres solutions peuvent être négociées, ajoute Djamila Ouaz. Les négociations commencent avec un aboutissement prévu fin mars. Les salariés auront jusqu'au mois de février pour valider leur décision. »