Désertification bancaire : Montereau offre un distributeur de billets à son quartier prioritaire

Face aux difficultés des habitants de sa cité de Surville à accéder à l’argent liquide, la mairie seine-et-marnaise a décidé de mettre la main à la poche. Une première en Ile-de-France.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Montereau, le 12 janvier. Le distributeur de la Société Générale connaît un grand succès. C’est le seul accessible 24h/24 dans le quartier de Surville qui compte 11 000 habitants.
Montereau, le 12 janvier. Le distributeur de la Société Générale connaît un grand succès. C’est le seul accessible 24h/24 dans le quartier de Surville qui compte 11 000 habitants.  LP/Faustine Léo

Le va-et-vient est incessant devant le distributeur de billets de la Société générale du quartier de Surville, à Montereau. « Je retire souvent par petites sommes de 20 ou 40 euros, mais il est souvent vide », regrette Nora. Depuis deux ans, c'est le seul appareil qui soit accessible 24h/24 et 7j/7 pour les 11 000 habitants qui vivent ici, à deux kilomètres au moins du centre-ville. « Il n'y a plus de billets, comme bien souvent », peste Abdel, venu d'un village voisin.

Deux autres distributeurs existent, dans la galerie marchande du supermarché et dans le bureau de La Poste. Mais ils ne sont accessibles qu'aux heures d'ouverture.

«Les gens se plaignent énormément»

Il y a deux ans, les agences du Crédit Agricole, de la Société générale et de la Caisse d'Épargne ont fermé à Surville, où 57 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. « On n'a pas compris pourquoi elles sont parties du jour au lendemain », s'étonne encore Toufik. Et lorsque vient le marché dominical, impossible de se procurer des petites coupures pour payer les commerçants itinérants qui, bien souvent, n'ont pas de terminal de carte bancaire. « De toute façon, à Surville, on a besoin de liquide, confirme Morad. Beaucoup de personnes n'ont que des cartes de retrait, pas de paiement. Les gens se plaignent énormément du manque de distributeurs. »

C'est ce désert bancaire qui a incité le maire James Chéron (UDI) à demander à la Brink's d'équiper le quartier d'un quatrième distributeur, qui devrait être opérationnel mi-février, à quelques mètres de la place du marché. Une première en Ile-de-France. Il en coûte à la ville 49 000 euros pour l'installation et entre 700 et 1 500 euros par mois pour l'exploitation. Le prix à payer pour maintenir un service indispensable aux habitants. « À Surville, 11 000 habitants déjà en grande difficulté sociale sont aujourd'hui exclus du système bancaire de proximité, soupire le maire James Chéron (UDI). Et visiblement, le sujet n'intéresse personne ».

«On n'a pas envie de prendre sa voiture pour retirer 20 euros»

Ce que réfute la Fédération française des banques. « La ville de Montereau est équipée de plus de dix agences d'enseignes différentes, et au moins autant de distributeurs proches du quartier de Surville », indique-t-elle, dans un courrier envoyé à l'élu.

« Évidemment qu'il y a des banques et des distributeurs en centre-ville, mais on n'a pas forcément envie de prendre sa voiture pour aller retirer 20 euros, c'est contraire à toute notion d'équilibre du territoire », s'agace James Chéron. Encore faut-il en avoir une.