Dammarie-les-Lys: le camp des Moldaves commence enfin à être démantelé

Installés depuis plus d’un an dans les anciens locaux de l’entreprise Eiffage à Dammarie, la plupart des Moldaves sont orientés vers des centres d’hébergement par l’association Equalis, sous la houlette de la préfecture.

 Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. Les Moldaves volontaires et dont la situation administrative le permet ont groupé leurs valises pour être acheminés vers des centres d’hébergement ou le gymnase Pierre de Coubertin de Dammarie en attendant d’être emmenés dans des centres pour demandeurs d’asile.
Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. Les Moldaves volontaires et dont la situation administrative le permet ont groupé leurs valises pour être acheminés vers des centres d’hébergement ou le gymnase Pierre de Coubertin de Dammarie en attendant d’être emmenés dans des centres pour demandeurs d’asile. LP/Sophie Bordier

Des valises et des sacs posés au sol entre les flaques d'eau ou entassés dans des chariots de supermarché. A côté, sous une pluie fine, des hommes, des femmes et des enfants qui semblent attendre… Pas de doute : ça bouge au campement de Moldaves qui occupent depuis plus d'un an les anciens locaux de l'entreprise Eiffage, le long de la RD 372, face au quartier de la Plaine-du-Lys à Dammarie-les-Lys. Les prémices d'un départ ?

Ils devaient partir avant le 1er novembre 2019

Une opération d'expulsion policière était prévue ce mardi dès 7 heures, finalement déprogrammée lundi en fin de journée. A la place, les autorités ont choisi de poursuivre une opération d'accompagnement au départ. Elle fait suite à une décision de justice rendue… fin septembre 2019. Le départ devait survenir avant le 1er novembre 2019, avant le début de la trêve hivernale.

« Depuis le 6 octobre, on a positionné sur le site trois structures modulables pour l'association sociale Equalis. Ils accueillent les familles, organisent des entretiens pour identifier leurs situations. On distingue les demandeurs d'asile, ceux qui sont déboutés et les nouveaux arrivés », explique un représentant de la préfecture de Seine-et-Marne qui estime à 150 ou 200 le nombre de personnes vivant encore dans ce squat. Au plus fort, ce nombre est monté à 650 personnes.

Notons qu' Equalis (ex Rose des vents) et le réseau Ville-Hôpital sud Seine-et-Marne assurent le suivi sanitaire des habitants du site depuis le début. Cent personnes du camp ont un suivi médical régulier.

Ce mardi matin, sur place, des agents de sécurité étaient également mobilisés pour veiller au calme. Mais tout s'est bien passé. A 10 h 45, une trentaine de Moldaves étaient déjà partis, acheminés vers des centres d'hébergement d'urgence ou des chambres d'hôtel.

Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. C’est dans ce type de structure modulable installée dans le camp que les Moldaves sont reçus par les membres de l’association Equalis. LP/Sophie Bordier
Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. C’est dans ce type de structure modulable installée dans le camp que les Moldaves sont reçus par les membres de l’association Equalis. LP/Sophie Bordier  

Dans ce décor où l'on aperçoit des bennes à ordures qui débordent et, par endroits, des couvertures en guise de porte pour protéger les locaux ouverts à tous vents, comment expliquer qu'il ait fallu tant de temps pour réorienter ces personnes ?

« Il y a eu des aléas », répond ce même représentant de la préfecture. « Le Covid a freiné les choses. Mais les solutions sont recherchées. On veut que les gens soient bien traités et que la situation s'améliore. On essaie de leur trouver des solutions ensuite dans des hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile (Huda) ou dans des centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada). »

Avec l'automne et l'arrivée des premiers frimas, qui pourrait refuser le départ ? « Plusieurs ont mis du chauffage dedans », assure un Moldave qui comprend un peu le Français. « Il y a un bébé qui est né ici il y a deux semaines ! », ajoute-t-il.

Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. Les Moldaves ont regroupé leurs affaires. LP/Sophie Bordier
Dammarie-les-Lys, mardi 13 octobre. Les Moldaves ont regroupé leurs affaires. LP/Sophie Bordier  

« Nous nous sommes tous montrés patients »

La commune de Dammarie a mis à disposition le gymnase Pierre de Coubertin pour une durée de huit jours dans un premier temps.

Le maire Gilles Battail (LR) a fait distribuer dans les boîtes à lettres le 9 octobre une « lettre aux Dammariens » dans laquelle il annonce le démantèlement du campement qu'il réclame « avec insistance depuis des mois ». Il s'était notamment inquiété du respect des règles sanitaires durant le confinement.

« Nous nous sommes tous montrés patients malgré les nuisances et l'insalubrité générées, ainsi que le comportement d'un certain nombre d'individus qui y vivent. J'ai interpellé sans relâche l'Etat. Le préfet arrivé en janvier m'a assuré de son engagement et de sa volonté d'y mettre un terme », écrit-il.

Il demande néanmoins aux habitants de contacter la police municipale ou nationale s'ils sont « témoins de mouvements suspects aux abords de locaux ou de terrains ».

« Ceux qui sont déboutés vont être expulsés, ce qui représente un coût pour la collectivité, ou laissés dans la nature et ils vont recréer un bidonville ailleurs. Qui est gagnant ? », interroge Pascale Perez-Chatté, secrétaire du comité du Mrap-Melun qui appelle à « mobiliser des logements et bâtiments communaux ou inhabités longtemps ». Elle demande aussi au préfet l'activation d'un plan départemental d'action pour la disparition des bidonvilles.