Dammarie-les-Lys : l’agresseur du lycéen poignardé toujours recherché

Le suspect de l’attaque d’un élève de 15 ans du lycée Joliot-Curie, jeudi matin, serait un adolescent du Mée-sur-Seine. Les cours ont été suspendus ce vendredi pour permettre la mise en place d’une cellule d’aide psychologique.

 Dammarie-les-Lys, jeudi 5 novembre. Un élève de seconde professionnelle a reçu un coup de fusil à aiguiser, par un des jeunes qui l’attendaient devant le lycée en début de matinée.
Dammarie-les-Lys, jeudi 5 novembre. Un élève de seconde professionnelle a reçu un coup de fusil à aiguiser, par un des jeunes qui l’attendaient devant le lycée en début de matinée. LP/Sophie Bordier.

Les investigations se poursuivent pour identifier formellement l'agresseur de l'adolescent de tout juste 15 ans, scolarisé en seconde professionnelle au lycée Joliot-Curie de Dammarie-les-Lys. Cet habitant de Cesson a été poignardé jeudi vers 8 heures, aux abords immédiats de son lycée, dans un contexte de rivalités entre bandes de Melun Nord et du Mée-sur-Seine.

À partir du visionnage des caméras de vidéoprotection et de l'exploitation des réseaux sociaux, les enquêteurs travaillent à identifier précisément les protagonistes de l'agression du lycéen, qui seraient des adolescents du Mée-sur-Seine, âgés eux aussi de 14 à 16 ans. Il n'y avait pas eu, ce vendredi soir, d'interpellation.

Aucun lien avec les incidents du début de semaine

La victime, qui a reçu l'objet tranchant à l'abdomen et dans le dos par un des assaillants qui l'attendaient devant le lycée, a été prise en charge par un hôpital parisien. Ce vendredi, son état s'était amélioré.

Plusieurs hypothèses se dessinent quant à l'origine de l'agression. Il est question d'une altercation, il y a quelques jours, à la gare de Melun, pour laquelle la police n'avait pas été saisie. Ou d'un conflit à la sortie d'un autre établissement scolaire. Il n'y a pas eu à déplorer de « match retour », ce vendredi.

En revanche, cette attaque n'aurait pas de lien avec les tensions du début de semaine autour d'un tournage sauvage de clip de rap, où les protagonistes concernés sont plus âgés.

Cours suspendus ce vendredi

Après l'attaque du lycéen, les cours ont été suspendus au lycée Joliot-Curie, ce vendredi toute la journée. Seuls les enseignants étaient accueillis par la cellule d'aide psychologique mise en place par le rectorat de l'académie de Créteil, précise la direction des services départementaux de l'Education nationale (DSDEN).

« La très grande majorité des cours ne se sont pas tenu jeudi après-midi et des professeurs avaient exercé leur droit de retrait, rapporte une représentante du Snes-FSU77, qui signale des bagarres entre bandes depuis septembre. Nous avons obtenu l'autorisation du recteur de fermer aujourd'hui et demain, car il y a aussi des cours le samedi. Nous sommes satisfaits, il n'y a donc pas eu besoin d'exercer notre droit de retrait ».

À partir de 10 heures, deux psychologues et deux coordonnateurs, issus des équipes mobiles de sécurité du rectorat, ont commencé par un temps collectif pour « expliquer aux professeurs comment reprendre les cours lundi matin ». Ensuite, toute la journée, ils ont reçu les enseignants qui le souhaitaient lors d'entretiens individuels. Les personnels de la vie scolaire et les surveillants y avaient aussi accès.

Reprise des cours lundi en demi-groupe

Les cours reprendront lundi, mais avec des effectifs réduits de moitié - environ 850 élèves sur les 1 700 lycéens au total. En effet, le lycée Joliot-Curie fait partie des établissements mobilisés qui ont obtenu la mise en place de demi-groupes pour favoriser la mise en place du protocole sanitaire. Pour que chaque élève soit accueilli au moins une journée par semaine, le travail s'étalera du jeudi au jeudi avec un roulement sur deux semaines.

Si nécessaire, la cellule d'aide psychologique interviendra également en début de semaine prochaine, notamment auprès des élèves qui souhaiteraient se confier. Pour sécuriser les lieux, cinq agents des brigades régionales de sécurité seront présents devant l'établissement et ce jusqu'à vendredi prochain. Ils étaient déjà présents jeudi après-midi jusqu'à la fermeture du lycée.

« On n'abandonne pas le terrain »

« On est dépités par la tournure des événements, déplore Georges Horth, chef de service à l'Association de prévention de l'agglomération melunaise (Apam). Il est avéré que le climat est tendu car il y a eu trois événements graves cette semaine. Il n'y a pas de lien particulier entre ces faits mais ces tensions, qui traversent les générations, sont palpables entre les différents territoires ».

Dimanche, soir, les policiers ont reçu des tirs de mortiers Allée de la gare, au Mée-sur-Seine, en marge du tournage d'un clip de rap. Lundi, des Méens ont fait part de revendications « anti-confinement » en s'en prenant au poste de police municipale de la commune. Et jeudi, des adolescents auraient participé à cette attaque au lycée de Dammarie-les-Lys.

Le Mée-sur-Seine, 9 octobre. Georges Horth, chef de service à l’Apam, avait organisé un débat sur les rivalités entre bandes. LP/Sophie Bordier.
Le Mée-sur-Seine, 9 octobre. Georges Horth, chef de service à l’Apam, avait organisé un débat sur les rivalités entre bandes. LP/Sophie Bordier.  

« En plus de permanences dans les établissements scolaires, difficiles à mener pendant le confinement, les éducateurs continuent d'assurer une présence sociale aux abords des établissements, avec lesquels nous sommes en collaboration. Ils vont au moins une fois par semaine à la sortie de Joliot-Curie et du collège Robert-Doisneau situé juste à côté et une fois par semaine au collège Georges-Politzer. On discute avec les jeunes et on encourage la foule à se disperser », explique-t-il.

Mais jeudi, l'attaque s'est déroulée tôt le matin. « C'est inhabituel. En septembre, il y a eu quelques soucis sur des établissements scolaires avec des regroupements de jeunes à Joliot-Curie et Robert-Doisneau mais cela s'était vite tassé. Cela a sûrement un lien… », analyse-t-il.

L'Apam compte deux éducateurs pour Dammarie-les-Lys et deux pour Le Mée-sur-Seine et un cinquième est en cours de recrutement pour faire la jointure entre les deux communes. « On n'abandonne pas le terrain, d'autant plus avec le reconfinement », assure Georges Horth.