Crues du Loing : pour «éviter au maximum» les dégâts, enfin le branle-bas de combat

Quatre ans et demi après la crue qui a submergé la vallée du Loing, les élus de Seine-et-Marne, de l’Yonne et du Loiret ont acté un programme d’action et de prévention des inondations. 31000 habitants sont directement concernés.

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 Nemours, le 1er juin 2016. Lors de cette crue majeure, les eaux sont montées 40 cm plus haut que lors de l’inondation de janvier 1910.
Nemours, le 1er juin 2016. Lors de cette crue majeure, les eaux sont montées 40 cm plus haut que lors de l’inondation de janvier 1910.  LP/Jean-Nicholas Guillo

Jusqu'à 40 cm d'eau de plus que lors de la crue de référence de janvier 1910. Quatre ans et demi après les terribles inondations qui, en Seine-et-Marne, ont touché Bagneaux-sur-Loing, Souppes-sur-Loing, Nemours, Moret-sur-Loing (aujourd'hui Moret-Loing-et-Orvanne), Saint-Mammès et leurs environs, les élus se mettent enfin en ordre de bataille.

Il s'agit, grâce à des actions diverses, de circonscrire le plus possible les conséquences d'un prochain débordement massif des eaux du Loing et de ses affluents.

En juin 2016, 4000 personnes ont été évacuées à Nemours, 800 à Souppes-sur-Loing et 400 à Saint-Mammès. Il a ensuite fallu gérer un volume de déchets très supérieur à la normale ainsi que pomper le fioul des caves qui polluait les rues.

«Redonner aux habitants cette culture des risques»

Maintenant que les problèmes d'ego entre élus ont été aplanis, à eux de définir une stratégie territoriale de gestion du risque, via un programme d'action et de prévention des inondations (Papi), impliquant 270 communes de Seine-et-Marne, de l'Yonne et du Loiret, bordées par 2700 km de cours d'eau.

Les trois départements ont acté, lors d'une réunion début février à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret), la mise en place d'un travail commun et d'une répartition des tâches via des ateliers.

Si une étude hydrologique d'une durée de trois ans va permettre de mieux comprendre le fonctionnement du bassin du Loing, la priorité demeure de redonner aux habitants cette culture des risques, perdue lors des dernières décennies.

Des balades urbaines sur le thème des inondations devraient se développer, ainsi que des stages à la base de loisirs de Torcy où les agents publics apprennent à se sortir des eaux s'ils y tombent accidentellement. Des actions de formation des élus via des exercices fictifs d'inondation, comme cela s'est déroulé à Melun et Nemours il y a quelques semaines, seront également menées.

La question de l'entretien des cours d'eau

« Cela permet d'envisager toutes ces choses auxquelles on n'aurait pas pensé, d'acquérir des réflexes qui permettent donc une fois en situation de crise de gagner du temps et même d'éviter des accidents voire des morts », insiste Frédéric Molossi, le président de l'EPTB Grands Lacs, qui chapeaute la mise en place de ce Papi.

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Car dompter la nature demeurera impossible. « On ne peut pas dire que l'on échappera aux inondations. Elles seront toujours là, rappelle Frédéric Molossi. D'ailleurs, une crue est utile, pour recharger les nappes phréatiques par exemple et donc recharger les rivières en été. Le but de notre travail est d'éviter au maximum les conséquences sur les populations et les habitants. » Dans le bassin du Loing, 31000 habitants sont susceptibles de souffrir d'une crue.

La question de l'entretien des cours d'eau par les collectivités publiques ou les propriétaires, alors que l'Agence de l'eau vient de baisser ses crédits en la matière, est évidemment prégnante.

Comme celle de savoir comment mieux gérer le débit de l'eau. « On ne peut pas dire maintenant si la solution sera de créer un lac en amont ou d'installer des casiers. On n'a pas de catalogue prédéfini ! Mais on part plutôt sur des solutions naturelles. Voire de bon sens en anticipant et en ne mettant pas, par exemple, sa chaudière ou son boîtier électrique au sous-sol », avance Frédéric Molossi.

20 millions d'euros de crédits alloués par les trois régions

Sur le terrain, l'Etablissement public d'aménagement et de gestion des eaux du bassin du Loing (Epage) est entré en action avec une démarche de rachat de zones humides, où l'eau peut s'étaler. « Ce qui déborde en amont permet de diminuer la crue en aval, sourit Matthieu Moes, son directeur. Nous avons des contrats avec des agriculteurs qui font paître les troupeaux l'été mais rentrent leurs animaux en hiver, saison des crues. Nous essayons de diminuer le nombre de peupleraies, situées en bord de rivière, et qui empêchent la terre de jouer son rôle d'éponge. » L'Epage dispose de 20 millions d'euros de crédits sur quatre ans alloués par les trois conseils régionaux d'Ile-de-France, du Centre-Val de Loire et de Bourgogne-Franche-Comté.

Il est également impliqué dans la restauration des méandres des cours d'eau qui en freinent le débit. « Les rivières ne sont naturellement pas des tuyaux, contrairement aux aménagements des dernières décennies », rappelle l'Epage. Les études à venir porteront aussi sur l'amélioration de la connaissance du fonctionnement des barrages et des moulins qui ont permis le développement de l'activité économique sur les cours d'eau. « Les enlever peut permettre de faire baisser la ligne d'eau », explique logiquement l'Epage. A Paley, par exemple, des petits seuils vont être enlevés.

Ainsi, goutte à goutte, des centimètres seront gagnés. Mais encore faut-il que les documents d'urbanisme soient modifiés en fonction des connaissances acquises lors de l'étude de bassin. Et que l'urbanisation, synonyme d'imperméabilisation des sols, freine aussi sa course.