Melun : quand la police annonce par erreur aux restaurateurs qu’ils doivent fermer...

Une information erronée sur les mesures anti-Covid a suscité colère et incompréhension chez certains restaurateurs de Melun (Seine-et-Marne). La police nationale, qui fait son mea culpa, dit s’être «précipitée pour protéger la population».

 Melun (Seine-et-Marne), ce samedi. Certains restaurateurs, comme la Brasserie du Pont, ont reçu la consigne erronée de fermer leur établissement.
Melun (Seine-et-Marne), ce samedi. Certains restaurateurs, comme la Brasserie du Pont, ont reçu la consigne erronée de fermer leur établissement. LP/Sébastien Blondé

Les bars du département ne l'avaient visiblement pas vu venir. Du nord au sud de la Seine-et-Marne, ils ont ouvert ce matin comme si de rien n'était, à leurs clients venus déguster leur café sur le zinc. Sauf que, en raison de l'état d'urgence sanitaire, ils n'en ont plus le droit pour le moment.

Souhaitant faire preuve de pédagogie et de tolérance pour cette première journée de mise en oeuvre des nouvelles mesures gouvernementales et notamment du couvre-feu, les forces de l'ordre sont allées toute la journée à leur rencontre pour les informer des nouvelles règles en vigueur.

«On n'en peut plus»

Mais à Melun, cela s'est transformé en cacophonie dans le secteur de la rue Saint-Ambroise, après le passage dans la matinée, d'un équipage de police qui a mis quelques restaurateurs en émois. «Ils sont venus me dire que je devais fermer. Je n'étais pas au courant, lance Rabah Benamara, le gérant du Sartennais. C'est la surprise ! On a de la marchandise, comment on va faire ?»

«Je lui ai dit : On est une brasserie, on peut ouvrir. Le flic me dit : Non, tout doit fermer. C'est n'importe quoi !» s'emporte Boudjema Benamara, le serveur.

Melun, ce samedi. Kemal Can, le patron du Resto Rapid de la rue Saint-Ambroise. LP/Sébastien Blondé
Melun, ce samedi. Kemal Can, le patron du Resto Rapid de la rue Saint-Ambroise. LP/Sébastien Blondé  

Même son de cloche en face, à la Brasserie du Pont. Elisabeth Collier, la patronne, est abasourdie par ce qu'elle vient d'apprendre. «On doit fermer le restaurant. Ils vont nous tuer», dit-elle, sous le choc.

«On n'était pas au courant, s'indigne Kemal Can, qui vend des kebabs à quelques pas. J'espère que je vais pouvoir vendre à emporter.» «On ne nous laisse même pas le temps de nous retourner», peste le patron du Grillon.

Vérification faite, l'information transmise à ces restaurateurs était mauvaise. «Les restaurants ne doivent fermer que de 21 heures à 6 heures du matin, dans le cadre du couvre-feu, recadre Thierry Coudert, le préfet de Seine-et-Marne. Les bars, eux, doivent fermer dès ce samedi, mais il y a une tolérance pour aujourd'hui. Il n'y en aura plus demain. Les bars devront rester fermés dans la journée.»

Mea culpa de la police

Le soulagement est visible sur les visages des restaurateurs. La colère aussi. «Ils ne se rendent pas compte qu'on peut avoir une crise cardiaque », souffle Elisabeth Collier, pendant que son mari s'emporte. «C'est honteux !» lance-t-il.

«On n'en peut plus de ce Covid, de cette administration qui dit n'importe quoi ! Déjà qu'on est à bout ! réagit à son tour Boudjema Benamara. C'est toujours nous, les petits commerçants, qui prenons tout dans la g...»

La police fait son mea culpa dans cette affaire. «C'est l'incompréhension d'un équipage, plaide Philippe Justo, le directeur départemental de la sécurité publique. C'est aussi l'envie de bien faire et de faire appliquer les mesures de protection. On s'est précipités pour protéger la population. On ne pourra nous reprocher d'être au bureau et de ne rien faire.»

Le patron des policiers assume l'erreur. «On rectifie l'info sur les réseaux sociaux et on va refaire un tour dans Melun pour la rectifier auprès des restaurateurs. Cela ne nous empêchera pas d'aller manger chez eux», assure-t-il.

Melun, ce samedi. Stéphanie Chang, la patronne du bar-tabac Chez Tonton. LP/Sébastien Blondé
Melun, ce samedi. Stéphanie Chang, la patronne du bar-tabac Chez Tonton. LP/Sébastien Blondé  

Les bars, eux, ont du mal à encaisser. Ils devront donc rester fermés, au grand dam de Stéphanie Chang, la patronne du bar-tabac Chez Tonton. «On est dans le flou. Je ne sais pas comment on va faire, dit-elle, surprise par la mesure. On ne va garder ouvert que la vente de tabac, comme pendant le confinement...»