Covid-19 : à Melun, le groupe hospitalier en ordre de bataille face à la puissance de la seconde vague

Parmi ses actions, l’augmentation des lits de réanimation, la location d’une aile d’hébergement à la clinique Saint-Jean l’Ermitage, le renfort des étudiantes en soins infirmiers, etc.

 

Alors que les statistiques portant sur le nombre de cas avérés de Covid-19 et celui des patients hospitalisés s'envolent dans notre département depuis début novembre, le Groupe hospitalier sud Ile-d-France (GHSIF), situé à Melun, le constate déjà dans ses murs.

Lundi 9 novembre au matin, il comptait 135 personnes hospitalisées en raison du coronavirus, dont 17 en réanimation. Une hausse exponentielle comparée au 15 octobre où il accueillait 29 hospitalisés Covid dont 4 en réanimation. Soit quatre fois et demie plus en trois semaines.

« La seconde vague dont on parle, nous y sommes. Et l'augmentation du nombre de cas de Covid-19 est plus rapide qu'au printemps. Au plus fort de la crise, on a eu 220 patients hospitalisés pour Covid », rappelle Dominique Peljak, le directeur du GHSIF.

Melun, octobre 2018.  « L’augmentation du nombre de cas de Covid-19 est plus rapide qu’au printemps », confirme Dominique Peljak, le directeur du GHSIF. NB : cette photo a été prise près d’un an et demi avant l’épidémie. LP/Sophie Bordier
Melun, octobre 2018. « L’augmentation du nombre de cas de Covid-19 est plus rapide qu’au printemps », confirme Dominique Peljak, le directeur du GHSIF. NB : cette photo a été prise près d’un an et demi avant l’épidémie. LP/Sophie Bordier  

D'où une organisation qui monte en puissance pour accueillir les malades. Le 26 octobre, le nombre de lits de réanimation était passé de 22 à 34 en convertissant des lits de l'unité de surveillance continue (USC). Dès ce lundi 9 novembre, il grimpera à 46.

Quid des lits classiques, dits conventionnels ? Une quinzaine a été créée après conversion de lits de chirurgie, suite à la déprogrammation de certaines interventions. « C'est progressif et essentiellement en chirurgie de l'obésité pour l'instant », précise le directeur du GHSIF.

L'hôpital verse 40 000 euros par mois à la clinique

Par ailleurs, il pousse les murs pour accueillir les malades du coronavirus. Depuis le 5 novembre, 15 lits d'hospitalisation de jour sont transférés dans la clinique privée Saint-Jean l'Ermitage (CSJE) qui jouxte le GHSIF. Dès ce lundi 9 novembre, 15 autres lits de chirurgie y seront transférés.

Cette coopération avec la CSJE hérisse les syndicats car elle coûte un loyer mensuel à l'hôpital. « C'est 40 000 euros par mois la location d'une aile pour 30 lits», affirme Dominique Peljak. «Honteux! », s'insurgent notamment Stéphane Parouty et Valérie Christian, du syndicat Sud Santé Sociaux.

« Au printemps dernier, cette location a coûté à l'hôpital plus de 50 000 euros alors que la clinique a reçu 350 000 euros d'argent public en parallèle », pointent-ils. A l'époque, le PDG de la clinique mobilisée durant la crise l'avait justifié par le crédit qui courait toujours sur ses propres locaux mis à disposition au service public, ainsi que par la chute de 80% de ses activités, les interventions programmées étant annulées dès le 12 mars dans le cadre du niveau 2 du Plan blanc.

Melun, avril 2020. Le GHSIF va accueillir 57 étudiants de l’Institut de formation de soins infirmiers (Ifsi) de Melun dans le cadre de leur stage à effectuer en 2e  et surtout 3e  années. LP/Sophie Bordier
Melun, avril 2020. Le GHSIF va accueillir 57 étudiants de l’Institut de formation de soins infirmiers (Ifsi) de Melun dans le cadre de leur stage à effectuer en 2e et surtout 3e années. LP/Sophie Bordier  

Si besoin, Dominique Peljak se réserve d'autres marges de manoeuvre : la conversion de six autres lits de surveillance continue en lits de réanimation, l'utilisation d'une seconde aile d'hébergement proposée au 3e étage de la clinique. On ignore s'il y aura un tarif forfaitaire pour les deux locations simultanées.

Si besoin... Le centre de dépistage installé à l'automne dans l'ancien hôpital (8 rue de Vaux à Melun) constitue un bon baromètre pour suivre l'évolution de la Covid-19 avec un résultat dans les 24 heures. Depuis le 13 mai, ce centre a effectué 32 493 tests PCR , à raison de 400 par jour depuis l'utilisation d'un second automate au laboratoire du GHSIF en octobre. «On est le seul hôpital du département à proposer ce service », pointe le directeur. Vendredi 6 novembre, le taux de positivité dans le centre de dépistage de l'hôpital atteignait 21,4%.

Les retraités en renfont sont les bienvenus

Si les lits sont essentiels pour affronter cette seconde vague du coronavirus, les soignants sont évidemment indispensables. Selon le directeur des soins, Franck Langlois, «Le problème se pose côté soignants, chez les infirmières. Nous allons donc accueillir 57 étudiants de l'Institut de formation de soins infirmiers (Ifsi) de Melun dans le cadre de leur stage à effectuer en 2e et surtout 3e années ». Par ailleurs deux cadres du GHSIF lisent avec attention les candidatures spontanées, cherchent des solutions auprès des libéraux qui voudraient venir en renfort.

«On continue à mobiliser les retraités et toute personne ayant des compétences médicales. Qu'ils se rassurent : on les accompagne. On les met en double avec des professionnels», précise Franck Langlois .

Epuisé par la suractivité du printemps et rencontrant des difficultés pour s'en remettre, le personnel a pu bénéficier de ses congés lors des dernières vacances de Toussaint alors que beaucoup d'établissements les avaient annulés. «En novembre, on ne touche pas non plus aux congés tant qu'on le peut. On préserve le repos de nos équipes », insiste Dominique Peljak.

Melun, mai 2020. La cellule de consultations médicales mise à disposition des soignants  a révélé 35 cas positifs en septembre et 112 en octobre (sur 2400 agents). LP/Sophie Bordier
Melun, mai 2020. La cellule de consultations médicales mise à disposition des soignants a révélé 35 cas positifs en septembre et 112 en octobre (sur 2400 agents). LP/Sophie Bordier  

Quid de leur santé? La cellule de consultations médicales mise à disposition des soignants a révélé 35 cas positifs en septembre et 112 en octobre (sur 2400 agents sur le site de Melun). «Depuis septembre, 23 cas ont nécessité un arrêt-maladie à Melun et 6 à Brie-Comte-Robert (NDLR : hôpital qui a fusionné avec celui de Melun en 2017) », affirme le DRH.

Volonté de bienveillance

Que faire pour les Ehpad où l'absentéisme serait important ? Selon Valérie Christian (Sud), « c'est la galère, les vacataires ne répondent pas quand on les appelle. Cela risque d'entraîner un burn-out chez les agents présents qui accumulent les heures». Réponse du DRH : «Le recrutement a toujours été très difficile en Ehpad. Il y a la liberté des vacataires à accepter ou refuser. En cas de fort absentéisme, on a un service de suppléances qui peut intervenir. On propose des heures supplémentaires rémunérées. On modifie les plannings. »

Selon le syndicat Sud, la fatigue des personnels entraînerait certains à des mouvements d'humeur qui génèrent des sanctions « disproportionnées », des conseils de discipline. Dominique Peljak réfute cela : « On a eu 6 conseils de discipline en 2018, 5 en 2019 et 3 en 2020 sur 2400 agents à Melun. Pour moi, il y a une ligne rouge à ne pas dépasser : quand il y a malveillance, maltraitance ou faute dans la prise en charge. Mais actuellement, on a une volonté de bienveillance envers le personnel, je n'ignore pas leur fatigue physique et psychologique. On a réactivé la cellule de soutien psychologique. Avec mon équipe, nous sommes là pour soutenir tout le monde !»