Coup de fusil à Thorigny : une victime absente et un témoin amnésique aux assises

Un homme âgé de 22 ans est jugé pour tentative de meurtre. Il est soupçonné d’avoir tiré un coup de feu sur un jeune, le 16 juin 2017, dans un contexte de rivalités et de bagarres entre bandes, le blessant gravement à la main.

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 Ralph, aujourd’hui âgé de 27 ans, a été victime d’un coup de fusil tiré au pied d’un immeuble de l’allée du Parc, à Thorigny-sur-Marne.
Ralph, aujourd’hui âgé de 27 ans, a été victime d’un coup de fusil tiré au pied d’un immeuble de l’allée du Parc, à Thorigny-sur-Marne. LP/Alexandre Métivier

« C'est normal de ne pas poser de questions à quelqu'un qui a une main en sang, avec les doigts qui pendent ? » a soudain demandé le président Olivier Deparis en regardant le témoin, qui venait de déposer à la barre de la cour d'assises de Seine-et-Marne, à Melun, ce mardi. Réponse sans détour de l'intéressé : « Ce n'est pas mon problème, faut pas chercher à comprendre. »

Le soir du 16 juin 2017, cet habitant du quartier Orly-Parc, à Lagny-sur-Marne, aurait donc accompagné un jeune homme ensanglanté, en voiture, jusqu'aux urgences, à Jossigny, sans lui poser la moindre question. Sa terrible blessure, Ralph, aujourd'hui âgé de 27 ans, la devait à un coup de fusil tiré au pied d'un immeuble de l'allée du Parc, à Thorigny-sur-Marne.

Dans le box des accusés : Maxence Le Gac. Aujourd'hui âgé de 22 ans, jugé pour tentative de meurtre, est soupçonné d'être le tireur. Un crime qu'il nie farouchement. Sur le banc des parties civiles : personne. « Mon client ne veut pas venir à l'audience. La procédure a été éprouvante pour lui. La confrontation avec son agresseur a été désastreuse, un vrai calvaire », a expliqué son avocate.

«Comme d'habitude, dans les affaires de bandes, personne n'a rien vu, rien entendu»

Le soir du coup de feu, Ralph avait donc été transporté à l'hôpital avec des doigts arrachés. Il avait expliqué être tombé de moto… alors que sa main et son bas-ventre témoignaient d'une décharge de plombs. Un de ses copains, présent aux urgences en même temps que lui, présentait une sérieuse blessure au visage. Lui aussi était… tombé de moto.

« Comme d'habitude, dans les affaires de bandes, personne n'a rien vu, rien entendu », a regretté un enquêteur de la Sûreté départementale. Ce soir-là, la police était intervenue allée du Parc, à Thorigny-sur-Marne, pour une rixe opposant une trentaine de jeunes armés de bâtons, barres de fer et bombes lacrymogènes.

A l'arrivée de la police, envolée de moineaux. Les forces de l'ordre n'avaient pu que constater une longue traînée de sang au sol. « Les résidents ont tout vu de leur fenêtre. Mais ils ne racontent rien et n'ouvrent pas leur porte », a témoigné une policière intervenue sur la rixe.

A l'époque, des bandes originaires du quartier des Tours, à Thorigny-sur-Marne, et de celui d'Orly-Parc, à Lagny-sur-Marne, s'affrontaient régulièrement. Cela durait depuis une dizaine d'années. « J'ai entendu parler d'une histoire d'escroquerie, sur une vente de moto. Mais les protagonistes ne savaient peut-être même pas pourquoi ils se battaient », estime l'enquêteur de la Sûreté départementale.

Le copain de la victime reste persuadé qu'il est tombé de moto

Ce n'est que trois mois plus tard que Ralph avait raconté son histoire à la police et livré le nom du tireur : Maxence Le Gac, écroué quelques semaines plus tôt, dans le cadre d'une autre affaire. Selon Ralph, dont le père habite Orly-Parc à Lagny, il rendait ce soir-là visite à un ami à Thorigny-sur-Marne.

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C'est donc, toujours selon lui, « par hasard » qu'il était tombé sur la rixe et était descendu de voiture pour calmer les esprits. Et c'est en repartant qu'un jeune avait surgi d'un immeuble « comme un guerrier », en criant « Qui fait le fou ? Qui fait le fou ? » Ralph lui aurait demandé d'arrêter de le braquer. Les deux se trouvaient à environ un mètre l'un de l'autre, le tir était parti, Ralph avait mis ses mains en avant pour se protéger.

Le copain de Ralph - présent aux urgences en même temps que lui le 16 juin 2017 - n'a quant à lui pas changé de version. « Il est toujours persuadé qu'il est tombé de moto », a souligné, un brin ironique, l'enquêteur. La cour d'assises a pu le vérifier. A la barre, le jeune homme s'est montré avare en paroles : « Je ne sais pas pourquoi je suis là. Je suis tombé à moto. Je me suis éraflé la tête. »