Chauconin-Neufmontiers : faute de personnel, un détenu n’a pas pu rendre un dernier hommage à son père

Son client, détenu autorisé à se recueillir sur la dépouille de son père par une juge d’instruction, n’a pas été extrait de sa cellule par l’administration pénitentiaire qui invoque le manque de personnel.

 Meaux, mercredi 28 octobre 2020 : Me Jean-Christophe Ramadier a décidé de saisir le Garde des sceaux et la Défenseure des droits.
Meaux, mercredi 28 octobre 2020 : Me Jean-Christophe Ramadier a décidé de saisir le Garde des sceaux et la Défenseure des droits. LP/Guénaèle Calant

Me Jean-Christophe Ramadier est en colère. Son client, incarcéré à la prison de Meaux-Chauconin, n'a pas pu se recueillir sur la dépouille de son père. Raison pour laquelle cet avocat du barreau de Meaux a décidé de saisir le Garde des sceaux Eric Dupond-Moretti et la Défenseure des droits Claire Hédon.

C'est à la mi-octobre que son client, âgé de 19 ans, en détention provisoire dans le cadre d'une instruction, apprend le décès brutal de son père. « Cet homme devait être inhumé à l'étranger. Mon client souhaitait le voir une dernière fois au funérarium de Jossigny, pour lui dire au revoir. J'ai donc fait une demande exceptionnelle de sortie sous escorte auprès de la juge d'instruction », précise Me Ramadier.

La magistrate décide alors d'autoriser cette sortie, qui doit donc se faire avec une escorte de l'administration pénitentiaire, à savoir des surveillants du Pôle de rattachement des extractions judiciaires (Prej), basé à la prison de Meaux-Chauconin.

La visite au funérarium n'a jamais eu lieu

Ce service assure les extractions judiciaires des détenus de Meaux-Chauconin, Réau et Melun vers les tribunaux de toute la France : comparution devant une juridiction, convocation devant un juge d'instruction ou un juge des libertés et de la détention, reconstitution criminelle…

Mais voilà, la visite au funérarium n'a jamais eu lieu. « Il est scandaleux qu'une décision de justice humaine, prise par un magistrat instructeur, puisse être mise en échec, pour des raisons d'effectifs ou d'organisation. Mon client est condamné à pleurer son père en cellule », s'insurge l'avocat. Avant de rappeler qu'il ne s'agissait pas d'une promenade destinée à échapper à l'incarcération quelques heures.

Carences en personnel pour cause de Covid-19

Du côté de l'administration pénitentiaire, on explique que la demande est arrivée la veille de la sortie, dans l'après-midi : « Ce n'est pas un refus mais une impossibilité. Il se trouve que ce samedi-là, le Prej avait cinq missions à effectuer. Sans compter qu'en raison de la pandémie de Covid-19, ce service subit des carences en personnel ».

De son côté, Me Jean-Christophe Ramadier souligne que ce type d'incident n'est pas nouveau : « La même mésaventure est arrivée à un autre de mes clients, qui n'a pas pu se rendre à un enterrement il y a deux ans, pour les mêmes raisons. Sans compter qu'un troisième client, incarcéré à la maison d'arrêt de Caen, dans le Calvados, et autorisé par un juge d'instruction à être transféré en région parisienne, a atterri… au Havre, en Seine-Maritime ».