«Des familles entières s’en vont» : à Donnemarie-Dontilly, le plan social à la raffinerie Total Grandpuits inquiète

Dans cette commune où vivent 24 familles de raffineurs salariés par Total, commerçants et élus commencent à s’inquiéter de l’éventuel départ des «Grandpuits» de leur territoire.

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 Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Une soixantaine de salariés de la raffinerie Total de Grandpuits vivent dans le Montois avec leurs familles, dont 24 rien qu’à Donnemarie.
Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Une soixantaine de salariés de la raffinerie Total de Grandpuits vivent dans le Montois avec leurs familles, dont 24 rien qu’à Donnemarie. LP/Sébastien Blondé

Le Montois... Dans ce coin du sud-est de la Seine-et-Marne, niché entre Provins et Montereau-Fault-Yonne, aux portes de la réserve naturelle de la Bassée que traverse la Seine, vivent une soixantaine de salariés de la raffinerie Total de Grandpuits. Concernés par le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) annoncé par le géant du pétrole fin septembre 2020, ils sont dans l'attente de la conclusion de la procédure, pour décider de leur avenir.

Resteront ? Resteront pas ? Localement, l'inquiétude commence à poindre à Donnemarie-Dontilly et dans les villages alentours, où ces raffineurs se sont mis au vert, loin de l'air parfumé au carburant et des cheminées industrielles de Grandpuits. Et sans doute aussi parce que le prix moyen d'une maison avec jardin n'y dépasse pas encore les 200 000 euros.

La Bassée-Montois est la communauté de communes qui abrite le plus grand nombre de familles de « Grandpuits. » Sur cette soixantaine, vingt-quatre habitent la «capitale » du Montois : Donnemarie-Dontilly (2 800 habitants).

Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Joël, le patron du bar La Comédie, sa fille Christelle et sa femme Simone. LP/Sébastien Blondé
Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Joël, le patron du bar La Comédie, sa fille Christelle et sa femme Simone. LP/Sébastien Blondé  

«Ici, les gens démarrent tôt le matin et rentrent tard le soir », décrit d'une manière générale Joël, 66 ans, le patron du bar La Comédie depuis 1977. Pour la plupart, c'est direction la gare à Nangis ou Montereau, en bus ou en voiture, puis Paris par le train.

« Pour nous, dans le secteur, ça va être énorme, tous ces salariés en moins à Grandpuits. J'en connais une dizaine. Certains ont déjà été mutés. C'est important pour nous, pour les classes de nos écoles, pour notre collège. Ce sont des familles entières qui s'en vont ! », s'exclame Christelle, la fille de Joël.

« Ici, on a déjà subi le départ de 45 familles qui travaillaient chez EDF à Gurcy-le-Châtel », pointe le papa pour montrer que Donnemarie s'en sortira encore. «Combien y a-t-il de gars qui viennent loger ici, quand ils enclenchent le Grand Arrêt à la raffinerie ? », insiste la fille. «Il n'y a plus une chambre nulle part pendant plusieurs mois », abonde Joël, conscient du rayonnement économique de la raffinerie.

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A la boucherie du village, Charlène est au travail avec son frère Antoine. «On a plein de clients qui travaillent à la raffinerie. Ce n'est pas évident pour eux. Certains sont contents car ils ont le projet d'aller vivre ailleurs. Et d'autres ne savent pas quoi faire. Perdre un emploi comme ça, ce n'est pas évident », commente la jeune femme.

Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Manon, l’une des coiffeuses du village, est fille d’un raffineur de Grandpuits. LP/Sébastien Blondé
Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Manon, l’une des coiffeuses du village, est fille d’un raffineur de Grandpuits. LP/Sébastien Blondé  

Au salon de coiffure, l'une des coiffeuses est la fille... d'un raffineur. Et même petite-fille de raffineur. Si son père est devenu opérateur à Grandpuits il y a une vingtaine d'années, tout le reste de la famille vit à Gargenville (Yvelines), près d'un autre site de Total, où son grand-père a travaillé.

«Mon papa fait la grève (NDLR : le mouvement a débuté le 4 janvier), explique Manon derrière son masque. Son poste doit être gardé dans la future usine mais il fait grève par solidarité pour les autres. Total promet mais on ne sait pas si ça va être réalisé ou non. »

A l'Agence immobilière du Montois, trottoir d'en face, on dit avoir déjà placé des affiches à la raffinerie pour proposer ses services. Au cas où...

Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Le centre-ville de la commune. LP/Sébastien Blondé
Donnemarie-Dontilly, le 2 février. Le centre-ville de la commune. LP/Sébastien Blondé  

«Ces emplois en moins, c'est très inquiétant », reconnaît Elodie Brand, agent immobilier et présidente de l'association des commerçants de Donnemarie-Dontilly.

Elle confirme que certains salariés Total ont déjà accepté des mutations. « Beaucoup sont des amis, poursuit-elle. Ils sont dans l'attente du rendez-vous de la semaine prochaine (NDLR : la fin des négociations sur les mesures sociales d'accompagnement, programmée ce mardi) pour prendre une décision. »

On pouvait s'étonner jusque-là de l'absence de réaction publique des élus locaux. Ils n'étaient tout simplement pas au courant de la situation, comme le reconnaît Roger Denormandie (LR), le président de la communauté de communes Bassée-Montois.

«On découvre cela. On n'avait pas du tout conscience qu'il y avait autant de salariés dans le secteur », lance celui qui est aussi maire du village de Montigny-Lencoup.

Donnemarie-Dontilly, le 2 février. La mairie de la commune. LP/Sébastien Blondé
Donnemarie-Dontilly, le 2 février. La mairie de la commune. LP/Sébastien Blondé  

Comme Sandrine Sosinski (LR), la maire de Donnemarie-Dontilly, l'élu regrette de ne pas avoir été associé à la communication de Total. « Nous avons été interpellés par les habitants de nos communes, qui travaillent à Grandpuits, dit-il. On est inquiet pour ces familles, pour toutes les entreprises sous-traitantes de la raffinerie... Elles ne seront pas toutes touchées de la même façon. On se bat déjà pour les attirer... Soixante familles, cela aura forcément des répercussions sur la vie de nos villages, qui deviennent des villages-dortoirs. »

«On a besoin des enfants pour maintenir des classes et des écoles sur le Montois », affirme pour sa part Sandrine Sosinski, visiblement plus embarrassée que son voisin par cette récente découverte de la situation.