C’est à Jouarre en Seine-et-Marne que l’espérance de vie est la plus faible de toute l’Île-de-France

Selon une étude complète de l’Observatoire régional de la santé, à Jouarre, on vit, en moyenne entre 7 et 8 ans en moins par rapport aux chiffres régionaux..

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 Jouarre, lundi 15 février 2021. L’espérance de vie à Jouarre, commune d’un peu plus de 4 000 âmes y est plus faible qu’ailleurs. Ce serait sans doute dû à la présence d’une maison de retraite et d’un hôpital gériatrique.
Jouarre, lundi 15 février 2021. L’espérance de vie à Jouarre, commune d’un peu plus de 4 000 âmes y est plus faible qu’ailleurs. Ce serait sans doute dû à la présence d’une maison de retraite et d’un hôpital gériatrique. LP/Sébastien Roselé

On aurait pu imaginer que c'est dans le département de la Seine-Saint-Denis, le plus pauvre de France, que l'on trouverait la ville où l'espérance de vie est la plus faible en région parisienne. Raté. C'est à Jouarre, commune de quelque 4 300 habitants, que revient cette couronne pas très enviée. Ici, elle s'élève à 79,4 ans pour les femmes et 72,8 ans pour les hommes. Alors qu'au niveau national, ces espérances sont respectivement de 85,2 ans et de 79,2 ans (86,1 ans et 80,6 ans en Ile-de-France). Ces chiffres viennent d'une étude de l'Observatoire régional de la santé (ORS).

Puisqu'on en est à démonter les idées reçues, Jouarre est située tout à l'est de la Seine-et-Marne, dans une zone qu'on pourrait qualifier de rurale. On vit donc moins longtemps dans les campagnes ? On y est en moins bonne santé ? Laurence, 60 ans, patientant devant la pharmacie, est très étonnée. « C'est bizarre. Je croyais plutôt l'inverse. Nous ne sommes pas dans une zone polluée, il n'a pas d'usines qui manient des matières toxiques. »

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Pour le maire, Fabien Vallée (LR), plusieurs éléments peuvent expliquer cette faible espérance de vie. Le principal, c'est la présence de deux établissements à destination des seniors. « Il y a quelque 450 lits répartis entre l'hôpital gériatrique et la maison de retraite. »

Le maire rappelle le ratio : cela fait un habitant sur dix qui est dans un de ces deux établissements. « Cela a un impact non-négligeable sur les chiffres. Les soins qui y sont prodigués sont bons, ce n'est pas la question. Mais la co-morbidité y est plus élevée. Ces établissements de soins concentrent des problèmes de santé. Et tous les décès dans ces établissements sont enregistrés dans la commune. »

L'éternel problème de l'installation des médecins libéraux

Le premier magistrat avance ensuite d'autres hypothèses. Par exemple, le temps passé dans les transports. « Les habitants d'ici passent plus de temps dans les transports pour aller travailler que ceux de la petite couronne ou de Paris. Cela diminue la qualité de vie. » Et donc, selon le maire, cela a des effets sur la santé des administrés. Autre motif d'inquiétude, les « médecins libéraux » qui ne viennent pas facilement s'installer dans le secteur.

Laurence est bien d'accord avec cette dernière hypothèse. Et elle en ajoute une autre, sans doute liée. « C'est rural ici. Alors peut-être que les habitants font moins de démarches pour se faire soigner. » Se soigne-t-on moins dans le secteur de Jouarre parce qu'il n'y a pas assez de praticiens ou y a-t-il un déficit de soignants faute de patientèle ? Sans doute un peu des deux.

Selon l'étude, les habitants y sont moins diplômés

Nawel, 18 ans, arrive et s'installe sur un banc à l'arrêt de bus. L'autocar est prévu dans cinq minutes. Ce sont ces lignes de cars qui rythment les journées dans les communes rurales. Sans eux, les habitants seraient encore plus isolés. La jeune femme pense qu'on peut aussi aller chercher les explications du côté de l'environnement. « Nous sommes entourés de champs. Ce sont peut-être les pesticides qui ont une incidence sur notre santé. Nous sommes plus exposés que les autres. »

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En regardant d'encore plus près les tableaux de l'ORS, on s'aperçoit qu'on meurt davantage du tabagisme, de tumeurs et de maladies cardio-vasculaires. Les chiffres sont supérieurs à ceux de la région Île-de-France

Le niveau de vie des Jotranciennes et Jotranciens pourrait aussi expliquer la faible espérance de vie, comme le relève l'étude de l'ORS. Les cadres sont sous-représentés. Les habitants y sont moins bien diplômés qu'ailleurs. Or, selon l'ORS, « la plupart des indicateurs de santé […] se dégradent de manière continue en allant des catégories sociales les plus favorisées aux plus défavorisées ».

Mais cette distribution des classes sociales, avec une surreprésentation des moins favorisés est en train de changer, constate le premier adjoint au maire Jean-Luc Mondat. « Des cadres avec enfants viennent s'installer ici de plus en plus. On voit arriver des habitants plus jeunes issus mieux milieux sociaux plus élevés. » Ce facteur-là pourrait donc reculer dans l'équation dans les années à venir.