«Allez acheter vos sapins chez les fleuristes !» : le cri d’alarme d’un horticulteur de Seine-et-Marne

Luc Flick, horticulteur à Soignolles-en-Brie subit de plein fouet les effets du confinement. Il incite les consommateurs à acheter leur sapin chez les fleuristes qui se fournissent chez des producteurs locaux.

 Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, cherche des solutions pour ses sapins en cette période de Noël.
Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, cherche des solutions pour ses sapins en cette période de Noël. LP/Julie Olagnol

Après les tulipes et le muguet au printemps dernier, ce sont ses sapins et ses décorations de Noël que Luc Flick, horticulteur à Soignolles-en-Brie, doit écouler en cette nouvelle période de confinement. En tant que producteur, il approvisionne les fleuristes à Rungis (Val-de-Marne) ainsi qu'un grossiste qui décore des communes partout en France.

Alors que le ministre de l'Agriculture a annoncé, ce mardi, que les Français pourraient acheter un sapin dans les points de vente habituels et en extérieur chez leur fleuriste, le producteur cherche des alternatives pour sauver sa saison. « La crise sanitaire impacte toute la filière. Cette annonce est une chance pour eux mais tout le monde va se mettre à vendre du sapin n'importe comment », redoute-t-il.

« Ce qui me porte préjudice, c'est la fermeture administrative de tous les petits commerces. Cette année, les fleuristes n'ont pas pu décorer hôtels, bars, restaurants, boutiques et leur chiffre d'affaires a baissé de moitié. Un client qui fournit les palaces a perdu 120 000 euros en deux jours alors que tout était commandé ! Nous avons aussi un gros manque à gagner avec l'absence des marchés de Noël », regrette-t-il.

La moitié de ses recettes réalisées à Noël

Le producteur réalise la moitié de son chiffre d'affaires entre le 1er novembre et le 15 décembre, soit 300 000 euros. Sur ces quinze jours, il a engrangé seulement 8 000 euros contre 55 000 euros l'an dernier. « Malgré cette annonce, les fleuristes se montrent encore frileux. Il y a des journées où j'ai fait seulement 20 euros à Rungis ! D'habitude, le 5 décembre, on finit à poil, et il y a de l'attente pour de la guirlande ».

Guirlandes, couronnes, branches floquées, sapins reconstitués, décors sur bois, etc. Dans sa propriété, tels des petits lutins, son équipe s'attelle à la réalisation de guirlandes à partir de ballots de branches. « On a fait 19 km de guirlande en 2019, cette année on espère faire au moins 10 km. Nous avons commandé trois semis de 1 000 ballots contre dix les années précédentes ».

Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, revendique être l’un des derniers horticulteurs du secteur à faire de la guirlande de 30 cm de large de qualité fleuriste. LP/Julie Olagnol.
Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, revendique être l’un des derniers horticulteurs du secteur à faire de la guirlande de 30 cm de large de qualité fleuriste. LP/Julie Olagnol.  

Luc Flick a mis en place un système de préréservation, pour que les habitants viennent retirer leur sapin directement à la pépinière, le dernier week-end de novembre et les deux premiers week-ends de décembre. Il enregistre pour le moment une cinquantaine de ventes et estime pouvoir écouler cette année « entre 1 000 et 1 500 sapins ».

Le producteur fait pousser 8 000 sapins en Seine-et-Marne, à Grisy-Suisnes, une commune limitrophe, et 10 000 sapins chez un partenaire du Pays d'Othe, afin de disposer d'une gamme de toutes les tailles d'arbres. « Le week-end dernier, il n'y avait pas de boulot. Là, ça accélère. C'est une année en dents de scie, il n'y a pas de vision possible », constate-t-il. Autre difficulté : des fournisseurs ne livrent pas à temps, par manque de main-d'œuvre à cause de la Covid.

Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, vend de nombreuses décorations pour les communes et les commerces. LP/Julie Olagnol
Luc Flick, l’horticulteur de Soignolles-en-Brie, vend de nombreuses décorations pour les communes et les commerces. LP/Julie Olagnol  

Faire vivre l'ensemble de la filière horticole

Luc Flick donnera aussi un coup de pouce à la fleuriste de son village, devenue une cliente après le premier confinement, en lui vendant ses jacinthes. Il alerte les consommateurs : « Plutôt que d'aller s'entasser dans les jardineries et les grandes enseignes, pour vos sapins de Noël, allez chez les fleuristes car ils se fournissent chez les producteurs », encourage-t-il.

« Nous avons réalisé une bonne saison d'été grâce à une baisse de 30 % des exportations de fleurs, ce qui nous a permis de rattraper notre retard. Noël s'annonçait extraordinaire ». Mais le reconfinement laisse un goût amer. « Après Noël, nous n'avons pas de rentrée d'argent pendant quatre mois. On travaille en flux tendus et on a déjà dû acheter le muguet pour l'an prochain… ».

Entre concurrents, on ne se fait pas de fleurs

Sandrine Duclos, dont la société Mille fleurs pour tous et les serres se trouvent à Bouleurs, vers Crécy-la-Chapelle, a saisi avec son mari et à leurs frais un huissier de justice pour effectuer, dans trois jardineries proches de chez eux, des constatations de ventes abusives de plantes et fleurs à la clientèle. Selon le couple, elles se sont octroyé le droit d’ouvrir les rayons « jardin » et « serres chaudes ».

Sandrine Duclos, qui vend des fleurs et des plantes avec racines dans des boutiques éphémères à Paris, avance même « vouloir attaquer l’Etat ». « Nous avons sollicité la gendarmerie et la préfecture pour qu’ils interviennent et fassent respecter la loi. Pour nous, c’est une perte de chiffres d’affaires, de marges, et de marchandises, sans compter le poids psychologique », expliquent-ils.

« Les enseignes de ce type peuvent vendre tout ce qui concerne l’animalerie mais pas les plantes ou les arbres afin de ne pas porter préjudice aux petits commerces, par rapport au premier confinement où cela était autorisé. Exception faite des sapins de Noël, comme l’a annoncé le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie », confirme-t-on à la préfecture de Seine-et-Marne. Et d’assurer que « leurs services effectuent beaucoup de contrôles même s’ils ne peuvent pas être partout ».