A Meaux, le «père» de la police municipale moderne tire sa révérence

Dominick Lemullois vient de prendre sa retraite. Dans l’ombre de Jean-François Copé, ce Normand a façonné un service doté de moyens considérables envié par de nombreuses municipalités dans toute la France.

 Meaux, ce lundi. Dominick Lemullois a dirigé pendant 25 ans la police municipale de Meaux. Il vient de prendre sa retraite.
Meaux, ce lundi. Dominick Lemullois a dirigé pendant 25 ans la police municipale de Meaux. Il vient de prendre sa retraite. LP/Alexandre Arlot

La voix est posée, presque douce. Le discours sobre et bref. Ce jour-là, Dominick Lemullois, 67 ans, a les honneurs du Colisée, la vaste salle des fêtes de Meaux. C'est dire l'estime que lui porte le maire Jean-François Copé (LR).

Il est vrai que celui qui prononce à cette occasion son discours de départ à la retraite est un homme qui compte : la police municipale (PM) qu'il a dirigée durant vingt-cinq ans est l'une des plus réputées de France.

La sécurité, « marque de fabrique » à Meaux

Dans une ville où l'ancien ministre délégué de l'Intérieur a fait de la sécurité une « marque de fabrique », Dominick Lemullois occupait un poste-clé. Les deux hommes ont posé leurs valises dans la sous-préfecture de Seine-et-Marne la même année, en 1995.

Meaux, octobre 2010. Un policier municipal procède à une interpellation sous les yeux de Dominick Lemullois (à d.), le directeur de la police municipale de Meaux. LP/V.R.
Meaux, octobre 2010. Un policier municipal procède à une interpellation sous les yeux de Dominick Lemullois (à d.), le directeur de la police municipale de Meaux. LP/V.R.  

Le premier aime la lumière et les discours martiaux. Le second préfère l'ombre, usant à plusieurs reprises de l'adverbe « modestement » au moment de revenir sur son parcours. L'attelage est complémentaire.

« Ce n'est pas un hasard si je suis resté ici aussi longtemps »

« J'ai toujours été libre de dire ce que je voulais, assure l'ancien patron de la PM meldoise. C'est un maire très exigeant et très intéressé par les questions de sécurité. Il sait faire confiance, il n'est pas interventionniste. Ce n'est pas un hasard si je suis resté ici aussi longtemps. » On comprend donc que les offres de débauchage n'ont pas manqué.

Meaux, janvier 2014. Lors de l’inauguration des nouveaux locaux de la police municipale comprenant le centre de supervision urbain. LP/V.R.
Meaux, janvier 2014. Lors de l’inauguration des nouveaux locaux de la police municipale comprenant le centre de supervision urbain. LP/V.R.  

Sur la scène du Colisée, Jean-François Copé a rendu un vibrant hommage à l'intéressé. « Grâce à vous, la ville de Meaux n'est plus pareille aujourd'hui que ce qu'elle fut lorsque vous avez franchi la porte de mon bureau la première fois », a salué l'élu. « La délinquance était très importante à l'époque, confirme Dominick Lemullois. Meaux figurait parmi les villes les plus criminogènes d'Ile-de-France. »

Meaux, janvier 2014. Dominick Lemullois et Jean-François Copé entourent un policier municipal distingué pour avoir sauvé de la noyade une femme qui voulait se suicider. LP/V.R.
Meaux, janvier 2014. Dominick Lemullois et Jean-François Copé entourent un policier municipal distingué pour avoir sauvé de la noyade une femme qui voulait se suicider. LP/V.R.  

La municipalité avance que le taux de criminalité, c'est-à-dire le nombre de crimes et délits pour mille habitants, a été divisé par deux en vingt-cinq ans. En 2018, ce pourcentage s'établissait à 52,69 ‰, contre 100,8 ‰ en 1995. Un taux désormais inférieur à la moyenne départementale, s'enorgueillit la mairie.

A l'image de la ville, la police municipale meldoise aussi s'est métamorphosée. Natif de Normandie et jusque là responsable de la police municipale de Chelles, Dominick Lemullois se souvient de « l'embryon de police municipale » qu'il découvre à son arrivée à Meaux. « Moins d'une dizaine d'agents sans aucun équipement et sans mission de sécurité publique. Et un seul véhicule » rembobine-t-il.

Meaux, samedi 28 mars 2020. Lors du confinement, la police nationale et la police municipale ont mené des opérations de contrôle des attestations de sortie des automobilistes. LP/Hugues Tailliez
Meaux, samedi 28 mars 2020. Lors du confinement, la police nationale et la police municipale ont mené des opérations de contrôle des attestations de sortie des automobilistes. LP/Hugues Tailliez  

Plus de 180 agents et 280 caméras pour 55000 habitants

C'est l'époque de la « Pierre-Co », l'ancêtre du quartier Dunant alors en proie aux violences en tout genre. Le pire souvenir de la carrière du néo-retraité le ramène ici, en janvier 1997. « Un policier municipal a été renversé alors qu'il intervenait sur un vol de voiture, se souvient-il. Il avait dû être trépané et n'avait jamais pu reprendre son travail. Ça m'a marqué. »

Au fil des années, Dominick Lemullois a mis en place une brigade de nuit, une brigade VTT, une brigade canine, une brigade urbaine de proximité… Une brigade équestre a même existé deux ans jusqu'en 2010. La mairie ne lésine pas sur les moyens. En 2020, l'investissement lié à la sécurité (entretien des véhicules, pose des caméras…) représente 2 % du budget total de la ville, soit 695 000 euros.

Meaux, février 2007. La police municipale de Meaux a expérimenté une brigade équestre (3 chevaux, 7cavaliers) pendant deux ans. Elle a été remplacée par la vidéosurveillance. LP/David Charpentier
Meaux, février 2007. La police municipale de Meaux a expérimenté une brigade équestre (3 chevaux, 7cavaliers) pendant deux ans. Elle a été remplacée par la vidéosurveillance. LP/David Charpentier  

Des agents de surveillance de la voie publique aux opérateurs vidéo, la PM compte désormais 184 fonctionnaires. Certains sont armés depuis la fin des années 1990. Sa réputation, Meaux la doit surtout aux 280 caméras de vidéosurveillance qui en quadrillent les différents quartiers. Le ratio est d'un appareil pour moins de 200 habitants, l'un des plus élevés dans les villes de plus de 50 000 habitants derrière Nice (Alpes-Maritimes).

Les premières ont été installées au mitan des années 2000, principalement dans le centre-ville. « Nous y avons vu un intérêt très rapidement, assure l'ancien patron de la PM. À l'époque, il s'agissait de lutter contre les vols dans les magasins. Les caméras ont permis d'identifier les auteurs qui en sortaient. Les commerçants se sont sentis rassurés. »

Meaux, jeudi 28 novembre 2019. Une patrouille de la police municipale dans le centre commercial la Verrière à Beauval. LP/Sébastien Roselé
Meaux, jeudi 28 novembre 2019. Une patrouille de la police municipale dans le centre commercial la Verrière à Beauval. LP/Sébastien Roselé  

La méthode meldoise a inspiré Bordeaux

L'efficacité des caméras dans la lutte contre les crimes et délits reste sujette à caution. Plusieurs études ont montré que la délinquance se déplaçait dans les zones non couvertes par la vidéo. Gilles Saveret, élu insoumis au conseil municipal, a récemment fait part de sa réserve sur leur rôle. Dominick Lemullois tranche le débat.

« Les résultats sont là, assène-t-il. La vidéo nous a permis d'interpeller chaque année 500 à 600 individus en flagrant délit. Personne ne peut contester cela. » Le sexagénaire en veut pour preuve le taux d'élucidation à Meaux, qui s'élèverait à 54 % « contre 30 % en moyenne à l'échelle nationale ».

Meaux, le 5 février 2018. Fort de 280 caméras, le centre de supervision urbain de la police municipale de Meaux scrute les différents quartiers de la ville. LP/A.A.
Meaux, le 5 février 2018. Fort de 280 caméras, le centre de supervision urbain de la police municipale de Meaux scrute les différents quartiers de la ville. LP/A.A.  

De Rillieux-la-Pape (Rhône) à Bordeaux (Gironde), de Castres (Tarn) à Belfort (Territoire de Belfort), plus d'une quarantaine de villes ont voulu en savoir plus sur la PM meldoise, s'enorgueillit « modestement » son ancien patron.

Car il ne s'agit pas que d'une question de moyens, économiques ou humains. « Il faut bien étudier le positionnement des caméras, leur hauteur, souligne Dominick Lemullois. Certaines villes n'avaient pas de résultats car leurs appareils étaient mal installés. »

Meaux, samedi 28 mars 2020. Une opération de contrôle des déplacements des personnes a été menée conjointement par la police nationale et la police municipale. LP/Hugues Tailliez
Meaux, samedi 28 mars 2020. Une opération de contrôle des déplacements des personnes a été menée conjointement par la police nationale et la police municipale. LP/Hugues Tailliez  

Une « complémentarité reconnue » avec la police nationale

Opposant de Jean-François Copé, André Moukhine-Fortier fait l'éloge de l'ancien patron de la police municipale. « Un grand professionnel qui a parfaitement rempli sa mission, résume l'élu. Il a su construire une police proche de la population. »

Le président de l'association Meaux environnement compare Dominick Lemullois à « ces grands serviteurs de l'Etat ». « C'est un homme très policé, avec toujours la bonne tenue, le bon ton, décrit-il. Il ne laisse jamais paraître ces désaccords. »

Lui en concède un avec l'intéressé. André Moukhine-Fortier vante les vertus de l'îlotage, c'est-à-dire l'affectation des policiers à un quartier donné, pour « une connaissance plus étroite du terrain ».

Meaux, août 2020. Des opérations de contrôles renforcés sont menées depuis le 27 juillet par les polices nationale et municipale. DR
Meaux, août 2020. Des opérations de contrôles renforcés sont menées depuis le 27 juillet par les polices nationale et municipale. DR  

Le directeur privilégiait un fonctionnement tournant, « pour ne pas être dans une routine ». « Il est toujours intéressant de connaître toute la population, estime-t-il. Souvent, ce sont nos effectifs qui arrivaient à identifier les personnes recherchées. »

Une proximité qui a permis à la police municipale de devenir un partenaire constant de la nationale. « Nous ne nous sommes jamais positionnés en concurrent, assure Dominick Lemullois. Je ne dis pas qu'il n'y a jamais eu un cas ou deux de tension entre agents. Mais notre complémentarité est reconnue. »