Quatorze volontaires vont se confiner 40 jours dans une grotte sans… montre !

A partir du 7 mars, 14 personnes privées de repères temporels et encadrées par l’aventurier Christian Clot vont s’enfoncer sous terre en Ariège. Objectif de cette expédition scientifique baptisée «Deep Time» : mesurer les effets sur le cerveau d’un confinement extrême.

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 Les bénévoles de « Deep Time » installeront leur campement à une centaine de mètres sous la roche dans la grotte de Lombrives (ici lors d’un repérage).
Les bénévoles de « Deep Time » installeront leur campement à une centaine de mètres sous la roche dans la grotte de Lombrives (ici lors d’un repérage).  Mélusine Mallender

Quand des millions de Français redoutent un nouveau confinement, eux l'attendent avec impatience. A partir du 7 mars, quatorze volontaires vont vivre durant 40 jours enfermés dans une grotte en Ariège sans montre, ni lumière naturelle pour les besoins d'une ambitieuse aventure scientifique baptisée « Deep time ». Pilotée par l'explorateur franco-suisse Christian Clot, 48 ans, et animée par une armée de chercheurs, cette expérience unique au monde vise à décrypter les comportements du cerveau quand celui-ci est privé de tout repère temporel.

Elle doit répondre à une question totalement d'actualité : comment gérer la désorientation lorsque les bipèdes sont soumis à une situation nouvelle à l'instar des deux confinements de 2020? Une étude orchestrée par l'Institut de l'adaptation humaine et dirigée par Christian Clot portant sur les impacts psychologiques de la pandémie de Covid-19 a déjà montré l'an dernier que plus de 40% des Français ont « perdu de la notion du temps et de la capacité de projection », ayant du mal à s'imaginer dans le futur.

Le projet est soutenu par une vingtaine d'instituts et de laboratoires de recherche dont l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) ou l'ENS (Ecole normale supérieure). C'est à Ussat, près de Tarascon-sur-Ariège, au cœur de la grotte de Lombrives (« la plus vaste d'Europe » dixit le site Internet maison) que les prétendants au dépaysement vont s'enfoncer sous terre. Ce site touristique est actuellement fermé aux visiteurs en raison de la crise sanitaire.

Les bénévoles de « Deep Time », « tous issus de la société civile », installeront leur camp de base à une centaine de mètres sous la roche et à environ 1 km de l'entrée de la cavité. Dans cette bande fédérant autant d'hommes que de femmes figurent un biologiste, une infirmière, une psychomotricienne mais aussi une bijoutière, un médecin urgentiste, un chauffeur de bus, un prof de maths ou encore une guide trek.

«Notre système va totalement se dérégler », pronostique Christian Clot, vice-président de la Société des explorateurs français. Mélusine Mallender
«Notre système va totalement se dérégler », pronostique Christian Clot, vice-président de la Société des explorateurs français. Mélusine Mallender  

Avant et après cette « expédition au-delà du temps », les cerveaux seront observés sous toutes les coutures grâce à une IRM (imagerie par résonance magnétique). Sous terre, le rythme cardiaque et le sommeil des aventuriers bardés de capteurs seront disséqués. Des prélèvements sanguins et salivaires sont également programmés. Les données seront ensuite transmises à une équipe scientifique composée de neurobiologistes, de psychologues, d'un chronobiologiste, d'une éthologue… Les « spéléologues » cloîtrés plus d'un mois répondront enfin régulièrement à des questionnaires afin de mesurer leur état d'esprit, leurs émotions et leur sociabilité.

Aucun contact direct avec la surface

Totalement isolés, ils n'auront aucun contact direct avec la surface et seront sans connaissance des événements extérieurs. Ils ne disposeront d'aucun accès au temps et à la lumière du soleil. Le téléphone portable qui pourrait faire office de montre est évidemment interdit. Tous les ordinateurs et tablettes vont être configurés afin qu'ils ne puissent pas indiquer l'heure et le jour de l'année. Les lampes frontales permettront d'éclairer la troupe de baroudeurs lors de leurs pérégrinations souterraines.

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« Notre système va totalement se dérégler », pronostique Christian Clot, vice-président de la Société des explorateurs français, connu, entre autres défis, pour ses immersions en Amazonie ou en Sibérie, dans des zones de la planète aux conditions climatiques extrêmes. A ses yeux, « le petit groupe humain reconstitué sous terre va perdre la notion de temps » et devra « trouver des solutions ». « Mais alors comment va-t-il se synchroniser et fonctionner ensemble? » s'interroge ce roi du suspense. Au cours de leur mission dans la grotte riche en galeries, les volontaires ne « resteront pas statiques ». Le projet l'enthousiasme : « On va explorer le territoire, on va être comme sur la Lune. »