Mensonge ou vérité ? Comment notre façon de parler peut nous jouer des tours

Quelle intonation adopter pour paraître honnête ? Des scientifiques du CNRS montrent dans une étude parue ce lundi comment un auditeur juge l’attitude d’une personne au son de sa voix.

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 Une diction rapide, une intensité élevée au milieu du mot, et une hauteur qui descend en fin de mot : voilà comment paraître fiable, selon une étude. (Illustration.)
Une diction rapide, une intensité élevée au milieu du mot, et une hauteur qui descend en fin de mot : voilà comment paraître fiable, selon une étude. (Illustration.) Pixnio/CC

Comment paraître fiable aux oreilles de mon interlocuteur ? Et éviter de passer pour un menteur ? Au-delà de notre gestuelle, notre façon de parler aussi laisse croire que l'on ressent une émotion plutôt qu'une autre. Des travaux publiés ce lundi dans « Nature communications » montrent ainsi que notre prosodie -la mélodie de la parole- véhicule des informations sur la valeur de vérité et la certitude d'une proposition.

Des chercheurs du laboratoire sciences et technologies de la musique et du son (CNRS/Ircam/Sorbonne Université/ministère de la Culture) et du laboratoire des systèmes perceptifs (CNRS/ENS PSL) ont mené une série d'expériences, sur 115 personnes et dans plusieurs langues, pour comprendre comment nous décidons, à partir de la voix de notre interlocuteur, si celui-ci est honnête, confiant, ou bien au contraire mensonger ou incertain.

Une diction rapide, gage de fiabilité ?

Les scientifiques ont fait écouter des mots prononcés de multiples manières aux participants de leur étude. Résultat : pour qu'un individu soit considéré comme sûr de ce qu'il dit, « sa diction doit être relativement rapide, avec un accent d'intensité au milieu du mot et une hauteur qui descend en fin de mot », analyse Jean-Julien Aucouturier, chercheur au CNRS en sciences cognitives, coauteur de l'étude.

A l'inverse, une prosodie plus lente, avec une intensité qui diminue au milieu et le son de la voix qui augmente en fin de mot donnerait plutôt l'impression que l'orateur doute de ce qu'il dit.

Mensonge ou vérité ? Comment notre façon de parler peut nous jouer des tours

Les scientifiques ont également établi un lien entre la perception de la certitude et celle de l'honnêteté. « Dans notre cerveau, une personne honnête et une personne sûre d'elle parlent de façon similaire », explique Jean-Julien Aucouturier. De la même manière, la signature acoustique qui traduit le doute semble identique à celle du mensonge.

Cette signature serait indexée à l'effort cognitif chez la personne qui parle. « Pour produire la parole, on a tendance à pousser l'air et, en fonction de la fréquence de vibration des cordes vocales et de la quantité d'air qu'on respire, on va avoir une intonation plus ou moins haute. Lorsqu'on fait un effort cognitif, il est probable qu'on expulse l'air avec moins de force et cela donne des informations aux locuteurs », observe Louise Goupil, chercheuse post-doctorante en Angleterre, coautrice de l'étude.

Or lorsqu'une personne ment, elle produit un effort mental plus important car elle doit construire un récit cohérent. Pareil chez un individu qui doute : « On a l'impression que la ressource est plus difficile d'accès et ça s'entend », complète Jean-Julien. Mais cela ne veut pas dire pour autant que la personne doute véritablement ou qu'elle est en train de mentir. « Notre étude porte sur le cerveau de la personne qui écoute, pas sur celui de la personne qui parle », prévient le scientifique. Et de souligner : « Ce n'est pas un détecteur de mensonges, ça nous montre plutôt comment on peut faire croire à quelqu'un que l'on est honnête. »

Automatisme du cerveau

Les chercheurs ont également établi que ces signatures acoustiques étaient perçues de la même manière dans au moins trois langues différentes, le français, l'anglais et l'espagnol. Ils ont fait écouter des sons à 72 personnes à Paris (60 Français et 12 étrangers), à 21 individus à Santiago (Chili) et 22 autres à Londres (Royaume-Uni). Tous avaient les mêmes résultats. « On ne sait pas si c'est universel, mais on sait désormais que c'est cross linguistique, alors qu'on avait tendance à estimer que ces notions étaient très dépendantes de la langue maternelle et de la culture », relève Louise Goupil.

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Ces signatures sont traitées de façon « automatique » par le cerveau : même quand les participants à l'étude n'avaient pas à juger de la certitude ou de l'honnêteté du locuteur, ce son caractéristique influait sur la façon dont ils mémorisaient les mots. « Ils enregistraient mieux les mots prononcés d'une façon non-fiable. Comme si leur cerveau leur envoyait un message d'alerte », remarque Jean-Julien Aucouturier.

Pour les auteurs de l'étude, c'est tout un champ de recherche clinique qui reste à entreprendre, notamment dans le domaine du développement de l'enfant. « Émettent-ils eux aussi ces signatures acoustiques ? Apprendront-ils plus facilement s'ils entendent un mot pour la première fois avec une prosodie confiante ? » interroge Louise Goupil, qui aimerait également développer l'étude dans d'autres langues étrangères.