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Et si nos gènes hérités de l’homme de Neandertal aggravaient le Covid-19 ?

Des fragments d’ADN hérités de l’homme de Neandertal pourraient expliquer pourquoi certains malades développent davantage de formes graves.

 L’Institut Max-Planck de Leipzig a constaté que des patients atteints de formes graves du Covid partagent des analogiques génétiques avec nos très lointains ancêtres.
L’Institut Max-Planck de Leipzig a constaté que des patients atteints de formes graves du Covid partagent des analogiques génétiques avec nos très lointains ancêtres. AFP/Lizabeth Menzies

Si certains patients développent des formes graves du Covid-19, c'est peut-être la faute de l'homme de Neandertal, notre lointain cousin! Cette hypothèse n'a rien de farfelu… C'est celle, en tout cas, que soulève une équipe de chercheurs européens dans une étude parue dans la très sérieuse revue Nature. Et non des moindres : l'un d'eux, le biologiste suédois Svante Paabo travaille à l'Institut Max-Planck de Leipzig (Allemagne). Il est considéré comme le « pape » de la paléogénétique, cette science qui consiste à analyser les génomes anciens.

En se fondant sur divers résultats scientifiques, dont l'un a consisté à comparer le patrimoine génétique de patients atteints de formes sévères du Covid-19 avec notamment celui extrait de restes de reliques neandertaliennes trouvées en Sibérie, mais aussi en Croatie, ces scientifiques constatent que ces malades partagent des analogiques génétiques avec nos très lointains ancêtres. Dans les deux cas, le même type de variations sur une partie du génome (celle couvrant six gènes sur le chromosome 3) a été retrouvé, c'est-à-dire les mêmes mutations, à quelque 50000 années d'écart.

Et si nos gènes hérités de l’homme de Neandertal aggravaient le Covid-19 ?

Et Svante Paabo de tirer la sonnette d'alarme. Car pour ce scientifique, il n'y a plus guère de doute. Après avoir analysé et croisé maintes études, il estime que cette part de Néandertalien qui est en nous est sans doute la clé expliquant pourquoi, face au Covid-19, certaines personnes infectées surréagissent, que le système immunitaire s'emballe… « Il est frappant que le patrimoine génétique des Néandertaliens ait des conséquences si tragiques au cours de la pandémie actuelle, cela doit maintenant être étudié le plus rapidement possible », estime le chercheur.

«Cette piste mérite d'être creusée»

Cette piste de l'homme de Neandertal, qui contribuerait à rendre certains d'entre nous beaucoup plus vulnérables face au coronavirus que d'autres, plusieurs scientifiques l'avaient déjà soulevée cet été. Mais les données demeuraient alors trop parcellaires. « Cette piste est intéressante, elle mérite d'être creusée, même si d'autres éléments peuvent entrer aussi en compte dans cette surréponse de notre système immunitaire que l'on constate chez certains patients : l'âge, le sexe, notre état nutritionnel, l'épigénétique, c'est-à-dire l'influence qu'a notre environnement sur notre propre patrimoine génétique », remarque Lluis Quintana-Murci, directeur du laboratoire de génétique humaine à l'institut Pasteur.

En 2016, ce chercheur, professeur au collège de France, qui explore l'évolution du système immunitaire inné dans le temps, avait lui-même montré comment ces mutations génétiques héritées de nos lointains cousins pouvaient, dans des conditions environnementales différentes, être impliquées dans les phénomènes allergiques constatés de nos jours. Depuis les années 2010, il est maintenant admis par les scientifiques que les humains modernes et les Néandertaliens se sont non seulement croisés à divers moments de l'histoire, mais aussi se sont mélangés entre eux.

Des différences de réactions face au virus

Selon les scientifiques, l'homme moderne partagerait ainsi entre 1,8% à 2,6% de son génome avec notre cousin. « Pour Homo Sapiens, c'était une question de survie, rappelle Lluis Quintana-Murci, quand vous devez vous endurcir face à certains pathogènes, le plus simple est encore de vous métisser avec ceux dont l'organisme sait déjà répondre à ce type d'attaque. » Ce croisement entre Neandertal et Homo sapiens qui se serait produit il y a 80000 à 40000 ans a donc pour une large part été bénéfique. Mais face au Covid-19, peut-être s'avère-t-il un handicap ?

Ce qui intrigue les chercheurs, dans le cas du Covid-19, ce sont les différences de réactions face à ce virus et pourquoi, dans certaines zones géographiques, il y a beaucoup plus de mortalité due au Covid-19 et bien moins dans d'autres, comme cela semble être le cas en Afrique. Et si c'était tout simplement parce que ces gènes, hérités de l'homme de Neandertal, n'étaient pas présents partout de la même façon?

Les chercheurs constatent ainsi dans leurs études que les mutations génétiques, dont ils estiment qu'elles sont impliquées dans cette réponse immunitaire exacerbée, sont présentes dans environ 16% de la population en Europe, 50% de la population en Asie du Sud, tandis qu'en Afrique et en Asie de l'Est, elles sont inexistantes.