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Violences policières, polémique sur la loi Sécurité : le coup de colère de Macron

Le chef de l’Etat est intervenu vendredi soir pour dénoncer les images «qui nous font honte» du tabassage d’un producteur noir par des policiers. Des faits qui ont déclenché une vague d’indignation dans le pays et mis le feu au sein même de la majorité.

 Le président de la République Emmanuel Macron a tenu à dénoncer lui-même les violences policières à l’encontre de Michel Zecler dans un message sur les réseaux sociaux.
Le président de la République Emmanuel Macron a tenu à dénoncer lui-même les violences policières à l’encontre de Michel Zecler dans un message sur les réseaux sociaux. LP/Olivier Lejeune

Au terme de 24 heures de crise politique, et d'une semaine au climat étouffant, Emmanuel Macron a fini par adresser un message aux Français ce vendredi soir. Le silence n'était plus tenable, les accablantes images du passage à tabac de Michel Zecler par des policiers à Paris venant s'ajouter à celles du violent démantèlement d' un camp de migrants lundi.

Quant au débat sur l'article 24 (qui a plus que jamais du plomb dans l'aile) de la proposition de loi sur la sécurité globale, il continuait de faire rage malgré son adoption mardi en première lecture à l'Assemblée. Le président a choisi l'écrit, venant clore un incroyable échange épistolaire entre les plus hauts personnages de l'Etat. Un message publié sur les réseaux sociaux, ceux-là mêmes sur lesquels politiques, artistes, footballeurs, avaient dit leur révolte à la vue du visage tuméfié de Michel Zecler.

Pour le président, il s'agissait d'abord de poser des mots sur ces images. « Elles nous font honte », écrit-il. Fidèle à sa ligne, il n'emploie pas le terme de violences policières, demande « une police exemplaire avec les Français, des Français exemplaires avec les forces de l'ordre ». Et « au gouvernement de (lui) faire rapidement des propositions » pour « réaffirmer le lien de confiance » entre la police et la population (une promesse de campagne) et « pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations ».

VIDÉO. Michel Zecler, frappé par des policiers sous l'œil d'une caméra

Le chef de l'Etat se pose en « garant des libertés », d'expression, de la presse, de manifester. Son intention : apaiser, tandis que les tensions saturent l'atmosphère. Suffisant pour extraire l'exécutif de la tourmente ?

Sous le coup des critiques de l'opposition, des défenseurs des libertés publiques et des droits de l'homme, l'exécutif a vu, en cette fin de semaine, les levées de boucliers redoubler. Mais aussi sa majorité entrer en éruption avec une intensité rarement vue. En cause? La porte de sortie échafaudée pour tenter de trouver « des solutions d'apaisement sur l'article 24 », selon l'entourage de Darmanin. Las, elles ont conduit Jean Castex à se dédire en moins de 24 heures.

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Il est un peu plus de 20 heures, jeudi, lorsqu'un communiqué de Matignon annonce que le Premier ministre a « l'intention d'instaurer une commission indépendante, chargée de proposer à la représentation nationale une nouvelle écriture de l'article 24 ». Les parlementaires, mais aussi le président du groupe LREM Christophe Castaner ou le ministre des Relations avec le Parlement Marc Fesneau, le découvrent dans une dépêche AFP. Le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, non plus, n'a pas été consulté. Les téléphones chauffent, la majorité s'embrase. Christophe Castaner dit son « étonnement » au Premier ministre. Les boucles Telegram des députés LREM sont en surchauffe. Le groupe LREM ? Traité « comme une serpillière », y écrit une députée quand certains proposent de « faire un hémicycle vide ». Comment en est-on arrivé là ?

Gérald Darmanin a fait cette proposition au chef de l'Etat jeudi, lors d'un rendez-vous à l'Elysée, glissant même un nom pour piloter cette « commission ad hoc », celui du président de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH), Jean-Marc Burguburu. Le président s'y dit favorable. Suit un échange avec Jean Castex, et même une lettre dans laquelle Darmanin détaille sa proposition au chef du gouvernement. « Tout en maintenant l'article 24 dans la proposition de loi, je vous propose de désigner une commission ad hoc visant à étudier des pistes d'évolution possibles de sa rédaction dans le cadre de l'examen au Sénat », peut-on y lire.

La piqûre de rappel de Richard Ferrand

Jusqu'en début de journée vendredi, l'exécutif semble tenir sa ligne. Si bien qu'en fin de matinée Richard Ferrand sort du bois. Dans une lettre au Premier ministre, après un échange téléphonique avec celui-ci, il rappelle que « seul le Parlement écrit et vote la loi ». Une missive conclue ainsi : « Je vous serais donc reconnaissant de bien vouloir me confirmer qu'il ne s'agit effectivement en aucun cas […] de proposer une réécriture d'un article voté par l'Assemblée nationale. » Le président LR du Sénat, Gérard Larcher, prend aussi la plume en ce sens. Puis, le Premier ministre rétropédale, certifiant dans un courrier retour qu'« il n'entrera pas dans le périmètre de cette commission le soin de proposer une réécriture d'une disposition législative ».

« Pour l'instant, c'est lui qui prend le plus, ce qui est en partie injuste », observe un ministre. Il s'agit désormais de recoudre un lien abîmé. Divers rendez-vous sont programmés entre l'exécutif et les députés en début de semaine. Avant, aura eu lieu la manifestation de ce samedi contre le projet de loi sécurité globale. Interdite dans un premier temps par la préfecture de police, elle a finalement été autorisé par la justice.

Ce vendredi soir, un cadre ne pouvait que constater « le dégât ». Au sein de la majorité, mais aussi pour l'exécutif.