Vente de 18 Rafale à la Grèce : les dessous d’un deal

La ministre des Armées, Florence Parly, était à Athènes ce lundi pour la signature d’un méga-contrat de 2,5 milliards d’euros portant sur la vente de 18 avions de chasse français.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 La ministre de la Défense, Florence Parly, et son homologue grec Nikos Panayotopoulos, à Athènes ce lundi.
La ministre de la Défense, Florence Parly, et son homologue grec Nikos Panayotopoulos, à Athènes ce lundi. EPA/MAXPPP/Yannis Kolesidis

« C'est un voyage réjouissant, nous savourons notre plaisir », se félicite Florence Parly dans le Falcon 7X gouvernemental qui l'emmène ce lundi matin à Athènes. La ministre des Armées déploie dans la cabine le blouson aviateur en cuir bleu marine qu'elle s'apprête à offrir à son homologue grec, Nikos Panayotopoulos. C'est avec lui qu'elle va signer dans la capitale hellénique, flanquée des dirigeants de Dassault aviation et du fabricant de missiles MBDA, un méga contrat de 2,5 milliards d'euros pour la vente de 18 Rafale, dont six appareils neufs et douze d'occasion (outre les avions, le deal inclut leur armement et la formation de l'armée de l'air grecque).

« C'est une étape majeure, la première exportation de ce chasseur en Europe, souligne Parly. Un choix à la fois militaire et politique de la Grèce, qui joue la préférence européenne et fait avancer la défense commune ». Jusqu'ici, l'avionneur n'avait vendu son chasseur, fleuron de l'armée de l'air, qu'à l'Egypte, l'Inde et le Qatar.

La Turquie menace, la Grèce s'arme

En plus, ce contrat s'est conclu à une vitesse éclair, en quatre mois à peine (alors qu'il faut d'ordinaire des années de négociation), au long desquels la ministre a eu son homologue au téléphone « au moins une fois par semaine », fignolant les moindres détails. La tension en Méditerranée orientale, où la Turquie d'Erdogan multiplie les provocations (survols de chasseurs, incursions de navires de guerre…) et revendique des richesses sous-marines en hydrocarbures dans les eaux chypriotes et grecques, a évidemment pesé. Aucun dirigeant dans le monde ne joue autant du rapport de force qu'Erdogan, relève un expert stratégique.

Résultat, le 14 janvier, à peine 30 voix (sur 300 députés) se sont opposées à la Vouli (Parlement) à cet achat. « Nous avons un voisin belliqueux, huit fois plus peuplé et disposant d'une armée puissante, cette menace préoccupe davantage l'opinion que la pandémie de Covid-19 », confie une journaliste athénienne. Au point que le pays, au bord de la faillite il y a dix ans, multiplie par quatre ses dépenses militaires et allonge la durée de son service national. « Pour payer les Rafale, la Grèce emprunte sur les marchés, auprès desquels elle a retrouvé beaucoup de crédit grâce à ses efforts budgétaires », explique-t-on dans la délégation française.

Grâce aux 18 Rafale, et surtout à leur armement surpuissant de missiles air-air longue portée Meteor (construits par un consortium de pays européens), « la Grèce va retrouver la supériorité aérienne sur les F-16 turcs », assure un haut gradé français. Les six premiers chasseurs d'occasion, prélevés sur le parc de l'armée de l'air, seront livrés dès l'été prochain, des pilotes et mécaniciens grecs devant arriver prochainement à Bordeaux pour y être formés par Dassault. « Ils connaissent déjà la maison pour avoir été équipés de Mirage F1 puis 2000 », précise le général Philippe Lavigne, chef d'état-major de l'armée de l'air et de l'espace.

Vente de 18 Rafale à la Grèce : les dessous d’un deal

De nouveaux Rafale pour l'armée française

Problème, les pilotes français vont, eux, être « délestés » d'ici 2022 de douze appareils, dans un contexte déjà tendu en matière d'entraînement et d'OPEX (opérations extérieures) au Levant et au Sahel. La solution ? « D'abord, augmenter la disponibilité des avions, en multipliant l'acquisition de pièces (électronique, armement, équipement, etc.) pour pouvoir voler plus et compenser ces pertes, fait valoir le cabinet militaire de Florence Parly. Ensuite, de nouveaux Rafale seront commandés par l'Etat à Dassault (NDLR : dont les chaînes de montage produisent actuellement un appareil par mois) ». Les 400 millions d'euros tirés de la vente des 12 avions d'occasion seront d'ailleurs affectés à l'armée de l'air.

Dans la mire de la discrète Florence Parly, qui pourrait bientôt faire pâlir la réputation de super-VRP de l'armement français de son prédécesseur Jean-Yves Le Drian : la Croatie, qui serait tentée par des Rafale et la Grèce, encore, qui veut aussi s'équiper de quatre nouvelles frégates.