« Nous avons été trop confiants » : Ursula Von der Leyen, une présidente face aux ratés de la vaccination

Dans la tourmente depuis les ratés de la campagne de vaccination européenne, la présidente de la Commission s’est expliquée ce mercredi sur sa stratégie devant le Parlement européen. Portrait.

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C'est inhabituel pour un homme ou une femme politique. Ursula Von der Leyen a assumé deux erreurs. Ce mercredi, devant le Parlement européen, la présidente de la Commission européenne a admis que l'UE avait « sous-estimé les difficultés liées à la production de masse des vaccins ». « Nous avons été trop optimistes, et sans doute trop confiants sur la livraison en temps voulu des doses commandées », a-t-elle reconnu. Ensuite, elle a exprimé des « regrets » sur le contrôle des exportations de vaccins vers l'Irlande du nord, un faux pas certes rapidement corrigé mais que les Britanniques ont monté en épingle.

Un mea culpa inhabituel, « courageux » saluent même certains. Ce mercredi encore, elle va s'expliquer sur sa stratégie vaccins devant le Parlement européen. Une manière pour cette femme de 62 ans, toujours impeccable et souriante, de faire taire ceux qui lui reprochent de se défausser sur d'autres en cas de difficulté. L'hebdomadaire allemand Der Spiegel a par exemple décrit dans un article au vitriol ce qu'il appelle la « méthode Von der Leyen », résumée cruellement en « se taire et esquiver ».

Difficile d'esquiver quand les Européens ne sont pas vaccinés assez vite et que les fioles tant attendues sur le continent ne sont pas livrées. Travailler jour et nuit au treizième étage du quartier général de la Commission, en dormant dans une quasi-cellule monacale, ne suffit plus. Cette mère de sept enfants que son entourage surnomme parfois « la vestale de l'Europe » sert de bouc émissaire face à toutes les insatisfactions. Trop Allemande en Europe, trop Européenne en Allemagne, trop secrète, trop méfiante, trop lisse, trop obsédée par sa propre image. Les critiques donnent le tournis.

« Elle est paranoïaque »

A Berlin, la campagne électrique pour la succession d'Angela Merkel n'épargne pas l'ancienne ministre de la Défense. A Bruxelles, le Parlement européen, qui poussait ses propres candidats, tarde à lui pardonner sa désignation par les chefs d'Etat. A l'intérieur même de la Commission, une année de télétravail n'a pas facilité les choses et la greffe a du mal à prendre. « Elle est paranoïaque, cingle une source bruxelloise qui la côtoie. Elle a tellement peur de faire un faux pas qu'elle se méfie de tout ce qu'on lui dit. Son entourage semble convaincu que l'on s'en sort mieux à quelques-uns, au lieu de miser sur l'intelligence collective ».

A l'automne 2019, Ursula Von der Leyen a quitté Berlin avec son chef de cabinet et un conseiller en communication dans ses bagages, deux Allemands, à ses côtés depuis des années. « C'est vrai, elle travaille avec un cercle resserré, elle se contrôle beaucoup, elle n'est pas dans la connivence, analyse l'eurodéputée LREM Nathalie Loiseau. Mais en même temps, elle a vu venir la crise sanitaire, elle en a pris la mesure, elle a eu l'intuition de la stratégie vaccinale. Il faut réaliser que la Commission sort très largement de ce qui était auparavant son rôle ».

Avec la pandémie, l'institution et sa présidente ont dû gérer des stocks de masques ou de respirateurs. Aujourd'hui, c'est l'outil industriel qu'il faut surveiller pour s'assurer que la production de vaccins va suivre. La « gardienne des traités européens » n'était pas outillée pour gérer l'opérationnel. « Elle n'y était pas préparée, mais nous non plus » reconnaît un diplomate européen, pour qui les responsabilités sont partagées.

D'ailleurs, des leçons sont déjà tirées : Thierry Breton, le commissaire à l'industrie, vient d'être appelé à la rescousse, il va diriger une « taskforce » sur les vaccins adaptés aux nouveaux variants. Jusqu'ici, seule sa collègue de la santé parlait avec les labos, le signe d'une vision trop cloisonnée des tâches à la Commission. « Nous voilà actifs dans la vie quotidienne des gens. La nature des enjeux change pour nous. Les gens doivent comprendre que l'institution est en train de se réinventer » plaide son porte-parole Eric Mamer.

« Elle partage beaucoup d'idées françaises »

Côté français, pas question de se désolidariser dans la tempête. Au Parlement, les Macronistes plaident la cause de l'Allemande auprès de la famille libérale. « Lors de son audition face au groupe la semaine dernière, les Français avaient clairement pour consigne de la soutenir et de la féliciter » relève un observateur.

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Les perfides pointent que Paris protège une dirigeante nommée à l'initiative d'Emmanuel Macron. « Ursula Von der Leyen incarne une Europe qui s'affirme, il y a un soutien politique assumé, clarifie le secrétaire d'Etat aux affaires européennes Clément Beaune. Elle partage beaucoup d'idées françaises, du cadre d'achats commun pour les vaccins au plan de relance européen en passant par la politique de concurrence. »

Un regret tout de même, le président de la République l'a présentée comme « une parfaite francophone », mais la présidente de la Commission se lance peu en français en public, sauf quand elle lit un discours. La peur de ne pas être parfaite sans doute. Comment dit-on « lâcher prise » en allemand ?