Vaccination : où est passé le collectif de citoyens ?

Même s’ils n’ont toujours émis aucun avis, les 35 citoyens tirés au hasard ont un rôle à jouer, selon l’exécutif.

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 «Il reste encore une part importante de gens qui hésitent, donc le collectif n’est pas caduc», glisse le professeur Alain Fischer. (Illustration)
«Il reste encore une part importante de gens qui hésitent, donc le collectif n’est pas caduc», glisse le professeur Alain Fischer. (Illustration) LP/Arnaud Dumontier

Mais que devient le collectif citoyen chargé de donner son avis sur les vaccins? Annoncé en grande pompe par le président de la République le 24 novembre dernier, il avait pour objectif d'« associer plus largement la population » à la campagne vaccinale dans un contexte de méfiance, voire de rejet populaire. Composé de 35 citoyens représentatifs de la société française tirés au sort, il a été installé le 16 janvier dernier. Mais ses membres, qui ne parlent pas à la presse, n'ont toujours émis aucune recommandation… alors que près de deux millions de doses de vaccins ont déjà été administrées. L'opposition n'avait-elle donc pas raison d'y voir un « gadget », d'autant moins utile aujourd'hui que, sondage après sondage, le niveau de défiance pour la vaccination baisse sensiblement?

Côté exécutif, on continue de défendre l'utilité de cette instance citoyenne qui devrait être opérationnelle d'ici la deuxième moitié de février. Pour l'heure, les citoyens, novices sur les sujets de santé publique, se forment, nous explique-t-on. Après un premier week-end de travail lors de leur installation, ils ont rencontré des professionnels de santé, des élus locaux, notamment leurs maires, et se sont déplacés dans des centres de vaccination. « Ils sont en formation, ils ont plein de documents à lire, on ne peut pas leur demander de tout régler en quatre jours », les défend le professeur Alain Fischer, « monsieur vaccin » du gouvernement qui interagira avec eux régulièrement.

«Il trouvera toute sa place» lors de la campagne grand public

« Leur travail n'a pas pour but de réorienter la stratégie vaccinale mais de l'affiner au mieux au territoire », développe Alain Fischer selon lequel ladite stratégie sera de toute façon amenée à évoluer au fil des semaines au regard des informations sanitaires ou d'éventuels retards de livraison de doses. Les autorités misent sur le collectif citoyen pour juger aussi de sa communication alors que les publics ciblés seront de plus en plus larges (aujourd'hui, seuls des publics prioritaires ont accès au vaccin). Le gouvernement réfléchit notamment à une campagne de communication autour de mars pour encourager à la vaccination les plus de 65 ans sans comorbidité lorsque ce palier d'âge sera éligible.

Mais le collectif citoyen, pensé comme un outil de transparence, a-t-il encore un sens au moment où l'opinion s'est convertie majoritairement à la vaccination ? Oui, assurent les autorités qui ne cachent pas que c'est surtout au début de l'été, lorsque la campagne de vaccination grand public débutera - c'est-à-dire quand elle sera ouverte à la population non-prioritaire - que le collectif citoyen « trouvera toute sa place » pour émettre des avis.

« Il reste encore une part importante de gens qui hésitent, donc le collectif n'est pas caduc », glisse le professeur Alain Fischer. « L'opinion peut être versatile sur ces sujets-là, développe-t-on, prudent, au ministère de la Santé. Si demain, un incident se produit dans un pays européen, qu'il soit vrai ou faux d'ailleurs, cela peut avoir un effet sur l'opinion. »