Vaccination anti-Covid : Xavier Bertrand veut «faire bloc» avec le gouvernement

Début janvier, il dénonçait la «faute gravissime» d’Emmanuel Macron sur les vaccins. Mais, alors que se dessine la possibilité d’un troisième confinement, le président des Hauts-de-France adopte un ton différent.

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 «Nous ne réussirons cette accélération de la vaccination que si nous travaillons tous ensemble», déclare Xavier Bertrand.
«Nous ne réussirons cette accélération de la vaccination que si nous travaillons tous ensemble», déclare Xavier Bertrand. PHOTOPQR/La Provence/Stéphane Duclet

Quand il jugeait l'action du gouvernement sur la crise sanitaire, Xavier Bertrand donnait ces derniers temps le sentiment d'avoir mangé du lion. Mais lundi matin, sur RTL, le président (ex-LR) des Hauts-de-France a subitement fait voix et pattes de velours. « Il va falloir que l'on fasse bloc ensemble, le gouvernement et l'ensemble des élus. Que nous arrêtions de nous regarder en chiens de faïence les uns et les autres, […] Il faut qu'on arrête ça, c'est une question d'intérêt national, nous ne réussirons cette accélération de la vaccination que si nous travaillons tous ensemble. […]. On ne peut pas donner le sentiment que chacun est de son côté, dans son couloir », a déclaré celui qui, le 4 janvier dernier dans nos colonnes, dénonçait la « faute gravissime » d'Emmanuel Macron sur la lenteur vaccinale.

En politique aussi, il y a des mutations. Celle du patron des Hauts-de-France s'expliquerait par la perspective d'un troisième confinement. « J'ai senti la semaine dernière sur le terrain que les gens sont à bout, y compris des polémiques », glisse au Parisien le probable futur candidat à la présidentielle. « Se serrer les coudes, cela a du sens alors que nous allons vivre des moments hypercompliqués », ajoute-t-il. De quoi être vacciné contre tout accrochage avec l'exécutif? Pas vraiment. Évoquant la petite phrase de Macron sur les « 66 millions de procureurs », Xavier Bertrand promet qu'il y « reviendra plus tard, d'ici quelques mois ».

«On est à un point de bascule dans le pays»

Pour l'heure, il « attend le feu vert du gouvernement » pour organiser la vaccination dans sa région. « Si j'organisais de mon côté, ça ajouterait de la confusion », glisse-t-il encore, regrettant que certains de ses homologues, à l'instar de Renaud Muselier en Paca, aient exprimé leur souhait de passer commande de doses de vaccins directement auprès de laboratoires. Son modèle de collaboration Etat-régions est davantage tourné vers l'Allemagne où la chancelière Angela Merkel a récemment passé sept heures et demie en visioconférence avec les présidents de Länder : « Elle ne fait pas semblant… »

« Xavier Bertrand ne fait que réitérer encore et encore ce que les régions ont toujours dit : nous voulons simplement être associées », assure Jean Rottner, à la tête du Grand Est. Lui évoquait pourtant un « scandale d'Etat » début janvier. « J'ai eu des mots forts qui correspondaient à la situation du moment, assume-t-il, mais les choses se sont améliorées depuis… » Ce changement de ton dans les Hauts-de-France serait-il la face émergée de discussions en cours sur les régionales? Ni discussions, ni négociations, certifient les macronistes comme les amis de Bertrand. « C'est un discours d'intérêt général. On sent que l'on est à un point de bascule dans le pays avec un climat très anxiogène. Dans un tel climat, la guéguerre politique n'a pas sa place. C'est ce qui fait la différence entre les populistes et les autres », assure un proche de Xavier Bertrand.

«En étant caricatural, il y laissait des plumes»

Mais côté exécutif, on est plus sceptique. « C'est plutôt une façon pour lui de corriger le tir car il a pu constater qu'en étant caricatural dans les attaques ces derniers temps, il y laissait des plumes », observe un cadre de la majorité. « Au bout d'un an, il est savoureux de voir que Xavier Bertrand pense enfin à l'intérêt général », tacle un proche du président de la République. « L'attitude très agressive, qui a été celle de l'opposition, n'est pas plébiscitée. Que les Français aient des griefs envers l'exécutif, c'est clair. Mais les gens disent aussi : on n'aimerait pas être à votre place », avance un député LREM. Alors même qu'une majorité de Français portent un regard critique sur la gestion de l'épidémie, la popularité d'Emmanuel Macron ne s'effondre pas dans les enquêtes d'opinion.

« Tout le monde se demande s'il ferait mieux s'il était au gouvernement. La population n'accepte pas les propos exagérés », abonde le président de l'Assemblée des départements de France (ADF), Dominique Bussereau pour qui Xavier Bertrand adopte ainsi un « positionnement d'homme d'Etat ». Ça tombe bien, Xavier Bertrand a rencontré Nicolas Sarkozy mercredi dernier. L'ancien président de la République lui aurait-il conseillé de ne pas s'abîmer dans les controverses électorales ? « Bertrand a dû en tous les cas constater qu'on ne pouvait pas reprocher à Sarkozy le moindre défaut d'unité nationale, souligne un autre président de région. Du coup, il a eu peur de passer pour le mec qui ne pense qu'à sa gueule ! »