Sommet du G5 Sahel : un retrait massif des forces françaises «serait une erreur», estime Macron

Depuis Paris, le président français s’est félicité du chemin parcouru en un an. Lors du précédent sommet du G5 Sahel, à Pau, la situation était plus que tendue sur le terrain des opérations.

Le président français Emmanuel Macron a insisté ce mardi, en s’adressant aux membres du sommet du G5 Sahel de N’Djamena, sur la nécessité de renforcer à la fois la lutte contre les groupes djihadistes et le retour de l’Etat dans les territoires délaissés de la région.

Il y a un an, lors de l’ouverture de ce même sommet à Pau, qui réunit les pays participant à la force Barkhane (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso), « le constat de la situation au Sahel était critique », a reconnu le président en visioconférence depuis Paris. Les armées essuyaient des attaques quotidiennes et un sentiment anti-français était de plus en plus prononcé. La France a renforcé ses effectifs sur place, passant de 4500 à 5100 soldats au sein de Barkhane, et des Etats de l’Union européenne se sont davantage impliqués dans le nouveau groupement de forces spéciales Takuba, acceptant « ainsi de mutualiser le risque du sacrifice ultime que prennent nos soldats ». Début janvier encore, cinq militaires français, dont une première femme, avaient perdu la vie.

Un an plus tard, « nous avons réussi à obtenir de véritables résultats dans la zone des trois frontières », entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, a fait valoir Emmanuel Macron, et le principal groupe visé, l’organisation Etat islamique au grand Sahara (EIGS), « a perdu son emprise et subit de nombreuses pertes ». Le chef de l’Etat français a salué la décision prise lundi par le président tchadien Idriss Déby Itno d’envoyer 1200 soldats dans cette zone des « trois frontières ».

Mais les groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans et la katiba Macina, constituent toujours une menace au Sahel, a-t-il souligné. Il faut donc « une action renforcée » pour « essayer d’aller décapiter ces organisations ».

Pas de baisse « dans l’immédiat » des effectifs

Au-delà du volet militaire, le président français a insisté sur la nécessité de « donner une perspective aux populations du Sahel » par une meilleure coopération. Il faut, a-t-il plaidé, « un deuxième sursaut », que l’Etat réinvestisse les territoires délaissés de la région en ramenant « la sécurité et des services aux populations ». Un retrait massif des forces françaises « serait une erreur », a-t-il aussi estimé, en ajoutant qu’il n’y aurait pas de baisse « dans l’immédiat » des effectifs militaires français. «Des évolutions sans doute significatives seront apportées à notre dispositif militaire au Sahel en temps voulu mais elles n’interviendront pas dans l’immédiat», a-t-il déclaré, en expliquant qu’« il serait paradoxal d’affaiblir notre dispositif au moment où nous disposons d’un alignement politique et militaire favorable à la réalisation de nos objectif s».

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Plus de huit ans après le début de la crise, l’année 2020 a été terrible pour les militaires comme pour les populations civiles qui y vivent encore. Selon l’ancien ambassadeur de France au Mali, au Congo-Brazzaville et au Sénégal Nicolas Normand, qui a rédigé une longue contribution pour l’hebdomadaire Le Point, le Centre d’études stratégiques de l’Afrique a recensé pour l’année passée près de 4250 décès dans des violences au Sahel. Et c’est en janvier que le cap des 2 millions de déplacés a été franchi.

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