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Séparatisme : pourquoi Emmanuel Macron tarde à parler

Le président a préféré reporter son déplacement à Lunel (Hérault) où il aurait dû évoquer mardi ce sujet ultrasensible. Car le texte du futur projet de loi et, de fait, l’exécutif, ne sont pas prêts. Comme un malaise…

 Emmanuel Macron, le 4 septembre, lors du discours sur la République au Panthéon, qui était censé ouvrir une séquence régalienne durant tout le mois.
Emmanuel Macron, le 4 septembre, lors du discours sur la République au Panthéon, qui était censé ouvrir une séquence régalienne durant tout le mois.  LP/Frédéric Dugit

« Non. Ça ne va pas. On reporte ». Jeudi 17 septembre en fin de matinée, Emmanuel Macron était entouré d'une dizaine de ministres chargés du suivi des préparatifs du projet de loi consacré au « séparatisme ». La foudre du chef de l'Etat s'est abattue autour de la table. Texte pas assez abouti, manque d'implication pour certains, crainte de voir des articles retoqués par le Conseil constitutionnel… « Il était grognon », raconte un participant, allant jusqu'à parler « de petite paranoïa qui hante l'Elysée ». Surtout depuis la censure par les Sages, début août, de la proposition de loi LREM qui prévoyait des mesures de sûreté pour les détenus terroristes sortant de prison, au prétexte qu'elles portaient atteinte à « plusieurs libertés fondamentales ».

« Si on n'est pas béton cette fois-ci, tout le monde nous tombera dessus », a mis en garde Emmanuel Macron jeudi. Traduction d'un conseiller : « C'est un sujet très sensible, même explosif. Le président préfère qu'on prenne un peu plus de temps ». Résultat : le déplacement prévu mardi à Lunel, ville de l'Hérault d'où sont partis une vingtaine de jeunes djihadistes ces dernières années pour rejoindre les rangs de Daech en Syrie, a été repoussé. Macron devait y présenter les contours de la future loi, qui doit être débattue au Parlement d'ici début 2021.

« Lunel, il ne le sentait pas… »

« Cette loi sur le séparatisme, ça fait juste trois ans qu'on en parle », ironise un député de la République en marche. Ces derniers jours, pour préparer la venue présidentielle, des « reconnaissances » avaient été faites dans cette ville minée par le chômage. Officiellement, le Palais évoque le contexte du Covid-19 et le rebond de la crise sanitaire pour justifier ce report. « Mais Lunel, c'est quand même très marqué terrorisme, même un peu touchy pour venir parler communautarisme. Il ne le sentait pas », explique un confident du chef de l'Etat, alors que deux autres villes, Marseille et Grenoble, étaient également dans la balance.

Pour l'entendre sur le sujet, il faudra donc encore patienter… alors que le discours sur la République, prononcé le 4 septembre au Panthéon, avait été présenté par ses équipes comme le « point de départ » d'une séquence régalienne qui devait durer tout le mois. « On a quand même cette incroyable capacité à faire monter régulièrement des sujets, créer une attente, pour laisser après les gens sur leur faim », maugréé un conseiller. « Cela n'est pas un report sine die, on garde le calendrier fixé depuis la rentrée », jure un autre.

Emmanuel Macron ne devrait donc pas trop attendre pour prendre la parole : a priori, le 2 octobre, fait savoir son entourage, « le temps de tout revisser ». D'ici là, « ça réunionne très fort sur le dossier, au niveau des services de l'Intérieur, de l'Elysée et Matignon », assure-t-on au sein de l'exécutif, avec une consigne claire pour tout le monde : « On ferme notre g… Macron exige le silence radio des ministres et des collaborateurs pour éviter les fuites. On a des warnings monstrueux », confie un directeur de cabinet.

Des crispations avec Blanquer sur les sorties scolaires

C'est que les points d'interrogations, et de crispations, sont encore nombreux. Selon nos informations, plusieurs passes d'arme entre le chef de l'Etat et certains ministres ont eu lieu ces derniers jours. Avec Jean-Michel Blanquer, par exemple, qui était favorable à l'idée de graver dans la loi l'interdiction du port du voile dans les sorties scolaires. Macron a dit non, car trop clivant dans la société. Les réactions divisées qu'a suscitées en fin de semaine – y compris au sein de la majorité - la polémique sur l'étudiante voilée de l'Unef auditionnée à l'Assemblée nationale, ont confirmé son impression.

« De toute façon, avec le voile, il n'est pas à l'aise », confie un député d'En marche. D'autant que le projet de loi sur les séparatismes (le Palais tient au pluriel), qui doit être présenté en Conseil des ministres « fin novembre ou début décembre », puis examiné en première lecture début 2021, comportera d'autres points sensibles : la question de la neutralité dans les services publics, le financement des associations loi 1901 ou encore la place du religieux dans l'éducation et dans le sport. En somme, que des sujets potentiellement explosifs.