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S’habiller «d’une façon républicaine» : mais que voulait dire Jean-Michel Blanquer ?

Alors que la petite phrase du ministre fait beaucoup parler ce lundi, ses équipes assurent qu’il parlait d’une tenue « simple », mais que l’uniforme n’est pas à l’ordre du jour.

 Jean-Michel Blanquer avec Jean-Yves Le Drian lors des cérémonies protocolaires de l’arrivée du Tour de France. (Illustration)
Jean-Michel Blanquer avec Jean-Yves Le Drian lors des cérémonies protocolaires de l’arrivée du Tour de France. (Illustration) Anne-Christine POUJOULAT/AFP

Les enfants et adolescents français vont-ils devoir se fournir à la boutique de l'Elysée pour aller en cours? Évidemment, non. Mais, alors qu'il était interrogé ce lundi matin sur l'émergence du mouvement « #lundi14septembre », porté par des collégiennes et lycéennes désireuses de porter ce qu'elles veulent, Jean-Michel Blanquer a usé sur RTL d'une formule pour le moins surprenante : il les a appelées à « s'habiller de façon républicaine ».

« L'école n'est pas un lieu comme les autres », a développé le ministre de l'Education nationale. « Vous n'allez pas à l'école comme vous allez à la plage ou en boîte de nuit […] Chacun peut comprendre qu'on vient à l'école habillé d'une façon républicaine », a-t-il dit.

Un vocabulaire qui a immédiatement provoqué des railleries sur les réseaux sociaux. « On vient à l'école habillé d'une façon républicaine », paraît-il. Bon lundi ! » s'est ainsi amusée la chanteuse Jeanne Cherhal.

« Envie d'envoyer mes gosses a l'école en string à cocarde maintenant » ironise encore cette internaute.

« Est-ce que les chaussettes dans les tongs c'est républicain ? Merci à Jean-Michel Blanquer de permettre des reformulations inédites de nos débats d'idées qui étaient trop figés » se gausse encore, cet ancien habitué des cabinets ministériels.

Le mythe de l'uniforme

Alors, que voulait dire Jean-Michel Blanquer ? Il voulait juste promouvoir « une tenue simple », nous dit son cabinet. « De façon républicaine ne sous-entend pas que ce sont les vêtements qui sont républicains, mais l'École qui est républicaine », insiste-t-on. « Il s'agit donc d'avoir une tenue adaptée au lieu où l'on se trouve, en l'occurrence un lieu public, qu'on partage avec tous, où s'appliquent le vivre ensemble et le respect d'autrui, et non pas un lieu privé, familial, intime » souligne le service de presse. Et qui pour juger si la tenue est adéquate ? « L'École est un lieu d'étude, d'apprentissage, et les chefs d'établissement et les directeurs d'école ont toute notre confiance pour le faire respecter au cas par cas » concluent les services du ministère.

En clair, Jean-Michel Blanquer ne prône pas le retour à l'uniforme dans le public. Car si vous tapez « vêtement républicain » dans Google, excepté un lien vers la boutique officielle de l'UPR, le mouvement politique de François Asselineau, c'est bien l'uniforme qui revient. « La seule façon dont la République a pu s'intéresser au vêtement, c'est l'uniforme scolaire » confirme Chloé Demey, co-auteur du livre « Histoire des modes et du vêtement : du Moyen Âge à aujourd'hui… ». Et encore, l'uniforme, qui renvoie dans l'imaginaire à une sorte d'âge d'or de l'Education nationale, est un mythe : obligatoire sous le Consulat, dans les lycées en 1802 puis les écoles à partir de 1803, comme le rappelle le site spécialisé dans la mode « Les petites mains » - qui détaille d'ailleurs les redingotes imposées à l'époque, il n'a eu de cesse durant les deux siècles suivants de devenir l'apanage du privé. « L'uniforme dans le public est une légende tenace », précisait il y a quelque temps l'historien de l'Education Claude Lelièvre, dans Ouest-France.

Le « neutre de bon ton » des années 50

Aujourd'hui, seules les écoles privées ou militaires peuvent imposer un uniforme obligatoire. Dans les établissements publics, la question de la tenue vestimentaire à l'école est régie par un seul texte de loi : la loi du 15 mars 2004 qui statue sur l'interdiction des signes ostentatoires d'appartenance religieuse. Par ailleurs une circulaire ministérielle datant de 2011 évoque également le port d'une « tenue convenable » pour les établissements du secondaire. Dans ce contexte tout directeur d'établissement scolaire peut ainsi demander à un élève d'enlever un vêtement comportant des inscriptions racistes ou appelant à la violence, et au besoin l'exclure jusqu'à ce qu'il se conforme aux impératifs de « respect de l'ordre public ».

Dans ce contexte , que veut dire le ministre quand il parle de tenue « correcte » ? « La tenue convenable dans nos sociétés occidentales est historiquement un vêtement qui doit passer inaperçu. C'est le vêtement du juste milieu, le neutre de bon ton des années 50 », explique Denis Bruna, conservateur en chef du département mode du Musée des Arts décoratifs de Paris.

Mais l'enfant est bien libre de porter ce qu'il veut… dans l'école de la République.