Rémi Cardon, 26 ans, nouveau benjamin du Sénat

Elu dans la Somme à la tête d’une liste d’union de la gauche, Rémi Cardon est désormais le plus jeune sénateur de l’histoire de la Ve République.

 A 26 ans, Rémi Cardon se retrouve élu au Sénat, au milieu de collègues âgés de… 61 ans en moyenne.
A 26 ans, Rémi Cardon se retrouve élu au Sénat, au milieu de collègues âgés de… 61 ans en moyenne. LP/Olivier Corsan

Mais que cherche-t-on quand, à 26 ans, on est candidat pour intégrer une institution à l'image un peu vieillotte et parfois qualifiée de « ringarde »? « Oui, il fallait de l'audace », reconnaît en souriant Rémi Cardon. Dimanche, le jeune homme aux cheveux bruns et à la fine barbe est devenu le plus jeune sénateur de la Ve République. Cette victoire, à la tête d'une liste d'union de la gauche dans la Somme, il l'a accueillie, dit-il, avec « émotion, humilité, et enthousiasme ».

Né à Amiens le 3 mai 1994, Rémi Cardon est « tombé dans la marmite » de la politique. Issu d'une famille de gauche, il se rappelle, amusé, s'être retrouvé sur les épaules de son père, conseiller municipal d'opposition (PS) à Amiens, lors de certaines manifestations. « Très jeune, j'ai collé des affiches et participé à des manifs », raconte-t-il.

En parallèle, il est souvent élu délégué de classe et s'investit beaucoup dans le milieu associatif. A 15 ans, il prend sa carte au Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Huit ans plus tard, le voilà catapulté secrétaire fédéral du PS dans la Somme. Entre-temps, il a été élu conseiller municipal à Camon. Une ascension éclair, couronnée aujourd'hui par son arrivée au Sénat.

«Il a l'air tout gentil et timide, mais il est totalement déterminé»

« A un an près, c'était Napoléon au pont d'Arcole ! », s'exclame Patrick Kanner. Le 17 septembre, le patron des sénateurs socialistes était allé soutenir celui qu'il va désormais côtoyer dans l'hémicycle du palais du Luxembourg. « Il a l'air tout gentil et timide, mais il est totalement déterminé. Il a été élu de haute main alors que ce n'était pas du tout gagné, il a tout de suite compris ce qu'il fallait faire : l'union de la gauche et aller sur le terrain », félicite l'élu, qui attend de son poulain qu'il apporte « une vision fraîche de la vie politique ».

Chef de projet numérique au sein d'une grande entreprise de télécommunications (un poste dont il prévoit de démissionner pour se consacrer à 100 % à son mandat), Rémi Cardon avait « l'habitude de travailler avec les collectivités territoriales ». D'où son souhait d'intégrer le Sénat, « l'Assemblée des territoires » par excellence. Une vingtaine de réunions publiques et des milliers de kilomètres parcourus plus tard, le voilà élu au milieu de collègues âgés de… 61 ans en moyenne (contre 51 ans pour les députés)!

« J'avais un profil un peu perturbant et très atypique. […] On évoque souvent le train de sénateur, mais pour l'instant c'est surtout un TGV ! Il y a plein de choses à faire, à apprendre », souffle-t-il, entre deux sollicitations. Il chipe à David Rachline (Rassemblement national), de cinq mois son aîné, le statut de plus jeune sénateur. « C'est un beau symbole que le PS reprenne ce flambeau », savoure Patrick Kanner.

Au service des «territoires»

Le nouveau sénateur de gauche débarque dans une assemblée encore plus solidement ancrée à droite depuis dimanche. Lui, refuse de se positionner au sein des différentes chapelles socialistes.

S'il dit avoir « beaucoup apprécié la démarche politique d'Arnaud Montebourg avec le Made in France », il se qualifie de « proche d'Olivier Faure (NDLR : le Premier secrétaire du PS) ». En tant que benjamin de la Haute assemblée, il participera ce jeudi au dépouillement pour l'élection à la présidence du Sénat, qui ne devrait pas échapper à Gérard Larcher. Sa priorité, désormais, est d'être au service des « territoires », de promouvoir la « décentralisation » et de « défendre les services publics pour résoudre la fracture numérique dans le pays ».

S'il assure ne pas chercher la lumière, le jeune élu sait qu'une partie des caméras et des micros sera braquée sur lui pour sa première séance. Avec de plus grandes ambitions dans un coin de la tête ? « Déjà, je digère mon élection et mon nouveau mandat. Une fois que j'aurais démontré qu'un sénateur peut être utile, peut-être que je réfléchirai à la suite… »