Reconfinement : Macron et le spectre de la désobéissance civile

Alors qu’a lieu ce mercredi un conseil de défense, des proches du président alertent sur le refus d’une partie de la population de se voir imposer de nouvelles restrictions…

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 Alors que le suspens demeure sur l’annonce d’un possible confinement cette semaine, le gouvernement s’inquiète de l’acceptation des mesures par l’opinion.
Alors que le suspens demeure sur l’annonce d’un possible confinement cette semaine, le gouvernement s’inquiète de l’acceptation des mesures par l’opinion. LP/Arnaud Journois

Après des mois de restrictions en tous genres, les Français supporteraient-ils un troisième confinement? Autour du président, certains commencent à se poser sérieusement la question. « D'un point de vue sanitaire, si tout le monde pouvait rester chez soi, ce serait formidable. Mais d'un point de vue politique, on est sur un terrain glissant, estime l'ancien ministre de l'Intérieur et président du groupe LREM à l'Assemblée Christophe Castaner. Le risque en refermant le pays, c'est la désobéissance civile de certains. »

La désobéissance… Le mot est lâché. « Si on dit à des gens de ne pas sortir mais qu'ils sortent quand même, on sera désarmés, reconnaît une ministre. Aujourd'hui, plus personne n'accepterait un reconfinement complet, à moins qu'il y ait des milliers de morts chaque jour. » Lors du petit-déjeuner de la majorité, ce mardi matin à Matignon, Jean Castex n'a pas esquivé le problème. Le Premier ministre « a redit que les décisions seraient prises sur une ligne de crête entre l'urgence possible compte tenu du variant et l'acceptabilité de la situation », rapporte un participant.

L'opinion publique est soumise à rude épreuve. Restaurateurs dépités, indépendants qui tournent en rond, étudiants reclus chez eux, parents angoissés à l'idée que les écoles ferment : le désarroi gagne du terrain. Au gouvernement, plusieurs poids lourds ont tiré la sonnette d'alarme comme Jean-Michel Blanquer et Bruno Le Maire. La lassitude croissante d'une partie de la population pourrait dissuader le pouvoir d'enclencher un confinement préventif, tant que l'effet du couvre-feu généralisé à 18 heures n'est pas clairement connu. Il faudra attendre ce week-end pour avoir des chiffres fiables.

«Tout un pan de notre société qui peut basculer… et se radicaliser»

« Les gens peuvent péter les plombs si on leur laisse penser qu'on va refermer les écoles, lâche un conseiller gouvernemental. Ils vont se souvenir des portes qui claquent au nez de leurs enfants, pendant le premier confinement. » Dans un pays marqué par la crise des Gilets jaunes, une goutte d'eau peut faire déborder un vase déjà ébréché, craignent d'ailleurs certains élus. « Tout un pan de notre société qui peut basculer… et se radicaliser, redoute un parlementaire LREM. On n'est pas dans une embolie du système hospitalier, malgré les 22 000 cas par jour, ça peut tenir. Et donc on peut encore attendre avant d'envisager un confinement. C'est un questionnement que le président porte lui-même. »

Dans ce contexte, les scènes de violences aux Pays-Bas contre les décisions gouvernementales ne sont pas passées inaperçues. « On parle d'un pays qui n'avait pas confiné jusqu'à présent, de tradition très libérale, relativise un conseiller de poids. Chez nous, les gens ont respecté le port du masque et ont compris en général les mesures restrictives. » Reste que les variants font peser de sombres menaces sur l'avenir. Et sur le moral des Français, dans une société minée par la défiance. « Le danger, ce sont des gens qui se rebiffent et qui refusent tout simplement de se soumettre aux nouvelles restrictions car ils considèrent qu'ils n'ont plus rien à perdre, s'inquiète un intime du chef de l'Etat. Il faut faire gaffe. Si des coiffeurs décident de rester ouverts par exemple, on fait quoi? On envoie plein de petits Gérald Darmanin pour leur dire de rester fermés? »