AbonnésPolitique

Reconfinement, attaque de Nice… Jean Castex, une journée sur deux fronts

Tout au long de ce jeudi hors-norme, le Premier ministre a jonglé entre les deux crises, sanitaire et terroriste, encaissant aussi les nombreuses critiques de l’opposition sur la gestion par le gouvernement du Covid-19.

 Si Emmanuel Macron a pris en charge ce jeudi le front sécuritaire, Matignon et Jean Castex se sont occupés du front sanitaire.
Si Emmanuel Macron a pris en charge ce jeudi le front sécuritaire, Matignon et Jean Castex se sont occupés du front sanitaire. Thomas Padilla

Costume gris, journée noire. Il est 9h45 ce jeudi, Jean Castex vient de clore une demi-heure de discours devant l'Assemblée nationale, pour défendre et expliquer la lourde décision de reconfiner le pays. « L'épreuve qui nous frappe est inédite, nous devons faire corps », vient-il de conclure, face à un hémicycle mi-conquis, mi-railleur. Il retire ses lunettes, dévale les marches qui lui font quitter la tribune. Un collaborateur le stoppe net, lui glisse un mot. Le Premier ministre remonte. Il charge Richard Ferrand, installé sur son Perchoir, de prévenir les députés de l'attentat qui a frappé Nice quelques dizaines de minutes plus tôt et de procéder à une minute de silence. Coup de froid sur le Palais Bourbon.

VIDÉO. Attaque de Nice : l'Assemblée nationale observe une minute de silence

Castex s'excuse, puis s'éclipse pour filer au ministère de l'Intérieur, où a été montée la cellule de crise chargée de suivre le dossier terroriste. Pendant ce temps, nombreux sont les députés hors majorité, tout en prenant toujours la précaution d'avoir un mot pour les victimes de Nice, qui ne renoncent pas à tacler la gestion gouvernementale du Covid-19. « Incompétence ou négligence? », interroge la socialiste Valérie Rabault, qui aurait préféré interrompre ce débat, au vu des circonstances. D'autres pointent « les errements » du gouvernement, quand Jean-Luc Mélenchon regrettera que le Parlement ne soit qu'une chambre d'enregistrement des décisions de l'exécutif.

« Un homme décide de tout, tout seul, entouré de ce conseil de défense hors sol », tacle l'Insoumis. Le chef de file des députés LR Damien Abad met en cause « le déconfinement raté », prévient que le prochain ne doit pas être « synonyme de déconfiture ». La droite voulait voter contre le plan du gouvernement, elle s'abstient finalement, pour ne pas ajouter de la dissension au drame que traverse le pays, en ce jeudi matin hors du commun. Au final, 399 votes pour, 27 votes contre.

Les critiques pleuvent au Sénat

Jean Castex revient plus tard dans la matinée. Emmanuel Macron, en partance pour Nice avec quelques ministres, prend le front sécuritaire. Charge à Matignon de s'occuper du front sanitaire. « On ne peut pas se permettre qu'une actualité écrase une autre. Le risque de donner l'impression de sauter d'une séquence à l'autre, c'est aussi tendre le bâton aux oppositions qui dans quinze jours nous reprocheront d'avoir trop fait ceci ou pas assez fait cela », juge un conseiller ministériel, pour qui la répartition des rôles entre le président et le Premier ministre est « indispensable » : « Les Français sont sous le choc de ce qui s'est passé à Nice, et aussi sous le choc de ce qui leur a été annoncé la veille. »

Dans l'hémicycle, l'ancien maire de Prades répond vertement aux critiques qui ont fusé en son absence, rappelant que la situation de crise est européenne. « Si nous avons soi-disant raté le déconfinement en France, alors il a été raté partout ! », s'agace le Premier ministre. Piqué à vif, il le sera aussi au Sénat, dans l'après-midi. Ici la majorité n'est pas acquise au président, les critiques pleuvent. La voix de Castex part dans les hauteurs, il refuse de s'entendre dire que le gouvernement serait « les jouets du conseil scientifique ». Il est 16h45. Le Sénat décide d'infliger un camouflet au gouvernement, et rejette la déclaration du gouvernement : 178 voix contre, 130 pour, 27 abstentions. A 18 heures pétantes, Emmanuel Macron tweete : « J'appelle à l'unité de tous. » Jean Castex retweete.

18h30. Pas question non plus de revenir sur la conférence de presse où les ministres doivent là aussi faire la pédagogie des mesures qui vont accompagner le reconfinement. Là encore, c'est sur « l'attaque ignoble » que débute Castex, avant de reprendre le sujet sanitaire des deux mains. Les deux crises se seront télescopées toute la journée, le téléspectateur, lui, est groggy. La journée se termine, enfin. Entretiens avec Messeigneurs Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, et Michel Aupetit, archevêque de Paris pour témoigner le soutien du gouvernement avec la communauté catholique. Alors que le pays semble à peine entamer son chemin de croix.