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Rachida Dati : «Le Covid est devenu le prétexte pour ne plus rien faire»

Dans un entretien au Parisien - Aujourd’hui en France, la maire (LR) du VIIe arrondissement de Paris réagit à l’alerte sanitaire maximale appliquée à la capitale dans la crise du coronavirus. Et dit croire aux chances de la droite en 2022.

 «Depuis le début de cette crise sanitaire, le gouvernement comme la Mairie de Paris n’ont eu aucune vision ni aucune anticipation», juge Rachida Dati.
«Depuis le début de cette crise sanitaire, le gouvernement comme la Mairie de Paris n’ont eu aucune vision ni aucune anticipation», juge Rachida Dati. LP/Olivier Arandel

Après le passage de Paris et sa petite couronne en alerte maximale face à l'épidémie de Covid-19, la maire du VIIe arrondissement Rachida Dati regrette un manque de « vision » et d'« anticipation » du gouvernement et de la maire de Paris Anne Hidalgo dans la gestion de la crise sanitaire. Dans un entretien au Parisien - Aujourd'hui en France, la présidente du groupe LR au Conseil de Paris, qui n'exclut pas une candidature à la présidentielle, se dit convaincue que, si elle mène « une vraie campagne, la droite gagnera en 2022 ».

Paris passe en état d'alerte maximale. Les bars ferment, les restaurants restent ouverts à condition d'appliquer un protocole strict. Etait-ce la bonne décision à prendre ?

RACHIDA DATI. Depuis le début de cette crise sanitaire, le gouvernement comme la Mairie de Paris n'ont eu aucune vision ni aucune anticipation. A Paris, j'avais proposé de créer une direction des préventions et risques sanitaires qui aurait, par exemple, pu identifier tous les lieux disponibles pour permettre une distanciation sociale et éviter de fermer des classes, des crèches ou de renvoyer les étudiants chez eux. Ceux qui vont à l'université ne sont pas les plus privilégiés et nous allons encore aggraver les inégalités.

Que fallait-il faire pour anticiper ?

Regardez l'Italie, la Suisse et beaucoup d'autres pays européens. Ils se sont adaptés à la crise sanitaire pour éviter de vivre sous le couperet du reconfinement. Cela va d'une politique de dépistage rapide et ciblée aux aménagements des équipements publics et structures d'accueil avec, par exemple, des salles d'isolement. Les pays qui ont pris ces mesures ne vivent plus la crise sanitaire comme une désorganisation et un état d'urgence quotidiens. Anne Hidalgo est plus occupée à gérer ses problèmes avec les écologistes et les affaires de harcèlement sexuel à l'Hôtel de Ville que d'aménager et d'équiper Paris. Paris est à genoux économiquement. Elle est victime de toutes les insécurités, sanitaires, sociales et sécuritaires et la seule préoccupation de l'exécutif est de faire des coronapistes…

Qu'auriez-vous fait de plus à la place d'Anne Hidalgo ?

Nous avions demandé un Conseil de Paris dédié à toutes ces insécurités et au soutien des secteurs économiques fragilisés. Anne Hidalgo nous l'a refusé.

Le gouvernement doit-il maintenir ses réformes comme celles des retraites ou de l'assurance chômage ?

Même avant la crise, ces réformes étaient vouées à l'échec, et on parlait du 49.3 pour passer en force. Le Covid est devenu le prétexte pour ne plus rien faire et masquer l'absence de cap du gouvernement. C'est au contraire en période de crise qu'il faut avoir un cap.

Vous êtes féministe. Comprenez-vous le féminisme radical incarné par la militante et élue Europe Ecologie-les Verts Alice Coffin ?

Certains de ses propos peuvent paraître excessifs, mais je ne veux pas porter de jugement, parce que le combat féministe est un combat qu'il ne faut pas atténuer. Chacun son féminisme, il est à l'aune de ce que vous avez vécu. Quant à Anne Hidalgo (NDLR : qui s'oppose aux positions de Coffin), son féminisme est à géométrie variable.

Le président des Républicains Christian Jacob a renvoyé à mars la discussion sur le processus de désignation d'un candidat LR à la présidentielle. A-t-il raison ?

Je me range à la décision qui a été prise. La seule chose qui me préoccupe est que nous ayons un candidat de droite à la présidentielle. Je mets en garde contre les sondages. Les sondages qui vous annoncent que tout est joué d'avance, cela contribue à la démobilisation, à l'abstention et à notre affaiblissement démocratique. Je mets aussi en garde Emmanuel Macron : l'élection par rejet du vote RN ne fonctionnera pas éternellement.

Vous dites qu'il faut absolument un candidat de droite. Vous sentez des tentations chez certains LR d'aller du côté de LREM ?

Je vois des interrogations, c'est vrai. Mais, attention, les trahisons ne payent pas sur le plan électoral. Les dernières élections l'ont démontré, à Paris comme ailleurs.

La droite attend-elle encore François Baroin ?

Je ne pense pas, les signaux qu'il envoie sont clairs.

Dans le journal anglais The Times, vous avez dit vouloir « être présidente »…

Le journaliste m'a demandé : « Vous vous voyez où en 2022 ? » Je lui dis : « A l'Elysée. » Il me relance : « Présidente ? » Je lui réponds : « Pourquoi pas ? » Moi ou un autre, je suis convaincue que, si nous menons une vraie campagne, la droite gagnera en 2022. C'est une certitude. Il faut aller sur le terrain, il faut convaincre, il faut donner envie. Une campagne ne se fait pas à reculons.

Mais, clairement, vous voulez être candidate ou pas ?

Mon ambition, c'est que la droite gagne la présidentielle de 2022. Nous la gagnerons collectivement.