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Rachida Dati : «J’ai une envie, une vision»

Dans un entretien au Parisien-Aujourd’hui en France, l’ex-garde des Sceaux et candidate malheureuse à la mairie de Paris évoque la présidentielle de 2022 et son « rôle à jouer » pour la droite.

 Paris, le 21 juillet. « Ce sera à ma famille politique de choisir un candidat » pour 2022. « Il n’y a pas d’homme ou de femme providentielle, assure Rachida Dati.
Paris, le 21 juillet. « Ce sera à ma famille politique de choisir un candidat » pour 2022. « Il n’y a pas d’homme ou de femme providentielle, assure Rachida Dati. LP/Olivier Arandel

Un « rôle à jouer » pour la droite en 2022? Dans un entretien au Parisien - Aujourd'hui en France, Rachida Dati évoque « son envie » et « sa vision » politique, dans laquelle « beaucoup de sujets », dit-elle, « dépassent Paris ». Et met en avant une méthode, qui, assure-t-elle, « peut porter ses fruits au niveau national ».

La maire du VIIe arrondissement de Paris, candidate malheureuse à l'Hôtel de Ville, attaque Anne Hidalgo et sa « bureaucratie municipale », qu'elle accuse de servir « d'autres ambitions » que celles d'améliorer la vie des Parisiens. Elle critique également les orientations du nouveau gouvernement de Jean Castex et répète que Gérald Darmanin « ne peut pas rester » au ministère de l'Intérieur.

Quel rôle entendez-vous jouer au Conseil de Paris lors de cette nouvelle mandature Hidalgo ?

RACHIDA DATI. Nous continuerons à défendre les intérêts des Parisiens en menant une opposition exigeante et je n'hésiterai pas à tirer la sonnette d'alarme en cas de nécessité. Les conseillers de Paris de mon groupe continueront sans relâche à aller sur le terrain pour être les porte-parole des Parisiens au Conseil de Paris. Anne Hidalgo a annoncé de nouvelles taxes, contrairement à ses engagements de campagne, pour masquer une gestion erratique, déjà dénoncée par la chambre régionale des comptes depuis 2016. Cela démontre l'opacité de l'utilisation des fonds publics pour masquer des déficits de la Ville. Nous demanderons donc de nouveau au corps de contrôle de nous aider à y mettre fin.

Elle s'est pourtant bien entourée avec 37 adjoints…

Cela représente l'équivalent de 40 cabinets ministériels, car il faut ajouter trois conseillers délégués aux 37 adjoints. Outre la gabegie en termes de finances publiques, il est bien clair que cette armée mexicaine a été constituée pour des projets politiques autres, qui n'ont rien à voir avec la gestion de Paris. Sans doute pense-t-elle à la présidentielle, là encore, contrairement à ses engagements de campagne.

Vous l'accusez d'utiliser les moyens de la Ville pour préparer une campagne présidentielle ?

En tous les cas, j'observe que les intitulés des délégations des adjoints ne correspondent pas aux compétences d'une municipalité ou d'un département. Imaginez si les départements limitrophes faisaient la même chose ? Cette bureaucratie municipale n'a pas pour but d'améliorer la vie des Parisiens mais de servir à d'autres ambitions.

On ne peut pas être présidentiable et maire de Paris ?

Si, mais alors, il ne faut pas tromper les électeurs.

La participation à Paris a été très faible. Comment résoudre la crise démocratique ?

Il faut veiller à ce que les gens soient bien inscrits sur les listes électorales et leur dire qu'ils doivent aller voter. Sous réserve qu'il n'y ait pas d'obstacle juridique, je suis favorable au vote obligatoire. Il aurait cette vertu d'obliger les responsables politiques à considérer tous les électeurs, et pas seulement ceux qui leur sont d'emblée acquis. L'autre vertu serait d'obliger les élus à débattre sur tous les sujets de fond et à répondre à toutes les questions, ce qu'Anne Hidalgo a refusé de faire lors de la campagne.

Auriez-vous pu rejoindre le gouvernement Castex ?

Même si l'on m'avait proposé, je n'y serais pas allée. Tout n'est pas possible en politique. Ce qui suscite l'adhésion, c'est la clarté sur les valeurs. Même ceux qui n'étaient pas d'accord avec moi pendant la campagne à Paris disaient que j'étais dans la clarté de mes convictions et la cohérence de mon projet.

Et Jean Castex, il n'est pas clair ?

Concernant Jean Castex, je n'ai entendu aucune proposition qui puisse répondre aux attentes des Français et, notamment, des classes moyennes et des plus modestes. Le problème majeur aujourd'hui est la sécurité. Pour cela, il faut un ministre de l'Intérieur respecté par les Français et les forces de l'ordre. L'inverse a été choisi !

Le Premier ministre n'est-il pas un homme de terrain ?

Jean Castex est depuis très longtemps dans la haute fonction publique. Depuis très longtemps, les postes qu'il occupe attestent qu'il est loin d'être un simple élu local.

Que pensez-vous de la proposition du nouveau garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti d'encadrer militairement les jeunes délinquants ?

Réinsérer des mineurs délinquants, c'est un métier et une expertise. Ce n'est pas celui de l'armée. A travers cette proposition, quelle image donne-t-on des soldats de la France ? Pour les mineurs délinquants, il y a des structures et des réponses pénales à développer, comme je l'ai fait comme garde des Sceaux, avec les établissements pénaux pour mineurs, qui intègrent des formations et des activités obligatoires pour empêcher toute récidive !

Le garde des Sceaux a-t-il raison de vouloir mettre en œuvre un système de responsabilité des juges ?

Pour cela, il faudrait modifier la Constitution. En moins de 600 jours, ça semble difficile. Aujourd'hui, l'urgence est de définir une politique pénale claire pour mettre fin à la spirale de l'augmentation des violences, de l'insécurité et mettre des moyens pour faire exécuter les peines prononcées.

Faut-il revoir l'existence du Parquet national financier (PNF) ?

J'ai été choquée par ce que l'on a appris récemment, notamment concernant les pressions qu'aurait subies l'ancienne procureure financier Eliane Houlette (NDLR : dans l'affaire du Penelopegate, concernant François Fillon). Il faut connaître les raisons de ce dysfonctionnement et prendre des sanctions en conséquence, s'il apparaît qu'il y a eu une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Comment voulez-vous restaurer la confiance vis-à-vis de la justice s'il existe des suspicions de cette nature sur certains magistrats ?

Eric Dupond-Moretti dit qu'il est « féministe ». Etes-vous convaincue ?

Je ne lui connais pas de comportements sexistes. Les propos qu'il a tenus par le passé sont sans doute discutables, mais je ne veux pas lui faire de procès d'intention. Je pense que toute violence faite aux femmes, quelle qu'en soit la nature, doit donner lieu à une interpellation et à un déferrement. Il ne faut pas que ce soit simplement un rappel à la loi. Donc, j'attends de voir sa politique pénale. Il ne suffit pas de se promener dans les commissariats pour dire bravo aux forces de l'ordre, comme le fait le ministre de l'Intérieur sans aucune vision globale de ce que doit être une politique de sécurité.

Vous évoquez Gérald Darmanin. Vous êtes montée au créneau le concernant. Demandez-vous qu'il s'en aille ?

Je pense qu'il ne peut pas rester. Le ministère de l'Intérieur est celui de la protection des victimes. Or, dans l'affaire ouverte, il va y avoir des actes de procédure, des confrontations, des auditions, voire des perquisitions, qui se font avec la police. Se déporter quand on est ministre, ce n'est pas possible. C'est une faute politique grave d'Emmanuel Macron de l'avoir nommé ministre de l'Intérieur, ça le sera tant qu'il le restera. Il ne s'agit pas de mettre en cause la présomption d'innocence. Mais les comportements reconnus par Gérald Darmanin, sans même s'excuser, ne sont pas acceptables et sont attentatoires à la dignité des femmes. Il est un mauvais exemple et son statut de ministre de l'Intérieur rend difficile la mise en œuvre de la justice.

Vous dites que la cause des femmes, « grande cause » du quinquennat, c'est du vent ?

C'est plus grave que cela. Vous pensez que maintenant les femmes vont oser dénoncer ce qu'elles subissent ? Cette nomination au ministère de l'Intérieur est un message de dissuasion. Parce que c'est une régression par rapport à tout ce qui a été fait ces dernières années et comme je l'ai fait en tant que garde des Sceaux pour permettre aux femmes de libérer leur parole pour ne plus avoir peur de dénoncer ce type d'atteintes par des hommes de pouvoir.

Jean Castex a annoncé pour la rentrée une loi pour lutter contre le séparatisme. Une bonne idée ?

Le séparatisme, c'est un nouveau mot, pour ne pas dire communautarisme, radicalisation… Que va contenir cette loi ? Qu'il faut respecter la loi ! Car l'égalité hommes-femmes, c'est déjà dans la loi. Ne pas interdire un commerce aux femmes, c'est déjà dans la loi. Le séparatisme, c'est le refus de la République et de ses valeurs. La loi de 1905 comporte des sanctions contre toute personne imposant des actes au nom d'une religion ou d'une idéologie. Alors appliquons la loi. Mais on a laissé faire, avec la complicité de certains élus qui ont fait des alliances avec des séparatistes. J'ai d'ailleurs demandé au procureur de Paris et au PNF d'ouvrir une enquête, suite au livre « Le maire et les barbares » (NDLR : cet ouvrage de la journaliste Eve Szeftel paru chez Albin Michel dénonce un clientélisme « communautariste » chez certains élus franciliens). Le PNF et le parquet de Paris ont accusé réception de mon signalement.

Donc, pas besoin d'une loi ?

Ce qu'il faut c'est une volonté politique claire et dire stop au communautarisme, sans concession et sans compromission. Depuis 2017, rien n'a été fait contre ce phénomène, et il s'est aggravé. Il faut prendre des mesures fortes. La politique de l'emploi et de promotion des jeunes, voilà un outil d'insertion. Il faut rétablir les internats d'excellence, les bourses au mérite, les études dirigées dès la dernière section de maternelle. Tout cela a été supprimé par la gauche. Instaurer l'apprentissage à 14 ans, avec la sensibilisation à un métier. Dans le supérieur, il faut développer les passerelles, entre les formations dites élitistes et les formations générales, techniques ou professionnelles.

Edouard Philippe, « il me semble qu’on l’a déjà oublié », estime Rachida Dati. Sa légitimité « était strictement liée aux circonstances ». /LP/Olivier Arandel
Edouard Philippe, « il me semble qu’on l’a déjà oublié », estime Rachida Dati. Sa légitimité « était strictement liée aux circonstances ». /LP/Olivier Arandel  

Pour 2022, la droite peut encore gagner ?

D'abord, il faut recréer une dynamique. On a fait du mimétisme de la gauche, on a vu le résultat, et là, on veut faire du mimétisme de Macron, ça va être pire. Or, nous avons un électorat, une attente de la part des Français, tant l'exaspération vis-à-vis des politiques menées est forte. A chaque élection, la droite se consolide sur le terrain. La droite peut répondre à cette exaspération avec une dynamique de projet.

Comment recréez-vous une dynamique ?

Il faut revenir à la proximité. Au lieu d'écouter Monsieur Macron, nous devons écouter les Français. Quand je me suis lancée à Paris, j'ai écouté mes convictions, j'ai écouté les Parisiens.

Votre méthode à Paris serait bonne pour la droite au niveau national ?

Ma méthode, c'est faire des propositions à partir de cette proximité et de cette écoute des Français. Il faut savoir se renouveler pour être plus en phase avec la réalité vécue par les Français. J'aime le contact avec les gens, j'aime pouvoir trouver des solutions aux problèmes qu'ils me soumettent. Cette méthode peut porter ses fruits au niveau national.

Certains pensent qu'Edouard Philippe pourrait être le recours des Républicains…

Il me semble qu'on l'a déjà oublié. Sa légitimité n'était pas le produit d'une histoire, mais était strictement liée aux circonstances et à la volonté du président de la République. Une fois qu'il n'est plus Premier ministre, que reste-il ?

Et François Baroin ?

Je vais reprendre une citation de Yasmina Reza (« L'aube le soir ou la nuit », récit de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007) : « Attendre. Mais attendre quoi ? » Les Français sont lassés d'attendre. Ils ont des urgences et on ne peut pas répondre aux urgences en expliquant que l'on doit encore attendre.

Vous avez donc un rôle à jouer pour la droite en 2022 ?

Je suis élue, engagée, donc j'ai un rôle à jouer. J'aime l'engagement politique, et quand les actions portent. J'ai une envie, une vision. Sinon, je ne l'aurais pas incarnée à Paris et, dans ma vision, il y a beaucoup de sujets qui dépassent Paris. J'ai des projets.

Serez-vous candidate pour 2022 ?

Ce sera à ma famille politique de choisir un candidat. Il n'y a pas d'homme ou de femme providentielle. La politique, c'est une dynamique de projet, une envie, une volonté. Comme toutes les personnes soucieuses de mon pays, je participerai à cet engagement majeur.