Proportionnelle aux législatives de 2022 : Bayrou met la pression sur Macron

Face à l’offensive de François Bayrou, le patron du MoDem, qui veut voir le président tenir sa promesse de campagne, l’exécutif souhaite laisser l’initiative sur ce sujet aux parlementaires.

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 Le président du MoDem n’entend pas abandonner cette promesse du candidat Macron. Une promesse au cœur de leur pacte.
Le président du MoDem n’entend pas abandonner cette promesse du candidat Macron. Une promesse au cœur de leur pacte.  LP/Guillaume Georges

Une épreuve de force s'est engagée. Après l'avoir plaidé par voie de presse, le président du MoDem et principal allié du président, François Bayrou, a pris la plume pour demander à Emmanuel Macron l'instauration de la proportionnelle aux législatives de 2022. La missive, dévoilée jeudi, prône « une représentation juste et pluraliste » et rappelle que cette promesse – pour « une dose » – « figurait explicitement » dans son programme de 2017. Au cœur de leur pacte, aussi.

Mais ce n'est pas tout. La pression est montée d'un cran quand les chefs de file d'EELV, Julien Bayou, du RN, Marine Le Pen, de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde et, ce vendredi, de LFI, Jean-Luc Mélenchon, ont eux aussi adressé un courrier en ce sens au chef de l'Etat. Une initiative coordonnée, pour mieux illustrer que « l'idée est devenue majoritaire dans l'échiquier politique français », comme on le martèle au MoDem. « Il a encore de bons réflexes », sourit un compagnon de route, sachant que Bayrou mûrit cette idée depuis le mois de novembre. « Le Pen, quand même… » tique un Marcheur.

Un chef de l'Etat «taraudé» mais concentré sur la crise

Une offensive en bonne et due forme, tandis qu'en l'absence d'arbitrage officiel, l'avenir de cette promesse de campagne apparaissait bien compromis. Il y a quinze jours, un cadre de la majorité est ainsi ressorti du petit-déjeuner de Matignon avec le sentiment que « c'était dans les choux ». « Ce n'est pas une priorité », martelait-on au sommet de l'Etat, préférant se concentrer sur la crise sanitaire, économique, sociale, et des mesures de la vie quotidienne.

Et ce même si, en fin d'année, le chef de l'Etat est apparu « taraudé », dixit un cadre de la majorité, par l'idée qu'on lui reproche de ne pas tenir un engagement. Arguant, en outre, de l'encombrement du calendrier parlementaire, de nombreux Marcheurs plaidaient, eux, pour une mise en œuvre après 2022. Pour autant, plusieurs sensibilités existent au sein du gouvernement, comme de la majorité.

Et après cette nouvelle offensive ? Un proche d'Emmanuel Macron, le dépeignant « concentré sur la crise, le quotidien des Français », maintient : « Ce n'est pas un dossier qui est en haut de la pile, vu la crise sanitaire économique et sociale, mais si les parlementaires veulent débattre du sujet, libre à eux. » En somme, il ne faut pas s'attendre à ce que l'exécutif présente un projet de loi.

« Il n'y aura pas d'initiative gouvernementale. En revanche, si les parlementaires veulent s'en saisir, qu'ils fassent une proposition de loi et elle sera soutenue », avance un macroniste. C'est toute la stratégie de Bayrou qui, observait récemment un ministre, « a cherché à faire émerger le sujet plutôt depuis le Parlement et les partis ».

«Il y a une petite fenêtre politique»

En écho, Mélenchon estime dans un autre courrier, adressé au patron du MoDem cette fois, que seule une proposition de loi commune « permettrait un vote commun majoritaire ». Le groupe MoDem s'attelle déjà à en rédiger une. « Il y a une petite fenêtre politique », observe un ministre. Les partisans de la proportionnelle restent toutefois sur leurs gardes, sachant les réticences au sein de LREM, de LR, et du PS. « Le MoDem portera peut-être une proposition de loi, mais je ne suis pas sûr que l'on sortira de cette situation épineuse à ce moment-là », relève d'ailleurs un marcheur. D'où l'idée du référendum, avancée par François Bayrou.

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Une certitude, le temps presse, car la date limite (juin 2021) pour modifier le mode de ce scrutin se rapproche. Comme le dit un élu LREM, pour ceux qui voudraient la voir en œuvre en 2022, c'est « une course contre la montre » qui s'engage.