Projet de loi «séparatisme» : «Cela n’a pas vraiment secoué, c’est plutôt apaisé»

L’exécutif s’attendait à davantage de polémiques lors de l’examen parlementaire du texte sur le séparatisme. Alors que l’opposition dénonce un texte qui ne règle rien, il reste au gouvernement à traduire les mesures en actes.

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 La gauche dénonce l’absence de volet social, la droite demande un tour de vis supplémentaire, mais le projet de loi poursuit son chemin à l’Assemblée. (Illustration)
La gauche dénonce l’absence de volet social, la droite demande un tour de vis supplémentaire, mais le projet de loi poursuit son chemin à l’Assemblée. (Illustration) AFP/Hans Lucas

Quelques passes d'armes, guère plus. Alors que le texte sur la Sécurité globale a déchaîné les passions fin novembre avec son fameux article 24, celui sur le séparatisme poursuit, lui, son petit bonhomme de chemin à l'Assemblée nationale. La gauche dénonce l'absence de volet social, la droite demande un tour de vis supplémentaire. Bref, une scénographie classique… Il s'agit pourtant du chantier régalien du chef de l'Etat, déclenché en vue de 2022. « Cela n'a pas vraiment secoué, c'est plutôt apaisé », s'étonne un conseiller gouvernemental. Un autre : « Je m'attendais à des polémiques vives, finalement c'est assez inaudible. L'opinion publique semble s'en moquer… »

La faute à la crise sanitaire? Pas seulement. La droite a bien ferraillé la semaine dernière sur la question du voile notamment, mais le gouvernement avait prudemment déminé en amont : retrait de l'amendement sur le voile chez les fillettes, plus d'occurrence du mot « islamisme », recul sur l'interdiction de l'école en famille…

Cette semaine, le débat ne devrait pas beaucoup plus s'emballer, même si les oppositions dénoncent un texte « fourre-tout » qui ne « règle rien ». « C'est une boîte à outils, répond le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale Christophe Castaner, on va simplifier les procédures pour fermer des lieux de cultes où l'on menace le République, on va renforcer la loi 1 905. Le référentiel en la matière, c'était le discours du président aux Mureaux. Celui-là est rentré dans l'atmosphère ». Avant d'ajouter : « Le deuxième temps de la démonstration, ce sera par les actes. »

L'exécutif mise désormais davantage sur les « actes » que sur l'écho médiatique. « Je fais confiance à Gérald Darmanin, une fois les nouveaux outils législatifs à sa disposition, pour multiplier des actions coups de poing contre les associations qui ne respectent pas les valeurs de la République, avance un conseiller gouvernemental. À commencer par celles qui n'ont pas voulu signer la charte des valeurs de la laïcité ». « Grâce à ce texte, on éradiquera des écoles salafistes, s'emballe un ministre de premier plan. C'est la fin du laisser-aller. »

Ne pas froisser les électeurs de gauche

Emmanuel Macron a d'ores et déjà fait passer des messages auprès de ses équipes pour que les décrets d'application ne traînent pas. « Ce sont les résultats concrets qui permettront que ce soit mis à notre crédit », renchérit le président LREM de la commission des Affaires économiques à l'Assemblée, Roland Lescure. « Dans la campagne, Marine Le Pen dira qu'on n'a rien fait. On brandira alors nos mesures de lutte contre l'islamisme », veut croire un communicant du gouvernement.

Alors que des sondages pronostiquent un match retour serré entre les deux finalistes de 2017, l'exécutif montre les muscles. Au risque de braquer ses anciens électeurs de gauche? Ces derniers jours, une partie des députés de la majorité a d'ailleurs réclamé un rééquilibrage politique. Message entendu? Le président a en tout cas remis « l'égalité des chances » à son agenda. Le chef de l'Etat devrait se rendre à Nantes, jeudi, pour visiter un Institut régional d'administration (IRA). L'occasion d'échanger avec des jeunes et de faire des annonces sur les voies réservées aux boursiers pour les concours d'entrées aux grandes écoles de la fonction publique, dont l'ENA.

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Le lendemain, Emmanuel Macron devrait dévoiler « la plateforme » contre les discriminations, promise lors de son interview à Brut, à l'occasion d'un déplacement auprès d'une structure de la Licra. Le dispositif sera piloté par la Défenseure des droits, Claire Hédon. Autant de sujets qui vont venir réduire un peu plus la bande passante sur le séparatisme.