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Présidentielle : les 150 000 parrainages citoyens de Mélenchon pour 2022, joli coup ou flop ?

Jean-Luc Mélenchon devrait bientôt atteindre les 150 000 signatures de citoyens auxquels il conditionne sa candidature à la présidentielle de 2022. «Une belle surprise» pour ses troupes mais un chiffre «ridicule» pour ses détracteurs.

 «Je serai candidat si, et seulement si, j’ai recueilli 150 000 signatures de parrainages», a dit Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir sur TF1.
«Je serai candidat si, et seulement si, j’ai recueilli 150 000 signatures de parrainages», a dit Jean-Luc Mélenchon, dimanche soir sur TF1. LP/Arnaud Dumontier

« Je propose ma candidature mais il y a un mais! ». Dimanche soir, sur TF1, Jean-Luc Mélenchon annonçait qu'il était «prêt» à se lancer dans une troisième candidature à l'élection présidentielle, 17 mois avant l'échéance. Mais, aussitôt, il conditionnait sa démarche à l'obtention de 150 000 signatures de citoyens sur une plate-forme dédiée mise en ligne dans la foulée. Un coup comme les affectionne le leader insoumis, féru de nouvelles technologies, qui avait notamment utilisé un hologramme pour tenir plusieurs meetings simultanés en 2017.

Ce mardi après-midi, le site dédié « noussommespour.fr » approchait les 124 00 soutiens et le franchissement de la barre symbolique n'était qu'une question d'heures. « C'est une belle surprise car c'est allé beaucoup plus vite qu'on ne l'avait anticipé. Au départ, on pensait atteindre l'objectif plutôt en début d'année prochaine », assure au Parisien Adrien Quatennens, député LFI du Nord. Qui assure que beaucoup de ces soutiens ne sont pas adhérents à la France insoumise, « ce qui montre que l'appel de Mélenchon a été entendu bien au-delà de nos rangs ».

Sauf que plusieurs de ses opposants estiment que le député des Bouches-du-Rhône n'a pas pris beaucoup de risque en se fixant un objectif de 150 000 signatures, lui qui revendique 400 000 adhérents LFI en ligne et a recueilli plus de 7 millions de voix en 2017. « C'est ridicule, a taclé ce mardi matin sur France Inter Christophe Castaner, le président du groupe LREM à l'Assemblée nationale. Ça fait 2 % des électeurs qu'il a eus il y a cinq ans à l'élection présidentielle, donc il a mis la barre suffisamment bas pour ne pas avoir de difficultés. »

«Ce nombre des 150 000 n'a pas été choisi au hasard»

Pour l'ex-ministre de l'Intérieur, son initiative « tombe à plat ». Même sentence chez la socialiste PS Marylise Lebranchu qui jugeait lundi soir sur Twitter le nombre de soutiens très bas. « C'est terrible », juge l'ex-ministre pour qui « les communicants (NDLR : de Mélenchon) font une faute ». Une accusation de flop que récuse Adrien Quatennens. « Il ne s'agit pas de faire une démonstration de force, avance-t-il. Ce nombre des 150 000 n'a pas été choisi au hasard. Il fait très précisément référence à une proposition de loi que l'on a déposée il y a dix jours et qui est elle-même reprise d'un rapport de Lionel Jospin. »

En 2012, l'ex-Premier ministre socialiste, à la tête de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique, avait proposé un parrainage de 150 000 citoyens minimum pour qualifier les candidats à la présidentielle comme alternative au système actuel qui impose un parrainage de 500 élus. Reste que pour les détracteurs de Mélenchon, cet appel au soutien populaire est un moyen habile de gommer les accusations d'autoritarisme qui ont émergé en interne. « C'est le candidat des Insoumis. Pourquoi ne pas avoir consulté les adhérents de son parti ? Cela aurait été logique », confie au Parisien François Hollande. « Il veut montrer qu'il est légitime, poursuit l'ex-président de la République. Peut-être parce qu'il craint de ne pas avoir les 500 parrainages d'élus nécessaires. »

Cette fois-ci, le leader insoumis pourrait notamment devoir se passer des signatures des élus du parti communiste, en froid avec le presque candidat. « Cela ne changera rien pour nous car la règle ne sera vraisemblablement pas modifiée d'ici à 2022, fait valoir Adrien Quatennens. Donc on repartira à la quête aux 500 parrainages. C'est un travail de longue haleine et fastidieux pour un jeune mouvement politique comme le nôtre. » Sur la forme, le lieutenant de Jean-Luc Mélenchon assure vouloir « faire certifier la liste des soutiens par huissier pour qu'il n'y ait aucun doute sur la sincérité des signatures ». Ces dernières heures, des internautes ont remarqué qu'ils avaient en effet pu signer plusieurs fois et sous différentes identités sur la plate-forme. « On fera le tri, promet Quatennens. On ne laissera aucune prise à cette critique. »