Présidentielle : le blues des électeurs socialistes qui désespèrent de l’union de la gauche

Aux Lilas (Seine-Saint-Denis) comme à Auch (Gers), les sympathisants et militants PS s’inquiètent d’un éparpillement des prétendants à la présidentielle de 2022. Et appellent à une candidature de rassemblement avec les écologistes.

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 Ces électeurs de gauche ou sympathisants socialistes (de gauche à droite : Gérard, Aurélie et Franck) regrettent une stratégie en ordre dispersé de la gauche.
Ces électeurs de gauche ou sympathisants socialistes (de gauche à droite : Gérard, Aurélie et Franck) regrettent une stratégie en ordre dispersé de la gauche. LP/Olivier Corsan

« C'est mal barré », « il n'y a plus d'espoir », « il faut se réveiller ». Si vous avez un petit moral en ces temps de Covid, évitez de discuter de la présidentielle de 2022 avec des sympathisants et des militants socialistes. La profusion des prétendants à gauche – Jean-Luc Mélenchon déjà déclaré, Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg qui avancent leurs pions, les écologistes Yannick Jadot, Eric Piolle et Sandrine Rousseau sur les rangs — leur fait craindre une nouvelle élimination dès le premier tour au profit d' un duel Macron-Le Pen, comme l'annoncent les premiers sondages. Et l'union de leur camp, que ceux que nous avons rencontrés à Auch (Gers) et aux Lilas (Seine-Saint-Denis) appellent de leur vœu, semble mal engagée.

À deux pas de la mairie des Lilas, aux mains du parti à la rose depuis 20 ans, Fanny, 28 ans, chargée de communication, lève un regard las sous sa toque noire. « J'ai l'impression qu'on en est au même stade qu'en 2017. La gauche est disloquée, effacée, inaudible. On espère un come-back mais je suis pessimiste », soupire la jeune femme, déçue par Hollande et revenue de Mélenchon.

La désunion aux régionales

Devant un jardin public enneigé, Françoise, 75 ans, attend elle aussi sans trop y croire le printemps de la gauche. « J'aimerais qu'un candidat émerge mais pour l'instant c'est mou du genou », déplore cette retraitée de l'éducation, qui a toujours voté socialiste mais se montre sévère sur ses têtes d'affiche. « Qu'ils fassent des propositions et qu'ils s'unissent : 2022, ça va venir vite. Et surtout qu'ils nous inspirent un peu ! Ça fait des années qu'on vote contre. »

Son amie Felicidad, 78 ans, retraitée de la mairie de Paris, verrait bien Anne Hidalgo jouer les premiers rôles. « Elle serait à la hauteur mais elle ne peut pas y arriver seule ». Et le fait que le PS et les écologistes partent chacun dans leur couloir aux régionales n'est pas pour la rassurer. « Ils veulent se compter pour voir qui arrivera devant mais ce n'est pas la bonne méthode. Il faut du dialogue, et tout de suite. »

À Auch, fief socialiste depuis 1977, on a aussi du mal à dissiper le flou à gauche. À la tête de la fédération PS du département, 500 adhérents, Michaël Aurora se dit « dans l'expectative mais combatif ». Pour tacler presque aussitôt la multiplication des candidatures et des micromouvements apparus ces dernières semaines. « On a longtemps parlé en France de la droite la plus bête du monde. Il ne faudrait pas qu'on ait maintenant la gauche la plus bête du monde », s'agace-t-il.

Dans la petite salle de réunion, les autocollants défraîchis « Ségolène Royal 2007 » témoignent d'un temps révolu où le PS occupait les premiers rôles. « On a bien compris que nous ne sommes plus hégémoniques mais personne ne l'est à gauche, poursuit le premier fédéral du Gers. Il faut engager une démarche unitaire avec les écologistes et s'entendre sur un candidat commun pour contrer le duopole Macron-Le Pen. Notre premier secrétaire, Olivier Faure, a tendu la main. Je remarque que celle-ci est toujours dans le vide. »

«Reparler aux classes populaires»

Dans cette perspective, Aurélie, 34 ans, militante PS depuis 2012 dans la préfecture du Gers, se dit « prête à soutenir un candidat de gauche, même non socialiste, plutôt que de laisser un nouveau mandat à Macron. On se rattrapera sur le nombre de ministres ». Son camarade Gérard, 70 ans, un brin nostalgique des années Mitterrand, pense lui aussi qu'une candidature d'union sera seule capable de ramener les déçus du macronisme et de prendre l'ascendant sur Mélenchon. « Les gens vont voter utile en 2022, prédit-il. Il faut quelqu'un qui rassemble. »

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Franck Pinto, 36 ans, encarté lui aussi, émet cependant une condition : « L'écologie oui, mais combinée à la justice sociale : il faut revenir à nos fondamentaux et reparler aux classes populaires et aux classes moyennes. »

Lorsqu'on grimpe dans la ville haute pour gagner le centre historique d'Auch, les électeurs PS rebasculent néanmoins dans le fatalisme. « Macron a un boulevard, grimace Amar, 69 ans, commerçant retraité. À gauche, non seulement, ils n'ont pas la carrure mais ils se disputent déjà. » Même sentiment chez Sylvain, un professeur de 24 ans qui après avoir voté Hamon en 2017, lorgne désormais vers La France insoumise. « Entre un PS moribond et Mélenchon, je choisis le second, le seul qui pour l'instant a l'étoffe d'un président. »

Sur le parvis de la cathédrale, Bernie, 64 ans, va même jusqu'à prononcer l'oraison funèbre du Parti socialiste. « Est-ce qu'il existe encore ? interroge-t-elle. Il n'a plus de crédibilité pour parler du monde de demain. » À 25 km de là, dans le village de Saramon, Francis Dumont, secrétaire de section, s'accroche quand même à un mince espoir. « Oui, on a du plomb dans l'aile et il y a du boulot mais les militants sont là, assure-t-il. La gauche n'est pas encore morte. Quant à son retour, ce sera peut-être pour la fois d'après. »